Les six vagues de Réveil

Le plus grand besoin du monde aujourd’hui est celui d’une formidable manifestation de l’Esprit de Dieu dans la puissance du réveil.  » Un réveil  » est le moment où Dieu Se révèle dans une sainteté terrifiante et une puissance irrésistible. Il s’agit du moment où Il visite le monde des hommes en leur communiquant une vision toute fraîche de Sa gloire et de Sa grâce et où simultanément Il leur révèle leur péché, leur faiblesse, et leur besoin désespéré de la miséricorde de Dieu. En temps de réveil, le peuple de Dieu est restauré de son état rétrograde, de son indifférence et de son inactivité. Le peuple de Dieu redevient préoccupé par les choses de Dieu. Il devient intensément fervent dans la prière, se rend à la Maison de Dieu plus fréquemment en recherche de communion et pour adorer. Il grandit dans une faim pour la Parole prêchée qui illumine et pénètre puissamment les cœurs de ceux qui l’écoutent, apportant la conviction de péché et demandant une réponse de leur part. Les croyants croissent dans la passion des âmes et deviennent profondément soucieux du combat spirituel à mener pour les perdus.

Par conséquent, en temps dé réveil, la prédication de l’Evangile reprend la prééminence et des multitudes sont converties. Quelquefois de puissantes onctions de l’Esprit de Dieu produisent des manifestations physiques telles que des profondes convictions, des larmes, des cris, des prostrations de tout le corps, des tremblements, de violentes secousses ou des rires.

Les résultats d’un véritable réveil sont également spectaculaires. Les caractéristiques normales de l’impiété disparaissent. Les blasphèmes et les mots malpropres, l’ivrognerie et l’immoralité, la malhonnêteté et l’égoïsme, tout cela est remplacé par une douce conscience de justice, de paix et de joie par le Saint-Esprit. Parfois des villes et régions entières sont affectées. D’autres fois, des nations entières sont si recouvertes de l’activité du renouvellement divin qu’il est rare d’y trouver des endroits qui ne présentent pas quelques signes de l’œuvre glorieuse de Dieu.

Les réveils surviennent généralement après un temps de déclin spirituel et moral prolongé. Par définition, un  » réveil  » requiert un état de mort, de négligence ou de perte. Cela s’est toujours avéré dans l’histoire. L’Eglise devient apathique vis-à-vis de son maître, de sa moralité et de sa mission. Elle perd son zèle et devient inefficace. Son adoration devient ennuyeuse et routinière et le nombre de ses membres décline. Elle a besoin d’être  » réveillée  » de temps en temps, pour sa propre survie.

 » C’est très significatif que, depuis la Réforme, les réveils se soient produits à une fréquence de plus en plus élevée. Encore et encore Dieu a secouru ce qui était au-delà de toute aide humaine : qu’est-ce qui aurait pu sauver l’Eglise sinon des interventions gracieuses de la toute puissance ? Le besoin ne peut que s’accroître alors que nous nous orientons vers la fin des âges.  » – D. M. Panton – cité par Arthur Wallis dans  » The Day of Thy Power  » (Le Jour de Ta Puissance), p.24 .

L’Eglise a également besoin d’être ravivée afin d’accomplir sa mission. Une Eglise morte ne sera jamais capable d’obéir au Grand Commandement en envahissant le monde avec l’Evangile du salut.

 » La conversion tranquille des pécheurs, l’un après l’autre, sous le ministère ordinaire de l’Evangile, doit toujours être considéré avec un sentiment de satisfaction et de gratitude… mais une manifestation périodique d’une conversion simultanée de milliers d’âmes doit aussi être désirée, parce que ceci a la capacité de démontrer d’une façon visible et impressionnante que Dieu a fait de ce même Jésus, qui a été rejeté et crucifié, à la fois Seigneur et Christ.  » – William Reid, cité par Arthur Wallis dans  » The Day of Thy Power  » (Le Jour de Ta Puissance), p.44 .

Ainsi, un réveil est ce dont l’Eglise et le monde ont besoin. Et le réveil est justement ce que Dieu désire donner. Il n’est pas réticent à ouvrir les cieux et à nous envoyer  » des temps de rafraîchissement depuis la présence de Dieu.  » En effet, il est juste de dire que les périodes de réveil ont toujours été le principal moyen que Dieu a employé pour faire avancer Sa cause et la cause de l’Eglise dans le monde.

 » Quoiqu’il y ait une influence plus constante de l’Esprit de Dieu qui, dans une certaine mesure, préserve Ses ordonnances, néanmoins la façon dont les plus grandes choses se sont faites pour concourir à cette œuvre, a toujours été celle de remarquables effusions de l’Esprit en des périodes spéciales de miséricorde…  » – Jonathan Edwards,  » History of Redemption  » (Histoire de la Rédemption) p.30

Le but de cet article est de présenter au lecteur chacun des mouvements successifs de l’Esprit qui se sont produits depuis la Réforme. Nous verrons clairement que le réveil a toujours été une priorité dans le programme de Dieu, et se trouve être une clé essentielle pour comprendre l’histoire chrétienne. Il s’agit uniquement d’une étude historique des réveils. L’exposé ne s’aventure pas dans des discussions sur les pratiques et la théologie. Il ne rentre pas non plus dans des discussions sur l’impact sociologique des réveils spirituels. La plupart de ces problèmes sont traités dans d’autres ouvrages de la Bibliothèque sur le Réveil (Revival Library). Nous nous limiterons plutôt au faits bruts concernant les réveils qui se sont déroulés sur la période des 300 dernières années.

Les six vagues

Il se peut que ceux qui ont lu des récits des réveils ne sachent pas qu’il y a eu plusieurs périodes très distinctes dans l’histoire des réveils depuis la Réforme au 16e siècle. Leur occurrence semble souvent spasmodique, aléatoire, imprédictible et irrégulière, mais ceci est très éloigné de la vérité.

Nous sommes reconnaissants à l’auteur et théologien très prolifique, le Dr J. Edwin Orr, pour sa vaste et soigneuse recherche sur l’histoire des réveils. Son travail a clairement mis en évidence plusieurs  » grands réveils  » et  » résurgences  » successifs et distincts. Ces périodes progressives de réveil sont incontestablement les moyens que Dieu a utilisés pour contrecarrer le déclin spirituel dans l’Eglise et pour promouvoir une avancée spirituelle dans le monde. Il y a eu six périodes ou vagues principales depuis la Réforme jusqu’au début du 20e siècle, chacune débutant respectivement en 1727, 1792, 1830, 1857,1882 et 1904.

Nous avons choisi d’utiliser l’analogie avec les  » vagues  » pour illustrer ces six périodes où Dieu a déversé Son Saint-Esprit, ranimant l’Eglise et réveillant les perdus. La vie d’une vague commence de façon imperceptible mais il existe un point à partir duquel elle devient visible et où l’eau commence à se lever. Très rapidement, elle atteint une crête, stagne, et décroît alors lentement. Ce processus se répète avec chaque nouvelle vague, soulevant un peu d’eau de la vague précédente et la poussant vers la nouvelle. C’est exactement ce qui s’est passé dans l’histoire des réveils.

Aux dates citées ci-dessus, et dans les environs, l’Eglise s’est délectée d’une fraîche vague de la bénédiction divine. Nous appellerons chacune d’elle un  » grand  » réveil parce que, bien qu’elle ait incorporé des réveils locaux, leurs effets ont traversé les frontières nationales et ont fini par atteindre une échelle mondiale.

Le Premier Grand Réveil à partir de 1727

Couramment appelé  » Le Grand Réveil « , ce réveil n’a certainement pas été le plus grand réveil en terme de croissance numérique ou d’étendue géographique. Néanmoins, il mérite son nom parce qu’il a été la première occasion discernable où l’Esprit de Dieu s’est répandu simultanément à travers différentes nations.

Historiquement, il est possible de faire remonter le début de ce réveil à la communauté morave appelée  » Herrnhut  » (la veille du Seigneur), où l’on fit l’expérience d’une visitation de Dieu après une période de prière, de repentance et de réconciliation en 1727. Nikolas, Comte Ludwig Von Zinzendorf, un Allemand, était le dirigeant de ce mouvement qui démarra une réunion de prière 24 heures sur 24, qui dura 100 ans. Dans les 65 années qui suivirent, la petite communauté envoya 300 missionnaires radicaux. Leur piétisme germanique ravivé était destiné à influencer deux autres champs de mission qui étaient inscrits dans le programme de Dieu à cete époque – l’Angleterre et l’Amérique.

Griffith Jones, un jeune prêtre anglican, souvent surnommé  » l’étoile du matin du réveil « , marqua la Grande-Bretagne à travers sa prédication de réveil durant une période d’au moins 10 ans avant que Théodore Frelinghuysen, un piétiste réformé hollandais, ne commençat à voir de remarquables conversions en Amérique. Il prêchait en 1727 avec des signes de réveil accompagnant son ministère à New Jersey. Le réveil se répandit parmi les Presbytériens Irlando-Ecossais sous le ministère de Gilbert Tennant, dont le père, William, fonda le célèbre « Collège Log  » qui plus tard devint l’Université de Princeton. Le réveil se répandit ensuite chez les baptistes de Pennsylvanie et de Virginie avant le réveil extraordinaire qui eut lieu à Northampton, dans le Massachusetts, sous le ministère de Jonathan Edwards en 1734. L’expérience personnelle d’Edward à propos des réveils, et sa pensée aiguisée, lui permirent de produire un certain nombre de théologies du réveil et d’observations pastorales qui aujourd’hui encore ne trouvent pas d’égal au niveau de leur sagesse et de leur perspicacité. Après cela, le réveil se répandit en Angleterre et fit une plus profonde avancée en Amérique par l’intermédiaire de la visite de George Whitefield en 1739.

Les effets du réveil furent phénoménaux. Il est difficile de trouver des statistiques, mais nous savons que 150 nouvelles églises presbytériennes démarrèrent en l’espace de 20 ans et 30 000 personnes s’ajoutèrent à l’Eglise entre 1740 et 1742, faisant doubler probablement sa taille. Les résultats moraux furent également remarquables. On établit neuf universités dans les colonies. La société sur toute la grande frontière fut profondément christianisée. Des aspirations missionnaires précoces commencèrent à émerger, notamment avec le ministère de David Brainerd parmi les Indiens. Ses mémoires constituent une lecture essentielle pour tous ceux qui recherchent un réveil.

De nouveau en Angleterre, un massif mouvement de réveil, attaché aux ministères de deux jeunes hommes, George Whitefield et John Wesley, avait démarré. Ils avaient été tous deux membres du Saint Club (Holy Club) à Oxford où il étaient étudiants. Wesley se rendit, encore inconverti, en Amérique pour prêcher aux Indiens en 1736, et y retourna en 1738. Le seul bénéfice qu’il tira de cette aventure fut son contact avec les Moraves qu’il ne pouvait pas comprendre mais pour qui il avait un grand respect. Au retour de Wesley, Whitefield s’était converti et prêchait déjà avec de grands résultats. Pendant 34 ans, il exerça un très magnifique ministère voué à la prédication, avec des signes de réveil qui l’accompagnèrent souvent. Son éloquence était persuasive et pleine d’autorité, et faite d’images vigoureuses et d’expressions très prononcées.  » Ses auditeurs étaient pris de surprise et transportés par un orage.  » (J.C. Ryle).

Le sommum du ministère de Whitefield coincida avec le célèbre Réveil de Cambuslang en 1742, où 20 000 et 30 000 personnes s’assemblèrent pour l’écouter prêcher. A la suite de sa prédication, il y eut des pleurs et une repentance en masse pendant une heure et demie.

Durant son ministère, Whitefield prêcha dans presque chaque ville d’Angleterre, d’Ecosse et du Pays de Galle, il traversa l’Atlantique sept fois ; il gagna d’inombrables âmes à Boston, New York et Philadelphie. On estima qu’il prêcha environ 18 000 messages remplis de puissance bien qu’aucun de ses 75 sermons enregistrés ne rendent justice à son style et à sa façon de les délivrer.

A l’ami de Whitefield, John Wesley, revient l’honneur d’être dans l’histoire l’architecte du réveil évangélique du 18e siècle. Converti en 1738, lors d’une réunion de prière dans la fameuse Rue Aldersgate, il continua à prêcher en plein air à Bristol et suivit Whitefield dans les endroits où ce dernier allait prêcher. C’est là que commencèrent ces manifestations inhabituelles qui étaient périodiquement présentes dans son ministère et celui de Whitefield : des gens tombaient, criaient, s’évanouissaient, hurlaient, se tordaient de convulsion, etc..

Wesley commença sagement des petites sociétés conçues pour servir à l’encouragement et le soutien mutuels. Celles-ci devinrent les précurseurs des réunions dans des salles de classe et ensuite de l’Eglise Méthodiste. Elles étaient sûrement utilisées pour conserver les fruits de l’œuvre du réveil. Wesley fut un prédicateur itinérant pendant 65 ans. Il parcourut lors de ses voyages à cheval une distance estimée à 400 000 km, et prêcha 40 000 sermons ! Il écrivit 233 livres, en comptant ses volumineux mémoires et un commentaire complet sur la Bible entière. Il laissa derrière lui 750 prédicateurs en Angleterre, 350 en Amérique ; 76 968 méthodistes en Angleterre et 57 621 en Amérique. Avec son frère Charles, il composa 9000 hymnes. L’influence de Wesley dépassa largement le cadre de sa longue vie. Ses pratiques et sa théologie ont touché des groupes de Sainteté, de Réveil, pentecôtistes et charismatiques même jusqu’à nos jours.

Il est clair que ce Réveil fut véritablement  » grand  » et eut un effet notable sur la majorité des pays où se trouvent ses chrétiens évangéliques. Il toucha l’Eglise en place, convertit des milliers d’âmes et eut des impacts sur les conditions sociales. Les historiens se réfèrent habituellement à l’année 1766, l’année de la révolution américaine, comme celle où le réveil avait atteint le maximum de sa puissance et commencé à décliner.

Le Deuxième Grand Réveil à partir de 1792

Ce  » Grand Réveil  » méconnu dura environ 30 ans et ses effets immédiats furent extraordinairement étendus. Il donna aussi une impulsion remarquable aux missions dans le monde.

Ce réveil commença par un mouvement de prière en 1784, lorsque John Erskine d’Edinburgh republia le fervent plaidoyer de Jonathan Edward pour la prière de réveil. Il portait le titre de  » Une Humble Tentative pour Promouvoir un Accord Explicite et une Union Visible du Peuple de Dieu dans la Prière Extraordinaire pour le Réveil de la Religion et l’Avancement du Royaume de Christ  » ( » An Humble Attempt to Promote Explicit Agreement and Visible Union of God’s People in Extraordinary Prayer for the Revival of Religion and the Advancement of Christ’s Kingdom « ). Les dénominations, l’une après l’autre, consacrèrent un lundi soir chaque mois à la prière, d’abord en Grande-Bretagne, puis aux Etats-Unis.

Les barrières étaient énormes. Il y avait un déclin moral qui avait suivi la Guerre d’Indépendance en Amérique, la Révolution Française, l’infidélité et le rationalisme en Europe et partout des assemblées en état de déchéance progressive. Les débuts du réveil peuvent être localisés vers la fin de l’année 1791, dans les villes du Yorkshire, où il se répandit à travers toutes les régions et dénominations. Les méthodistes à eux seuls connurent une croissance numérique qui passa de 72 000 à la mort de Wesley en 1791 à presqu’un quart de million en l’espace d’une seule génération.

Dans le même temps, les églises au Pays de Galles commençaient à se remplir de nouveau et des milliers se réunissaient en plein air. Les Haldane (Robert et James) et Thomas Chalmers, avec quelques autres, prirent part à des réveils phénoménaux en Ecosse. L’Irelande, aussi, connut des réveils locaux, notamment parmi les méthodistes.

Un des résultats remarquables de ces réveils en Angleterre fut la fondation de la Société Biblique Etrangère (Foreign Bible Society), la Société Biblique Britannique (British Bible Society), la Société des Traités Religieux (The Religious Tract Society), la Société Missionnaire Baptiste (The Baptist Missionary Society), la Société Missionnaire de Londres (The London Missionary Society), la Société Missionnaire de l’Eglise (The Church Missionary Society), et une foule d’autres organismes d’évangélisation. Le réveil provoqua aussi de considérables réformes sociales ; les Anglicans évangéliques endossèrent avec succès le combat pour l’abolition du marché d’esclaves, les prisons furent réformées, les écoles du dimanche furent initiées et un grand nombre d’institutions de bénévolat démarrèrent.

Dans les autres parties du monde, il se produisit des mouvements similaires. Aux alentours de 1800, la Scandinavie fut touchée et en Suisse, une visite de Robert Haldane alluma le feu du réveil parmi les églises Réformées. L’Allemagne expérimenta le réveil et connut ainsi des réformes sociales durables et la ferveur missionnaire.

Aux Etats-Unis, le concept de la prière se répandait universellement depuis 1794, et avant la fin de l’année 1798, le réveil avait éclaté partout. Chaque état et chaque dénomination évangélique étaient touchés. Le petit-fils de Jonathan Edwards, Timothy Dwight, prit la direction de l’Université Yale en 1795 et vit plus de la moitié des étudiants se convertir en seulement un an. D’autres universités connurent avec profit des mouvements similaires de l’Esprit.

Orr rapporta qu’il n’y avait pas d’extravagances émotionnelles dans les réveils de la côte Est. C’était loin d’être le cas dans d’autres régions. Francis Asbury fut envoyé d’Angleterre avec Peter Cartwright et d’autres prédicateurs itinérants pour prêcher dans les Frontières. James McGready et Barton Stone furent les témoins d’un réveil stupéfiant à Kentucky en 1800, comportant beaucoup de tremblements, de secousses, de pleurs, de cris et d’évanouissements. En 1801, Barton Stone fut invité à prêcher à la maison de réunion de Cambridge dans la province de Bourbon. Une deuxième visite attira 20 000 personnes qui vinrent à une réunion de camp de 6 jours, pendant laquelle se manifestèrent des scènes de réveil étonnantes : des centaines tombèrent en même temps, tout cela avec des clameurs et des cris et beaucoup de conversions.

Les réunions de camp aux Frontières étaient souvent sabotées par des alcooliques et des moqueurs, dont beaucoup se repentirent et se tournèrent vers Dieu. Toutes les dénominations étaient bénies par ce réveil. Une communauté complètement sans loi fut transformée en une communauté remplie de la crainte de Dieu. La Société Biblique Américaine (The American Bible Society), la Société des Traités Américaine (American Tract Society), le Bureau Américain des Officiers pour la Mission Etrangère (American Board of Commissioners for Foreign Mission) et un nombre innombrable d’autres sociétés furent créés à cette période-là.

Le réveil qui commença en 1792 dura environ 30 années jusqu’à peu près début 1820, mais fut suivi très vite par le réveil de 1830 qui dura 12 ans avant de connaître une décade de déclin.

Le Troisième Grand Réveil à partir de 1830

Suivant de très près les pas du Deuxième Grand Réveil, la troisième vague de puissance céleste heurta avec force les rivages du monde évangélique, cette fois-là sans le déclin habituel. Asahel Nettleton et Charles Finney sont les noms qui viennent au premier plan sur la scène américaine, tandis qu’un autre Américain, James Caughey, fut le plus remarquable évangéliste de réveil actif en Angleterre.

Le ministère de Finney, très bien documenté, commença en 1830 et attira 100 000 âmes en une seule année ! les églises méthodistes épiscopales croissaient continuellement dans les années 1830, notamment au travers des réunions de camp. Mais leur nombre doubla entre 1840 et 1842. D’autres dénominations prospérèrent aussi.

Le plus grand effet de ce réveil fut ressenti bien au-delà des frontières de l’Amérique du Nord et même durant les siècles qui suivirent. La philosophie de Finney sur les réveils, formulée dans son autobiographie et expliquée dans ses  » Discours sur les Réveils Religieux « , toucha peu après des milliers de chrétiens et déclencha des réveils dans le monde entier.

En Angleterre, les réveils se généralisèrent tout au long des années 1830. Des évangélistes tels que Robert Aitkin et William Haslam entrprirent des missions entachées de succès. Le darbysme (Mouvement des Frères) débuta durant cette période, restaurant la doctrine de l’Eglise et la doctrine du retour de Christ. Ses personnalités remarquables étaient J.N. Darby et George Müller qui initia un travail pionnier dans l’orphelinat, l’évangélisation et l’entreprise missionnaire. Un autre mouvement de restauration fut conduit par Edward Irving qui croyait fermement dans la restauration des dons spirituels et des ministères apostoliques dans l’Eglise.

John Elias, Christmas Evans et William Williams prirent d’assaut le Pays de Galles à l’aide de leur puissante prédication. L’Ecosse aussi pouvait se targuer d’avoir ses grands évangélistes tels que John et Horatius Bonar, le revivaliste vétéran, Thomas Chalmers, Robert Murray McCheyne, W. H. Burns et son fils William Chalmers Burns.

Sur un front international plus étendu, il y eut des réveils locaux dans diverses parties du monde, notamment en Scandinavie, en Europe centrale, en Afrique du Sud, dans les îles du Pacifique, en Inde, au Malabar et au Ceylan.

Ce réveil qui commença en 1830 ne dura qu’environ 12 ans, se terminant aux alentours de 1842. Il est nécessaire de remarquer que cette période de réveil est souvent considérée comme faisant partie de la période précédente. Il y eut un constant courant de réveils spasmodiques entre 1800 et 1820, lesquels se tarirent durant les quelques années qui suivirent et qui, ensuite explosèrent de nouveau à partir de 1830.

Quelques uns des évangélistes tels qu’Asahel Nettleton jouèrent un rôle essentiel dans les deux périodes et certains historiens, en particulier Orr, se réfèrent à ce temps de réveil comme une  » résurgence « . Néanmoins, à cause des  » nouvelles mesures  » et de la position arminienne anti-calviniste de Charles Finney, ainsi que de l’influence incroyable du ministère de cet homme, la deuxième période devrait plutôt être considérée comme un événement séparé.

Le Quatrième Grand Réveil à partir de 1857

Ce Grand Réveil (souvent appelé le Troisième) fut le plus grand à ce jour en terme d’étendue, d’effets et d’impact sur la durée. Il commença à petite allure au Canada, lorsque 21 personnes furent sauvées, et crût de façon régulière pour atteindre le rythme d’entre 25 et 40 personnes converties chaque jour. Petit à petit, des rapports rendant compte de petits réveils commencèrent à voir le jour dans différents états d’Amérique. C’est alors qu’en septembre 1857, Jeremiah Lanphier, un homme d’affaire converti sous le ministère de Finney (une décade plus tôt), démarra une réunion de prière tous les mercredi midi dans une église de New York. Le petit nombre de personnes qui croissait continuellement décida de se rencontrer sur une base quotidienne début octobre. En l’espace de 6 mois, 10 000 hommes d’affaires se réunirent dans des réunions similaires dans toute l’Amérique ; ils confessaient leurs péchés, commençaient à se convertir et priaient pour un réveil. Ce fut un mouvement initié par des laïques qui moissonna un million d’âmes en deux ans. En 1858, de février à juin, environ 50 000 personnes par semaine étaient ajoutées à l’Eglise – dans une nation dont la population s’élevait seulement à 30 millions d’habitants.

Outre Atlantique, un autre million d’âmes furent gagné à Christ avant la fin de l’année 1865. Cela se passa en Grande-Bretagne dont la population était de 27 millions d’habitants. L’Ulster vit 100 000 convertis, l’Ecosse, 30 000, le Pays de Galles 100 000 et l’Angleterre 500 000.

Des entreprises d’évangélisation, de mission et de philanthropie bourgeonnaient dans l’esprit de tous. Moody et Sankey connurent leur plus grand succès. William et Catherine Booth, convertis sous le ministère de James Caughey, mirent en place l’Armée du Salut et attirèrent de grandes foules à Christ. Walter et Phoebe Palmer, l’évangéliste américain, furent les bénéficiaires d’une remarquable œuvre de l’Esprit au sein de leur ministère. Charles Haddon Spurgeon prêchait chaque semaine à des foules bondées, remplissant les plus grandes salles de Londres. Hudson Taylor initia la Mission pour la Chine Intérieure. Gawin Kirkham démarra la Mission en Plein Air (the Open Air Mission). Lord Shaftsbury se fit le champion de la cause des jeunes, des pauvres et des opprimés. Barnardo fonda ses célèbres orphelinats. David Livingstone et Mary Slessor propagèrent le travail missionnaire en Afrique. Ainsi fut l’impact du quatrième grand réveil.

Le réveil balaya aussi le monde entier. On rapporta des croissances rapides en Europe continentale, en Russie occidentale, en Australie, dans les Mers du Sud, en Afrique du Sud et en Inde.

Le Cinquième Grand Réveil à partir de 1880

Il serait très facile de se référer à cette période couvrant les années 1880 à 1903 comme une période exceptionnelle d’effort et de succès dans l’évangélisation, car la plupart des documents qui s’y rapportent ont trait au ministère de Dwight L. Moody, accompagné d’une quantité d’autres ministères qui naquirent aussi du réveil de 1857. Orr considère cette période aussi comme une  » résurgence « . Il est certain que le quatrième grand réveil avait produit un certain nombre de ministères fortement oints et motivés, mais lorsque nous observons la situation mondiale, nous discernons que le cinquième grand réveil n’est pas seulement caractérisé par un succès dans l’évangélisation mais par quelque chose d’autre en plein développement. Ce réveil fut très distinct dans ses caractéristiques et ses effets.

Le réveil à l’origine fut axé sur le ministère de D.L. Moody, un ministère que l’on peut décrire dans les termes suivants :  » des campagnes d’évangélisation hautement couronnées de succès alternant avec des réveils périodiques.  » Moody commença son ministère à Chicago et rentra à plein temps dans l’œuvre chrétienne en 1860, en se concentrant sur un travail dans son école du dimanche et au sein de l’organisation YMCA ( » Young Men’s Christian Association « , soit Association Chrétienne des Jeunes Hommes). Il fut un vase choisi par Dieu pour couvrir les étincelles du réveil de 1857-60 qui ralluma une toute nouvelle passion pour Dieu et pour les âmes dans le monde entier. Moody voyagea, avec son compagnon chanteur évangéliste, Ira Sankey, en Angleterre plusieurs fois. Parlant de la visite de Moody entre 1873 et 1875, Spurgeon la décrivit comme une  » visite grâcieuse  » et  » un rassemblement très mémorable de convertis « , en particulier à Newcastle et Edinbourg. Andrew Bonar, également, mentionne dans son journal  » la vague d’un véritable réveil à Edinbourg « , le comparant à l’expérience de réveil qu’il avait eu lui-même 35 années plus tôt. Des résultats similaires accompagnèrent Moody et Sankey dans leurs voyages en Angleterre, Irlande et Ecosse, où les plus grandes salles se remplirent.

Moody retourna en Angleterre entre 1881 et 1883 où il eut une influence formidable sur une nouvelle génération d’évangélistes aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et partout dans le monde. Sa mission de 1882 à Cambridge marqua le début d’un mouvement missionnaire estudiantin interdénominationnel et mondial. Bien que le YMCA aux Etats-Unis et les Unions Chrétiennes (Christian Unions) au Royaume-Uni aient tiré leur origine du réveil précédent (1857), l’influence de Moody transforma ces œuvres en de puissants mouvements missionnaires. Le groupe des  » Sept de Cambridge  » comprenant en son sein C. T. Studd, fut le produit des visites de Moody, et il poursuivit son chemin dans l’évangélisation de la Chine en 1885. Avant la fin de l’année 1911, Studd fonda le mouvement missionnaire W.E.C. qui eut de grands succès dans quelques parties d’Afrique. Wilfred Grenfell, le missionnaire de renom au Labrador, se convertit dans une campagne d’évangélisation menée en 1885 dans une tente, sous la conduite de Moody.

Des résultats similaires se produisirent aux Etats-Unis. Des milliers de jeunes hommes se portèrent volontaires pour le travail missionnaire et l’élan anglo-américain se répandit dans le monde entier, donnant naissance à la Fédération des Etudiants Chrétiens (Student Christian Federation) qui, à son tour, produisit un grand nombre d’éminents responsables chrétiens du début du 20e siècle.

Moody fonda l’Institut Biblique Moody en 1883, qui privilégiait les missions. L’Alliance Chrétienne Missionnaire (C&MA) prit forme à cette même époque sous l’impulsion de A. B. Sampson, et le Mouvement d’Effort Chrétien (Christian Endeavour Movement) naquit d’un réveil à Portland, dans le Maine, en 1880-1881.

D’autres évangélistes stimulés par Moody, se lancèrent eux-mêmes dans la moisson. Sam Jones, J. Wilber Chapman et Billy Sunday connurent un succès extraordinaire en Amérique du Nord. Andrew Murray exerça un puissant ministère en Afrique du Sud, et John McNeil fit de même en Australie.

Le réveil toucha le Japon au début des années 1880, augmentant l’assistance aux églises de 4000 à 30 000 membres adultes en l’espace de cinq ans. La Mission Intérieure de la Chine bénéficia d’une grande rentrée de nouveaux missionnaires. De nouvelles missions furent implantées dans de nombreux endroits non-évangélisés et des nouvelles de réveils furent rapportées en Inde, Afrique, Afrique du Sud, Madagascar, Amériques Centrale et du Sud.

Nous pouvons décrire cette  » résurgence  » comme  » un réveil missionnaire  » qui propulsa les flammes du réveil de 1859 plus loin encore à travers le monde entier, et batît les bases d’une Eglise forte – juste à temps pour le grand réveil du 20e siècle.

Le Sixième Grand Réveil

Un certain nombre de réveils eurent lieu dans différentes parties du monde, au tout début du 20e siècle.

Il est impossible de comprendre ces réveils en dehors de leurs racines issues du Mouvement de Sainteté qui s’était développé à la fin du 19e siècle. Bien sûr, la notion de  » sainteté  » n’était pas nouvelle. John Wesley plaidait la cause de la  » sanctification complète  » et du  » perfectionnisme chrétien  » dans son  » Compte-Rendu Intégral de la Perfection Chrétienne  » (‘Plain Account of Christian Perfection’). L’idée que la  » sanctification  » pouvait être expérimentée instantanément suite à la conversion était devenue normative dans la communauté wesleyenne. Les témoignages  » d’expériences de sanctification  » abondaient durant tout le 19e siècle. Par exemple, le livre de James Caughey intitulé  » Précis sur le Méthodisme (‘Methodism in Earnest’) porte en sous-titre : « …histoire d’un grand réveil en Grande-Bretagne, au cours duquel 20 000 âmes professèrent la foi en Christ, et dix mille professèrent la sanctification, en six ans environ, en association avec les travaux du pasteur James Caughey….  »

Phoebe Palmer tenait régulièrement des réunions dans le but de promouvoir la sainteté et fut le premier à employer l’expression  » baptême du Saint-Esprit  » pour décrire l’expérience de la  » sanctification complète « . Charles Finney embrassait également la doctrine de Wesley sur la sanctification et son successeur à la présidence de l’université Oberlin, Asa maha, commençait à enseigner que le baptême du Saint-Esprit était un baptême de sainteté.

Le Mouvement de Sainteté fut nourri et prit de la maturité sous l’influence d’une grande diversité de ministères, en sorte qu’au tournant du 19e siècle, l’Amérique en particulier était inondée de centaines de groupes de sainteté. Entre 1893 et 1900, 23 nouvelles dénominations sortirent de ce mouvement. Une recherche passionnée de plus de puissance, de sainteté, d’impact dans l’évangélisation et d’une plus grande effusion de l’Esprit, prit possession de l’Eglise.

Ceci fut l’arrière-plan des mouvements de réveil évangéliques et pentecôtistes du début du 20e siècle.

En 1900, un réveil éclata parmi les soldats Boers sud-africains qui avaient été capturés par les Anglais et transportés dans diverses colonies anglaises. A la fin de la guerre, en 1902, ils retournèrent en Afrique du Sud et le réveil les accompagna. Gypsy Smith récolta une grande moisson là-bas en 1904.

Au Japon, durant l’année 1900, l’Eglise doubla en taille alors que le réveil balayait les décombres dans beaucoup d’églises mourantes.

En 1902, Torrey et Alexander dirigèrent des réunions à Melbourne, en Australie, ce qui eut pour résultat la conversion de plus de 8000 âmes. Les nouvelles de ce réveil se répandirent comme un feu de brousse, ravivant une passion pour la prière et un nouvel espoir de voir Dieu agir d’une façon similaire partout ailleurs.

En 1904, Torrey et Alexandra étaient à Cardiff, au Pays de Galles, et, prenant conscience d’une réponse très faible à l’Evangile de la part des gens, ils appelèrent à un jour de prière et de jeûne. Soudain, les choses changèrent radicalement et des milliers se convertirent durant les 12 mois suivants.

Le jour de prière et de jeûne (d’après Torrey), Evan Roberts reçut une oction du Saint-Esprit dans une grande puissance, lors d’une réunion dirigée par Seth Joshua. C’est là que le réveil gallois commença. Ce fut le 22 septembre 1904.

Néanmoins, les racines du réveil remontaient à des sources plus lointaines. Le jeune Evan Roberts avait prié pour un réveil et une effusion du Saint-Esprit pendant 11 ans. Grâce à une vision qu’il reçut, Roberts croyait que Dieu allait envoyer 100 000 âmes. En réponse à une autre vision, il retourna chez lui à Loughor, quittant Newcastle Emlyn où il s’était inscrit à une Ecole Biblique.

Lors de ses quelques premières réunions, les cieux s’ouvrirent. La présence de Dieu semblait remplir l’atmosphère. Beaucoup se prostraient sous la conviction de péché, d’autres criaient en vue de la miséricorde et d’autres étaient si remplis de l’Esprit qu’ils imploraient le Seigneur d’enlever Sa main de dessus eux.

Très vite, le réveil se répandit dans d’autres régions dans le Sud du Pays de Galles. Des équipes de jeunes gens assistaient les prédicateurs tels que Roberts, Sydney Evans, Seth Joshua, Joseph Jenkins et R. B. Jones. Le réveil envahit ensuite le Nord du Pays de Galles. En l’espace de 6 mois, 100 000 personnes étaient venues à Christ !

Le Réveil Gallois devint vite le principal sujet de conversation à travers tout le monde chrétien. Partout où les échos du réveil retentissaient, ils semblaient provoquer une prière remplie de passion et allumaient les feux du réveil partout. Dans toute la Grande-Bretagne, les chrétiens se tournaient vers la prière et l’assistance au culte augmentait partout dans le pays.

En Scandinavie, un réveil était en cours, et se déployait comme un puissant embrasement, issu du Réveil Gallois. L’Allemagne fut touchée de façon similaire alors que la flamme se répandait à travers toute l’Europe. L’Autriche, la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie, les Balkans et la Russie connurent des réveils.

Les Etats-Unis subirent le contre-coup du Réveil Gallois dans presque tous les endroits. La prière, la conviction de péché et les conversions firent leur apparition spontanément, ce qui donna lieu à une croissance inhabituelle de l’Eglise.

En 1906, le Mouvement de Pentecôte moderne naquit dans la Rue Asuza, à Los Angeles, après une succession de réveils locaux tout au long de l’année 1905. Les nouvelles du Réveil Gallois stimulaient à davantage de prière, et soudainement l’Esprit-Saint descendit. Des réunions journalières étaient tenues durant les trois années qui suivirent. Les visiteurs s’attroupèrent dans ce lieu-là pour se saisir de la puissance de l’Esprit et ils ne furent pas déçus. Personne n’aurait pu s’imaginer que ce fut là le commencement du plus grand et plus efficace mouvement missionnaire que le monde eût jamais connu. Il marqua la naissance de ce qui fut un jour appelé  » la troisième force dans la chrétienté « . Plusieurs seraient d’accord de dire que 100 années plus tard, il a pris de l’ampleur jusqu’à devenir la force la plus grande et la plus puissante.

Presqu’aucun pays du monde ne fut exclu des effets de cet incroyable réveil. Pratiquement toutes les nations, sur les cinq continents, reçurent une nouvelle puissance venant du ciel, une nouvelle passion pour la prière et pour les perdus. Des centaines de milliers vinrent au Seigneur.

Conclusion

On ne peut s’empêcher de remarquer deux choses dans cet historique bien tassé des réveils.

1. Il ne fait aucun doute que Dieu a utilisé ces puissants réveils comme le principal moyen de restaurer la richesse d’une Eglise en déclin, et de faire avancer la cause de l’Evangile dans le monde. C’est la façon dont Dieu procède pour maintenir une Eglise dans la vitalité et c’est de cette façon que Dieu étend régulièrement Son Royaume, à la fois numériquement et géographiquement.

2. Il y a une similitude marquée avec l’expérience d’Israël à l’époque des Juges dans l’Ancien Testament. Le même cycle de péché et d’apathie, de déclin et de défaite, de prière désespérée en vue du secours divin, et, finalement, la puissante intervention de Dieu caractérisent chaque réveil. Peut-être se trouve ici un indice permettant à l’Eglise d’aujourd’hui de concentrer ses efforts dans la bonne direction.

Que Dieu nous accorde Sa grâce afin que nous prenions part au réveil qui vient avant le retour de Jésus !

Source: The Revival Library

Publicités

Guillaume Farel le grand réformateur

Or, en ce même jour, lorsque le soir fut venu, il leur dit : Passons de l’autre côté de l’eau. Et, laissant les troupes, ils l’emmenèrent avec eux, lui étant déjà dans la nacelle; et il y avait aussi d’autres petites nacelles avec lui. Et il se leva un si grand tourbillon de vent, que les vagues se jetaient dans la nacelle, de sorte qu’elle s’emplissait déjà. Or il était à la poupe, dormant sur un oreiller; et ils le réveillèrent et lui dirent : Maître ! ne te soucies-tu point que nous périssions ? Mais lui, étant réveillé, tança le vent, et dit à la mer : Tais-toi, sois tranquille. Et le vent cessa, et il se fit un grand calme. Puis il leur dit : Pourquoi êtes-vous ainsi craintifs ? Comment n’avez-vous point de foi ? Et ils furent saisis d’une grande crainte et ils se disaient l’un à l’autre : mais qui est celui-ci, que le vent même et la mer lui obéissent ? Marc, IV, 37-41

Le catholicisme, c’est l’homme substitué à Dieu.
Le protestantisme, c’est Dieu remis à la place usurpée par l’homme.

Et d’abord, le catholicisme substitue la parole de l’homme à la Parole divine. Ses autorités, ce sont les traditions des Pères de l’Eglise, les décrets des conciles et les décisions papales. C’est sous ce joug humain et faillible que le catholique fait plier sa conscience. Le protestantisme écoute avec respect ce que les chrétiens vénérable de tous les temps ont dit et pensé. Mais il n’attribue une autorité infaillible qu’à l’Ecriture Sainte.

Le catholicisme substitue, en second lieu, l’œuvre de l’homme à l’œuvre de Dieu. Ce qui nous sauve, selon lui, ce sont nos propres mérites acquis par les actes religieux de la confession et de la communion, par les pénitences imposées de la part de l’Eglise, par les Pater noster et les Ave Maria un certain nombre de fois récités, par l’achat des lettre d’indulgence, par la soumission aux ordonnances de l’Eglise, et enfin, si, malgré tout cela, il reste encore quelque chose à faire après cette vie, par les souffrances du purgatoire. Le protestant, au contraire, ne reconnaît de mérite que celui de Jésus-Christ seul, qu’Il a acquis par son obéissance sans tache et sa mort volontaire, et qu’Il fait rejaillir, dans son immense amour, sur quiconque accepte avec foi et humilié son œuvre de Sauveur.

Le catholicisme va plus loin encore. Il ose en plus d’un point substituer la personne de l’homme à celle de Dieu. Il pose le prêtre comme intermédiaire nécessaire entre le Seigneur et le fidèle, tellement que dans la grande affaire du salut, l’âme a beaucoup plutôt à s’adresser cette question : A quoi en suis-je avec mon prêtre, avec l’Eglise ? que celle-ci : A quoi en suis-je avec mon Seigneur, avec le Ciel ? Le saint béatifié, le patron du lieu, la vierge Marie, puis bientôt l’image matérielle, le tableau, la statue, la relique, l’os, le vêtement, sont également substitués au Dieu vivant et seul adorable, dans l’invocation populaire. Le protestantisme a horreur de tout ce qui tend à mettre une créature quelconque entre l’âme et son Sauveur, entre le sarment et son cep, et à reporter sur la créature l’honneur qui n’appartient qu’à Dieu. La subtile distinction catholique entre culte d’adoration et culte d’invocation ne tranquillise nullement la conscience. Son mot d’ordre est franchement et sur tous les points : Gloire à Dieu seul !

Cette chute profonde qu’a faite le catholicisme, ne trouve son pendant que dans celle du paganisme au sein de la première création. Au temps de la Réformation, elle n’échappait qu’aux regards de ceux qui fermaient les yeux pour ne point voir.

Aussi de toutes parts sentait-on le besoin d’une restauration religieuse et morale. Les peuples, les magistrats, les empereurs, trouvant tous dans la religion, telle qu’elle se pratiquait sous leurs yeux, moins de moralité que dans leur propre conscience, criaient d’une commune voix : Réforme ! De grands théologiens et ceux d’entre les évêques qui avaient encore le sentiment de la sainteté de leur charge, ne cessaient aussi de crier : Réforme !

Trois conciles, solennellement assemblés, s’étaient eux-mêmes associés à ce cri, dans le siècle qui précéda la Réformation, et avaient reconnu la nécessité d’une réforme dans l’Eglise, dans les chefs et dans les membres, dans la foi et dans les mœurs ! Le pape lui-même, enfin avait bien été obligé de se mettre à la remorque du sentiment universel et de répéter après tous les autres : Réforme ! Mais à chaque fois des obstacles, suscités par le mauvais vouloir et la perfidie de ceux qui ne se souciaient pas de réforme, précisément parce que c’était eux qui en avaient besoin, entravèrent la réalisation d’un vœu si juste et si général. Nous avons rappelé déjà, comme exemple, la conduite de Martin V, à Constance ! Et au milieu de cette tempête, dans laquelle menaçait de sombrer l’Eglise, Jésus semblait dormir ¨Les vagues de l’ignorance, de la superstition, de la corruption morale envahissaient la nacelle, la couvrirent de leur écume. Quelques nautoniers obscurs, connaissant seuls le vrai Rédempteur, l’appelaient avec angoisse, lui criant : Seigneur ! nous périssons ! sauve-nous ! Il paraissait sourd à ces appels. Dormait-Il réellement ? Non certes ! Dans la gloire où Il est entré, le Gardien d’Israël, le divin Chef de l’Eglise, ne sommeille ni ne s’endort. Il attendait seulement que la détresse fût au comble, afin qu’il fût bien constaté que nul que Lui ne pouvait aider. Et alors Il se leva ! Et quelle ne fut pas la majesté de ce lever !

On a discuté pour savoir si la Réformation prit proprement naissance en Allemagne, en Suisse ou en France. La vérité est que, lorsque Jésus se leva pour sauver son Eglise, ce ne fut, à proprement parler, ni à Erfurt dans la cellule où priait Luther, ni à Einsiedeln dans l’église où prêchait Zwingle, ni à Paris dans la salle académique où enseignait Lefèvre et où l’entendait Farel; ce fut dans tous ces lieux à la fois. Ce que le Seigneur a dit de sa dernière venue : Comme l’éclair brille et se fait voir en même temps depuis un bout du ciel jusqu’à l’autre, il en sera de même à l’avènement du Fils de l’homme, cette parole s’applique déjà en quelque manière au grand jour de la Réformation, prélude de l’avènement final du Seigneur.

En 1512, Lefèvre, professeur à l’Université de Paris, opposait à la justice des œuvres la vraie justice dont parle saint Paul quand il dit : Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi; et il annonçait en termes non couverts le prochain renouvellement de l’Eglise.

En 1516, Zwingle, sans jamais avoir entendu prononcer le nom de Lefèvre, prêchait dans les églises d’Einsiedeln et de Glaris, au cœur de la Suisse, le pur évangile de la grâce de Dieu : « J’ai commencé, dit-il lui-même, à prêcher l’Evangile l’an de grâce 1516. »

En 1517, Luther, au nord de l’Allemagne, aux oreilles de qui n’avaient probablement jamais retenti les noms de Lefèvre et de Zwingle, affichait à la porte de l’église de Wittemberg ces 95 thèses qui parcoururent l’Allemagne et l’Europe avec une rapidité qui semble une anticipation de nos temps, et furent, pour le nouveau paganisme qui menaçait de submerger l’Eglise, le solennel : Tais-toi ! du Seigneur.

Cette simultanéité remarquable du mouvement réformateur sur des points aussi distants, montrerait à elle seule que cette œuvre ne fut pas l’œuvre d’un homme, mais celle de Dieu seul.

C’est ce que confirmera, j’espère, le tableau de cette œuvre elle-même.

La réformation de Neuchâtel a eu lieu en 1530, treize ans après le commencement du mouvement religieux en Allemagne (31 octobre 1517). Cinq ans auparavant, Zurich, le premier d’entre tous les cantons, avait aboli la messe et rétabli l’Evangile (12 avril 1525). Il ne s’était écoulé que deux ans depuis que Berne (février 1528), un an depuis que Bâle avaient accompli la même œuvre.
En vous faisant faire connaissance aujourd’hui avec l’homme qui fut le principal instrument de la réformation de l’Eglise dans notre pays, Farel, en poursuivant dès l’enfance le récit de cette vie si active et si agitée, nous nous trouverons en contact avec l’œuvre de la Réformation dans la plupart des endroits que nous venons de nommer, et nous aurons ainsi l’occasion de jeter un coup d’œil rapide sur cette œuvre hors de chez nous, aux différentes phases de son développement.

Au midi de la France, en Dauphiné, dans une contrée alpestre dont les vallons sont arrosés par les petites rivières qui, de leurs eaux écumeuses, grossissent la Durance, affluent du Rhône, dans le district dont les collines sont dominées par le Mont de l’Aiguille et le Col de Glaize, se trouvait, il y a plus de trois siècles et demi, et se trouve encore, un hameau entouré de gazons fleuris et caché à demi par les arbres qui l’entourent. Il s’appelle encore à cette heure : Les Farelles. (je tiens ce nom de M. Eward, ecclésiastique neuchâtelois, ancien pasteur à St-Laurent-du-Cros, à une lieue de ce hameau). Là se distinguait au-dessus des chaumières du hameau une maison de plus grande apparence, le château d’un noble de campagne, une gentilhommière, comme l’on disait, où vivait une famille qui faisait partie des serviteurs les plus dévoué de la papauté. Ce fut dans cette maison, dont l’emplacement et les ruines sont encore reconnaissables aujourd’hui, que naquit, en 1480, Guillaume Farel, le Réformateur de notre pays.

Il fut élevé dans les pratiques de la dévotion romaine la plus scrupuleuse. A l’âge de sept ou huit ans, son père et sa mère le conduisirent en pèlerinage sur une montagne qui dominait la Durance, et où se trouvait un endroit nommé la Sainte-Croix.

« La croix qui est en ce lieu, disait-on, est du propre bois en lequel Jésus-Christ a été crucifié, et le cuivre de la croix est du bassin dans lequel il lava les pieds de ses Apôtres. » Les crédules parents et l’enfant contemplèrent avec dévotion ces objets sacrés; ils ouvrirent de plus grands yeux encore quand le prêtre, leur faisant remarquer un petit crucifix suspendu à la croix, leur dit : « Voyez ce petit crucifix : Quand les diables font les grêles et les foudres, il se meut tellement qu’il semble se détacher de la croix comme voulant courir contre le diable, et il jette des étincelles de feu contre le mauvais temps. Si cela ne se faisait, il ne resterait rien sur la terre. »

D’un naturel ardent, d’une imagination vive, d’un cœur naïf et plein de droiture, le jeune enfant se jeta de toute son âme dans cette dévotion superstitieuse. Plus tard, quand la lumière de la Parole de Dieu l’eut tiré de ces ténèbres, il ne se rappelait pas sans amertume le temps ainsi employé.

« L’horreur me prend », écrit-il dans son livre intitulé : du vrai visage de la Croix, « vu les heures, les prières et les services divins que j’ai faits et fait faire à de semblables objets. »

Mais lors même qu’une si malsaine nourriture était offerte à cette avide, une vraie pitié ne s’en développait pas moins chez le jeune Farel. Les grandeurs de la création qui l’entouraient, les cimes couvertes de neiges éternelles qui dominaient son hameau, les rochers qu’il escaladait avec un indomptable courage élevaient son âme au-dessus de ses étroites superstitions vers ce Dieu qui n’habite pas dans des maisons faites de mains et qui n’a pas besoin d’être servi par les hommes, lui qui donne la vie et la respiration à toutes choses, et en qui nous avons la vie, le mouvement et l’être.

Une ardente soif de vie et de lumière se développait ainsi dans ce jeune cœur. Farel, pressé par ces besoins d’une nature plus relevée, demanda à son père la permission d’étudier. Celui-ci aurait préféré pour Guillaume la carrière des armes, qui, dans ce temps, était ordinairement celle des jeunes nobles; mais il ne s’opposa pas au désir de son fils. Farel, après avoir travaillé pendant plusieurs années en Dauphiné et étudié la langue latine sous des maîtres fort ineptes, comme il le dit lui-même, partit pour la capitale, Paris, dont l’université remplissait alors le monde chrétien de son éclat.

C’était l’an 1510, ou peu après. Farel avait 21 à 22 ans. Ni les plaisirs de la capitale, ni même l’entraînement de l’étude, ne le détournèrent un instant de la voie d’ardente dévotion dans laquelle il s’était jeté. Dans ses pieux pèlerinages, Farel se trouvait souvent auprès d’un homme âgé d’une soixantaine d’années, et remarquable par sa dévotion. C’étai ce Lefèbre dont je vous parlais tout à l’heure; il était né en 1455,. à Etaples en Picardie,. dans une condition fort pauvre; mais par son génie et sa science il s’était élevé au premier rang parmi les professeurs de l’université de Paris. Sa dévotion surpassait encore, si possible, sa science. Il demeurait longuement prosterné devant les images, disant dévotement ses heures « tellement, » dit Farel, « que jamais je n’avais vu chanteur de messe qui avec plus grande révérence le chantât. »

Un tel professeur était fait pour un tel disciple. Ils se connurent, s’aimèrent, et rien ne sépara dès lors ces deux cœurs. On les voyait ensemble orner de fleurs une statue de la Vierge et s’en aller tous deux loin du bruit de Paris pour murmurer de ferventes prières dans quelque chapelle.

Néanmoins, l’âme du jeune homme n’était pas en paix. Il avait beau s’abreuver auprès de Lefèvre aux sources de la science, se nourrir journellement avec lui des œuvres de la dévotion la plus fervente. Son âme n’était ni désaltérée ni rassasiée. Lefèvre, de son côté, travaillait à un grand ouvrage. Il voulait écrire la Vie des Saints selon l’ordre où il les trouvait rangés dans le calendrier. Déjà une soixantaine de vies, deux mois entiers de ce calendrier dévot, étaient imprimés. Mais comment faire ce travail sans être conduit à lire la Bible ? Plusieurs des saints du calendrier romain n’appartiennent-ils pas à l’histoire biblique ?

La Bible était déjà alors beaucoup plus répandue que dans les siècles précédents. L’imprimerie était découverte; le psautier avait été imprimé en 1457. C’est le premier livre qui ait été propagé par cet art. Puis on avait imprimé la Bible latine; la première édition date de 1462. Quand l’imprimeur Faust (ou Fust) vint la répandre à Paris, qu’il vendit l’exemplaire à 60 écus seulement, et que l’on remarqua que les exemplaires ne s’épuisaient pas et qu’ils étaient tous semblables les uns aux autres, comme des frères jumeaux, tout Paris s’émut; on crut à la sorcellerie; on prétendit que le titre en couleur rouge était du propre sang du vendeur, et que celui-ci avait fait un accord avec le diable. Faust n’échappa au bûcher qu’en dévoilant son secret devant le parlement de Paris.

A l’époque de la vie de Lefèvre où nous nous trouvons, la Bible était donc assez facilement accessible à tout homme qui savait le latin. Lefèvre étudia ce livre. A cette heure commença pour la France la Réformation.

Toutes les fables dont il s’était nourri jusqu’alors et dont il avait rempli l’esprit de ses jeunes disciples ne lui parurent (ce sont les expressions de Farel) que « comme du soufre propre à allumer le feu de l’idolâtrie. » Revenu des fables du bréviaire, il étudia avec ardeur les épîtres de Saint Paul, sur lesquelles il publia un commentaire dès l’an 1512. « Ce n’est pas l’homme qui se justifie par ses œuvres; c’est Dieu qui le justifie par sa grâce; il ne faut pour cela que la foi de la part de l’homme. La justice qui vient de l’homme est terrestre et passagère, mais celle qui vient de Dieu est céleste et éternelle » Ainsi parlait Lefèvre à ses auditeurs étonnés. Avec la parole divine, l’œuvre divine reprenait sa place dans la conscience de l’Eglise. D’autre part, la parole et l’œuvre humaines s’éclipsaient aussi à la fois. Jamais les salles de l’université n’avaient retenti de pareilles paroles. Ce qui est aujourd’hui pain quotidien pour nos plus jeunes enfants, était alors une découverte inouïe. C’était un trésor longtemps enfoui, qu’une main heureuse venait de retrouver. La rumeur était immense sur les bancs et dans les chaires de l’université de Paris.

Farel écoutait cet enseignement avec étonnement. La parole de Lefèvre, appuyée sur l’Ecriture qu’il lisait maintenant lui-même, le convainquait. Il était forcé de reconnaître avec lui « que sur terre tout était autrement en vie et doctrine qui ne porte la sainte Ecriture, et il en était fort ébahi. »

Mais, d’autre part, les préjugés dont l’avait imbu son éducation, tenaient bon. « Pour vrai, a-t-il écrit plus tard, « la papauté n’était et n’est pas tant papale que mon cœur l’a été. Il a fallu que petit à petit la papauté soit tombée de mon coeur; car par le premier ébranlement elle n’est venue bas. »

Enfin les écailles tombèrent. La Bible vainquit. Jésus, Jésus lui-même, apparut à son âme dans toute sa beauté et comme le seul être adorable. « Alors, dit-il, la papauté fut entièrement renversée; je commençai à la détester comme diabolique, et la Parole eut le premier lieu en mon cœur. »

La parole, l’œuvre et la personne du Seigneur furent glorifiées du même coup dans ce cœur si longtemps retenu au service de la parole, de l ‘œuvre et de la personne humaines. Toute sa vie fut transformée par cette glorieuse illumination : « Tout se présente à moi sous une face nouvelle; l’Ecriture est éclairée; les prophètes sont ouverts; les Apôtres jettent une grande lumière dans mon âme. Une voix jusqu’ici inconnue, la voix de Christ, mon berger, mon maître, mon docteur, ma parle avec puissance. Au lieu du cœur meurtrier d’un loup enragé, je m’en vais tranquille, comme un agneau, ayant le cœur entièrement retiré du pape, et adonné à Jésus-Christ. »

Oh ! Comme il soupire alors sur les erreurs de sa vie passée ! « Que j’ai horreur de moi et de mes fautes quand ‘y pense ! O Seigneur ! si je t’eusse prié et honoré comme j’ai mais tant plus mon cœur à la messe et à servir ce morceau enchanté, lui donnant tout honneur ! » Ainsi saint Augustin, arrivé à la connaissance de Jésus, s’écriait autrefois avec larmes : « Je t’ai connue trop tard, je t’ai aimée trop tard, Beauté suprême ! »

Trop tard ! Oui, en un sens; car il est toujours trop tard pour aimer et servir Jésus-Christ; mais non dans un autre sens : car Farel, comme saint Augustin, put encore consacrer de longues années au seul Maître digne d’être aimé et servi.

La lumière allumée par Lefèvre se répandait dans Paris. Le clergé, l’université s’émurent. Lefèvre fut accusé d’hérésie pour un écart insignifiant de la tradition reçue. Il avait prétendu que trois femmes bibliques, identifiées par la tradition, Marie, sœur de Lazare, Marie-Madelaine, et la pécheresse qui oignit les pieds de Jésus, n’étaient pas la même personne !

Fatigué des tracasseries de ses collègues de la Sorbonne, il quitta Paris et accepta l’asile que lui offrait un ami puissant, Briçonnet, évêque de Meaux, qui ne visait à rien moins qu’à réformer son diocèse, sans rompre toutefois avec l’Eglise, et qui voulait pour cela profiter des lumières de Lefèvre. Bientôt Lefèvre fut suivi de Farel et de quelques autres de ses disciples qui ne pouvaient plus lutter à Paris contre les persécutions dont l’Evangile commençait à être l’objet. C’était en 1521. Farel avait une trentaine d’années. Sous l’influence de ces hommes réunis autour de Briçonnet, et dont la devis était : « La Parole de Dieu suffit », un mouvement puissant se déclara dan le diocèse de Meaux. L’Evangile retentissait dans les chaires et dans les assemblées particulières; il était reçu avidement par les artisans, les cardeurs de laine, les peigneurs et les foulons dont cette ville était peuplée. Cet évêché semblait destiné à devenir le foyer d’un incendie qui allait se propager dans la France entière.

Le clergé et l’université de Paris le comprirent. Deux ans n’étaient pas écoulés, que Briçonnet, accusé par les moines et les curés de son propre diocèse, dont il avait travaillé à réprimer les vices, fut cité à comparaître comme hérétique, et ne se sauva qu’en sacrifiant ses amis. Lefèvre fut le seul qui, en raison de la considération générale dont il jouissait, et par la protection du roi François 1er, put rester à Meaux. Quant aux autres, Farel, Roussel, etc., Briçonnet leur retira lui-même la permission de prêcher, et ils furent obligés de chercher du travail ailleurs. C’était en 1523. Cette première faiblesse entraîna bientôt Briçonnet à une seconde, plus grave encore. Le mouvement réformateur continuait à Meaux sans lui, malgré lui. Briçonnet fut accusé à Paris, plus violemment encore que la première fois. Ne trouvant plus à la cour l’appui dont il avait joui précédemment, il vit les flammes du bûcher prêtes à s’allumer pour lui. Son cœur faiblit. Il renia de nouveau sa foi. Dans une formule qui n’a pas été connue, il rétracta comme hérésie la vérité qui lui avait donné la paix. Lefèvre, le dernier de ses amis qui fût encore avec lui, fut aussi obligé de s’enfuir; il se réfugia à Strasbourg, où nous le retrouverons. C’était à la fin de 1525. « Quand même moi, votre évêque, » avait dit Briçonnet à ses ouailles dans son beau temps, et comme dans le pressentiment de sa future apostasie, je changerais de discours et de doctrine, vous, gardez-vous alors de changer comme moi. » – Ce fut le moment pour les chrétiens de Meaux de se rappeler cet avis anticipé. Nous verrons plus tard avec quelle fidélité ils le mirent en pratique.

Chassé de Meaux, Farel, semblable au chasseur qui s’enhardit à attaquer le lion dans son antre, retourna d’abord à Paris et s’y éleva énergiquement contre les erreurs de Rome. Bientôt, se voyant traqué de toutes parts, il s’enfuit et s’en alla porter l’Evangile à sa famille, en Dauphiné. Là, ses trois frères sont les premiers trophées de son zèle. La ville de Gap et ses environs retentissent de l’Evangile. Farel est cité devant les tribunaux, maltraité, chassé de la ville. Le voilà parcourant les campagnes et les hameaux sur les bords de l’Isère et de la Durance, prêchant dans les maisons dispersées, dans les pâturages, n’ayant d’abri que celui qu’il trouve dans les bois et sur le bord des torrents. Mais « Dieu est mon père » dit-il. Le bruit des bûchers qui déjà s’allument à Meaux et à Paris pour les partisans de l’Evangile ne l’effraie pas; il convertit plusieurs hommes distingués qui plus tard rendirent de grands services à la Réforme. Puis, devenu l’objet de la haine et des investigations du pouvoir, et soupirant après une activité plus libre d’entraves, il prend le parti de quitter une patrie qui n’a plus que des échafauds à offrir aux prédicateurs de l’Evangile.

Suivant des routes détournées et se cachant dans les bois, il échappe, quoique avec peine, à la poursuite de ses ennemis, et arrive, au commencement de 1524, dans cette Suisse où il devait dépenser sa vie au service de Christ.

C’est à Bâle q’il paraît d’abord. La Réformation s’y préparait par les travaux d’Oecolompade, docteur aussi attrayant par sa douceur que Farel était entraînant par son impétuosité. Oecolompade reçoit Farel en vieil ami, lui donne chez lui une modeste chambre, une table frugale, et l’introduit auprès des amis du Seigneur et de l’Evangile. C’était le temps où se renouvelait l’application de ces belles paroles : Ils n’étaient qu’un cœur et qu’une âme; toutes choses étaient communes entre eux. Spirituellement aussi tout était commun entre ces hommes de Dieu. Farel fortifiait le doux Oecolampade; celui-ci modérait le zèle souvent trop impétueux de son ami. Ils s’engageaient mutuellement à s’étudier à l’humilité et à la douceur dans leurs conversations particulières. Ils firent même un pacte dans ce noble but. Puis tous deux soutinrent ensemble publiquement des thèses rédigées par Farel, dont la première était un hommage à la Parole de Dieu, comme règle unique et infaillible de la foi et de la vie chrétienne; la dernière, un hommage à la personne de Jésus lui-même : « Jésus-Christ est notre étoile polaire et le seul astre que nous devions suivre. » On disait à Bâle, après avoir entendu cette discussion (ou plutôt cette prédication; car il n’y eut pas de discussion, aucun des adversaires n’ayant osé prendre la parole, malgré les sommations réitérées de Farel) : « Le docteur français est assez fort pour perdre à lui seul toute la Sorbonne. »

A cette époque, la Réformation se répandait déjà avec puissance dans toute l’Allemagne. Le Montbéliard, soumis au duc de Wurtemberg, qui était partisan déclaré de la rénovation religieuse, réclamait un homme pour travailler à cette œuvre. Accablé par des malheurs terribles, le jeune duc s’était réfugié dans ce comté, sa seule de ses possessions qui lui restât.

Oecolampade engage Farel à s’y rendre. Il le consacre à ce ministère nouveau par l’invocation du nom de Dieu, et lui donne au départ ce conseil de père : « Autant tu es enclin à la violence, autant tu dois t’exercer à la douceur et briser, par la modestie de la colombe, le cœur élevé du lion. Les hommes veulent être conduits, non traînés. »

Farel sut pendant quelque temps se conformer à cet avertissement affectueux. Voici le grand moyen d’évangélisation qu’il employa. Le Nouveau Testament avait été traduit à Meaux, en français, par Lefèvre, pendant qu’il était chez Briçonnet, et avait été publié, les évangiles, le 15 octobre 1522, et les autres livres, quelques semaines plus tard; le tout avait paru en un volume en 1524, à Meaux, chez Collin. Farel se mit à répandre le Nouveau Testament dans le Montbéliard, avec d’autres livres religieux, tels que la traduction de l’explication de l’Oraison dominicale par Luther : « 4 deniers de Bâle l’exemplaire », écrivait l’imprimeur Vaugris, de Bâle, à Farel, en lui envoyant les caisses qui renfermaient ces livres si nouveaux pour ce temps, « ou en gros, les 200 exemplaires, à 2 florins. » On le voit, c’était déjà une société biblique et de livres religieux. Les presses de Vaugris, à Bâle, étaient constamment occupées à l’impression de ces livres français. On les faisait parvenir à Farel, qui, du Montbéliard, les introduisait en France avec une incessante activité.

La mission de Farel dans le Montbéliard prospérait donc, pour la France du moins. Mais les moines s’irritaient; le peuple hésitait, quand, par un excès de zèle, Farel lui-même compromit tout. Vers la fin de février, jour de la fête de Saint-Antoine, Farel marchait le long de la petite rivière qui traverse la ville, au pied du rocher élevé sur lequel est bâtie la citadelle, quand sur le pont il rencontre une procession qui chantait; deux prêtres en tête portaient l’image du saint. Son cœur bouillonne. Il ne se possède plus. Le cœur élevé du lion l’emporte en ce moment sur la modestie de la colombe. Il saisit des mains des prêtres la châsse qui renfermait le saint et la jette du pont dans la rivière, en criant au peuple : « Pauvres idolâtres, ne laisserez-vous jamais votre idolâtrie ? » Il allait périr victime de la hardiesse et suivre dans le torrent le saint qu’il avait osé y précipiter, quand le bruit se répand dans la foule qu’un gouffre vient de s’ouvrir dans la rivière et d’engloutir l’image sacrée. Une terreur panique dispersa la procession, et Farel put mettre ses jours en sûreté.

Peu après, en août 1525, Farel dut quitter le Montbéliard, où, malgré la protection du duc, il ne pouvait plus prêcher qu’en secret, tant était grande l’animosité des populations attachées au catholicisme. Mais la semence qu’il y avait répandue ne quitta point avec lui ce pays.

Farel se rendit à Strasbourg, où la Réformation était déjà fondée par les travaux de plusieurs hommes célèbres, Bucer, Capiton et d’autres, et où elle se répandait avec une grande force. Cette ville était libre et n’appartenait pas encore à la France.

A peine y était-il arrivé, qu’il y goûta l’une des plus grandes douceurs qui pût lui être réservée, celle de voir arriver son vieil ami Lefèvre, dont la persécution l’avait séparé depuis trois ans, et qui venait de quitter Meaux après la chute de Briçonnet. Avec quelle joie le jeune missionnaire serra la main de son vieil ami ! Ils demeuraient tous deux, avec d’autres exilés français dans la maison de Capiton, pasteur de l’église de Strasbourg. Car à cette époque les maisons de Capiton, d’Oecolampade, de Zwingli, de Luther, étaient comme des hôtelleries, ouvertes à tous les défenseurs de la vérité. Ils communiaient avec tous les frères à la Cène du Seigneur administrée conformément à l’institution de Jésus-Christ. Ils recevaient les marques les plus touchantes de respect et d’amour au sein de cette église nouvellement formée. Toute la ville, jusqu’aux enfants, saluaient avec vénération le vieux docteur français, le vétéran de la Réforme, lorsque, appuyé sur le bras de son jeune ami, il se rendait aux enseignements des illustres docteurs strasbourgeois. Farel rappelait alors à son maître que celui-ci lui avait dit autrefois à Paris : « Guillaume, Dieu renouvellera le monde et tu le verras. » Et le pieux vieillard, les yeux mouillés de larmes de joie, répondit : « Oui, Dieu renouvelle le monde ! O mon fils, continue à prêcher avec courage le saint Evangile de Jésus-Christ. »

Cependant Farel ne pouvait rester oisif. On prétend que pendant son séjour à Strasbourg, il jeta dans cette ville les fondements de l’Eglise française réformée qui y subsiste encore à cette heure.

Mais ce travail sans difficulté, sans danger, n’était pas ce qui convenait à un ouvrier de la trempe de Farel. Son œil d’aigle cherchait quelque proie plus difficile à ravir.

La France lui était fermée. L’Allemagne n’avait pas besoin de lui. La Réformation dirigée par Luther, Mélanchton et tant d’autres, y faisait glorieusement son chemin. D’ailleurs la connaissance de la langue lui manquait. La Suisse devait se présenter d’elle-même à sa pensée. Zurich venait d’abolir la messe. Berne était sur le point de suivre cet exemple. Bâle se débattait encore entre ses bourgeois qui demandaient à grands cris la Réforme, et le clergé, appuyé par l’université, qui résistait à tout. Mais la différence de la langue était pour Farel un obstacle à une mission dans ces contrées. Lucerne et les petit cantons s’étaient déjà déclarés ennemis irréconciliables de la Réforme. Une tentative sur ce point était donc plus impossible encore. Restait la Suisse française ou romande, comprenant les pays de Neuchâtel, Vaud et Genève, et de plus, le Jura bernois, une partie de Fribourg et le Bas Valais. Dans cette partie de la Suisse on parle la même langue qu’en France. Cette contrée, en effet, ne fut pas envahie autrefois, comme la Suisse orientale, par le peuple grossier et cruel des Allemands; elle tomba sous le joug des tribus plus douces et civilisées des Bourguignons qui, loin d’imposer leur langue germaine aux peuples conquis, adoptèrent plutôt celle des vaincus. Au temps de la Réformation, la Suisse française était l’une des plus solides forteresses du papisme en Europe.

Quatre évêques, celui de Bâle, celui de Lausanne, au diocèse duquel appartenait notre pays, celui de Genève et celui de Sion, maintenaient à main-forte cette petite contrée sous le joug papal. Au Val-de-Tavannes, à Neuchâtel, à Lausanne, à Genève, des chapitres de chanoines, formés des hommes les plus instruits et occupant, chez nous du moins, de hautes places dans l’Etat, appuyaient l’évêque. Le bon Guillaume remplissait le cœur du peuple neuchâtelois de ses miracles passés et présents et était plus Dieu à Neuchâtel que Dieu lui-même.

Tel était chez nous l’état des choses, quand un autre Guillaume, inconnu jusqu’alors à Neuchâtel, vint faire oublier l’ancien et renverser dans notre pays l’édifice papal. Guillaume Farel quitta Strasbourg en 1526. Il était à pied, accompagné d’un seul ami dont le nom nous est inconnu. Le premier soir de leur voyage, ils s’égarent. Des torrents d’eau tombent du ciel. La nuit survient. Désespérant de trouver leur chemin, ils s’assirent au milieu de la route.

« Ah ! dit Farel dans une lettre à ses amis de Strasbourg, Dieu en me montrant ainsi mon impuissance dans les petites choses, a voulu m’apprendre mon incapacité dans les plus grandes sans Jésus-Christ. » – Mais bientôt, fortifiés par la prière, les deux amis se relèvent, s’engagent dans un marais, nagent à travers les eaux, traversent des vignes, des champs, des forêts, et n’arrivent à leur but que mouillés jusqu’aux os et couverts de boue. Cette nuit, qu’il n’oublia jamais, servit à briser sa force propre, mais en même temps à lui communiquer une nouvelle vertu d’en haut.

Ce fut, à ce q’il paraît, à cette époque qu’il fit sa première apparition à Neuchâtel. Habillé en prêtre, il essaya d’y prêcher. Mais reconnu au moment où il allait monter en chaire, il fut expulsé de la ville. Ainsi raconte Ruchat.

Farel se rend à Berne pour s’entendre avec le pasteur Haller, qui était dans cette ville le principal promoteur de la Réformation. Celui-ci lui conseille d’aller s’établir à Aigle; ce bailliage, ainsi que tout le canton de Vaud, était alors soumis aux Bernois. L’usage de la langue française et la domination de Berne semblaient en effet désigner cette contrée, plutôt que tout autre dans la Suisse romande, à l’activité de Farel. C’était comme le côté faible de la forteresse. Ce fut par là que Farel commença l’attaque. Sous le nom de Maître Ursin, (nom qui rappelait sans doute à mot couvert le patronage de messeigneurs de Berne) et sous l’apparence d’un maître d’école, il s’établit à Aigle dans l’hiver de 1526-27. Le jour il enseigne à lire aux enfants pauvres; le soir, quittant ses abécédaires, il se plonge dans les Ecritures grecques et hébraïques, et médite les écrits de Luther et de Zwingli. Mais bientôt ce ne sont plus seulement les enfants, ce sont les pères de famille qui se réunissent pour entendre les leçons du maître Ursin.

Il leur explique l’Ecriture; à cette lumière c’en est bientôt fait dans ces cœurs du purgatoire et de l’invocation des saints. Un troupeau évangélique se forme autour du maître d’école. Le Conseil de Berne, apprenant ces succès, lui fait parvenir en mars 1527 des lettres-patentes par lesquelles il le nomme pasteur à Aigle, chargé d’expliquer les Ecritures au peuple de la contrée.

Et voici qu’un jour le maître d’école, quittant sa classe : « Je suis Guillaume Farel, » dit-il. Puis il monte en chaire et prêche ouvertement Jésus-Christ au peuple stupéfait. Au premier moment, les prêtres et les magistrats du lieu restent interdits. Puis ils se ravisent, et, entraînant dans leur parti le bailli, Jacques de Rovéréa, ils défendent à Farel de continuer ses prédications. Les Conseils de Berne apprenant cette résistance, font afficher aux portes de toutes les églises du bailliage une ordonnance en faveur de Farel. C’est le signal d’une révolte. « A bas Farel ! A bas messieurs de Berne ! » s’écrie-t-on dans toute la contrée. Un moment Farel et ses adhérents sont en péril. Enfin le Réformateur doit quitter la place et abandonner pour un temps cette contrée, non sans avoir reconnu que l’appui du pouvoir civil, en affaire religieuse, est souvent, pour celui qui s’y confie, une faiblesse plutôt qu’une force.

Peut-être était-ce sous le poids de cette expérience douloureuse que, le 10 mai 1527, Farel écrivait dans une lettre encore aujourd’hui conservée au milieu de nous : « Une charité fervente, voilà le « bélier puissant avec lequel nous pouvons abattre les orgueilleuses murailles de la papauté. »

Après une tentative infructueuse à Lausanne, Farel ne tarda pas à revenir à Aigle. Une lutte publique qu’il soutint là avec un moine mendiant qui l’avait injurié. Lutte qui est racontée en détail dans les chroniques du temps et qui tourna à la honte du défenseur de la papauté, fit faire un grand pas à la cause de la Réforme.

Enfin, selon l’usage du temps, on procéda à une votation générale dans tout le bailliage sur la question religieuse. Des quatre districts, trois, ceux d’Aigle, de Bex et d’Ollon, se déclarèrent pour l’abolition de la messe. Aux Ormonts, la majorité fut pour le maintien du catholicisme.

Malgré la votation qui assignait le district d’Ollon à la Réforme, Farel courut un grand danger dans les montagnes de cette contrée. Les paysans ne voulaient pas permettre qu’il vint consommer chez eux l’œuvre commencée. D’un autre côté, ils craignaient de s’attirer l’animadversion des Bernois, s’ils maltraitaient le Réformateur. Ils lâchèrent donc sur lui leurs femmes armées de battoirs de blanchisseuses. Farel n’échappa qu’avec peine à leur furie et à leurs coups. Son compagnon, Claude de Gloutinis, ayant essayé de prêcher dans le temple des Ormonts, on sonna tout à coup les cloches à pleine volée. C’était là un genre d’éloquence contre lequel les réformateurs se trouvaient sans armes. La réformation totale de la contrée ne fut accomplie qu’un peu plus tard.

Farel n’attendit pas ce résultat pour tenter l’assaut sur un nouveau point. L’étendard de l’Evangile flottait à Aigle. Il vint le planter à Morat. Les districts d’Orbe, Grandson et Morat étaient alors propriété commune de Berne et de Fribourg.

Lorsque le bailli était Fribourgeois, Berne envoyait les ordres; lorsque le bailli était Bernois, les ordres partaient de Fribourg. Sous la protection bernois Farel prêche à Morat, et les partisans de la Réforme ne tardent pas à y paraître assez nombreux pour que l’on puise procéder à une votation. C’était trop tôt. La majorité fut pour le maintien de la messe. Farel abandonna pour un temps ce champ de travail et retourna à Lausanne. Nouvel essai de prédication, mais aussi infructueux que les précédents. Les bons Lausannois aiment le plaisir. Sans doute ils s’indignent des orgies de leurs prêtres; mais quand ils rencontrent la figure austère du Réformateur, ils s’effrayent bien davantage; et, tout compté ils préfèrent encore la face réjouie de leurs chanoines.

De Lausanne, Farel se rendit à Berne pour y assister à la discussion solennelle qui décida de l’introduction de la Réformation dan ce canton. Elle dura du 7 au 25 janvier 1528. 350 ecclésiastiques suisses et étrangers y assistaient; une foule de laïques de tous rangs y étaient accourus : 4 présidents maintenaient l’ordre dans la discussion; 4 secrétaires tenaient le protocole. Toutes les questions en litige entre le papisme et la Réforme furent discutées à fond et avec une entière liberté pendant ces dix-huit jours. La science biblique et l’éloquence puissante de Zwingli, venu de Zürich, de Haller de Berne, et des autres théologiens protestants, au nombre desquels se trouvait Farel, firent pencher la balance du côté de la Réforme. L’Evangile l’emporta dans le canton de Berne sur les traditions humaines.

Après ce grand et solennel triomphe de la cause évangélique, Farel revint à Morat. Cette fois la vérité y fit de rapides progrès. De Payerne, d’Avenches et des contrées circonvoisines on accourait pour l’entendre. Aux jours de fête on disait gaiement dans les campagnes : « Allons à Morat entendre les prêcheurs. » Chemin faisant, la bande folâtre s’exhortait à ne pas se laisser prendre au moins dans les filets de l’hérésie. Le soir, en retournant dans ses demeures, elle ne plaisantait plus : on revenait sérieux. Une grande question, celle du salut, préoccupait les esprits. On discutait avec vivacité sur ce que l’on avait entendu, et parmi ces troupes, le matin si rieuses, se comptaient maintenant en grand nombre les candidats de la foi. Farel vit que le feu était allumé et qu’il pétillait déjà dans les gerbes. Cela lui suffit pour le moment. Il partit. Une nouvelle conquête occupait déjà les pensées de cet homme infatigable.

Par delà la sommité du Vully, son œil avait contemplé les cimes bleuâtres de notre Jura, et son cœur brûlait de tenter cette nouvelle conquête. Encore une fois il court à Aigle pour y travailler à la consommation de la Réformation. Il revient à Morat, s’en va prêcher à Bienne et dans les environs; visite pour la première fois la Neuveville, alors dépendante de l’évêque de Bâle, prince de Porrentruy. Celui-ci porte plainte à Berne contre Farel, qui ose venir prêcher dans son diocèse. Farel est obligé de quitter la Neuveville, et c’est en décembre 1529 qu’il met enfin le pied sur le sol neuchâtelois. Il n’ignore pas quelle lutte l’attend sur ce nouveau champ de bataille. mais que lui importe ? « Dieu est mon Père ! » Dès longtemps voilà sa devise.

On a appelé Farel « le premier et le plus grand missionnaire de la réformation française ». L’esquisse rapide que nous venons de tracer des travaux de cet homme de Dieu jusqu’au jour de son arrivée au milieu de nous, ne suffit-elle pas déjà pour justifier ce titre ? Sans doute, à voir ses allures impétueuses, on serait parfois tenté de se demander s’il ne confond pas la fougue avec le zèle, et de craindre que l’impatience de la chair ne domine chez lui l’impulsion de l’Esprit.

Un pareil soupçon sur le caractère de Farel et de son activité n’est possible qu’à la condition d’ignorer le zèle catholique de son enfance et de sa jeunesse, et les luttes violentes à travers lesquelles il était parvenu à la possession de la vérité évangélique, et l’illumination bienheureuse qui avait décidé de sa conversion, et le changement radial qui s’était opéré chez lui à cette époque de sa vie. Lorsqu’on a, comme nous venons de le faire, suivi Farel du hameau des Farelles à l’université de Paris, et de ses études à Paris à son arrivée à Neuchâtel, on sent bien que le feu qui l’anime est tout autre chose qu’un esprit d’opposition charnelle. L’on comprend que le mobile de cette puissante et incessante activité est celui-là même q’exprimaient les apôtres quand ils se justifiaient devant le sanhédrin en disant : Nous ne pouvons pas ne pas témoigner des choses que nous avons entendues et vues. On a dit de Farel « qu’un mot impie l’émouvait plus qu’un coup d’épée. » Le coup d’épée ne s’adressait qu’a sa personne; le mot impie attentait à l’honneur de Dieu. Il s’inquiétait à peine du premier; mais il foudroyait le second. Entendre le nom de Jésus blasphémé, ou voir seulement sa glorieuse figure éclipsée par les images de Marie et des saints, lui faisait le même effet qu’à un fils respectueux l’ouïe d’une insulte à la personne de son père et de sa mère. Gloire à Dieu, à Dieu seul ! Ce fut bien là l’âme de sa dévorante activité.

A ce premier sentiment s’en joignait un second : Farel, tout en étant avant tout l’homme de Dieu, était aussi l’homme du pauvre peuple. C’est un trait qui lui est commun avec le grand Réformateur de l’Allemagne, Luther. Voir le peuple retenu dans la superstition et dégradé par la religion qui devait l’éclairer et l’ennoblir, était pour lui un spectacle non moins intolérable que celui du nom de Dieu déshonoré.

Sans doute il a pu arriver que, comme à Montbéliard par exemple, la fougue de la chair ait fait irruption parfois dans son activité d’évangéliste. Farel n’était pas plus saint que l’Apôtre qui s’attira de la part de Jésus cette réprimande : Pierre, remets ton épée dans le fourreau. Le Maître seul a été sans tache. En lui seul une douceur accomplie se trouve unie à la plus indomptable fermeté et au zèle le plus ardent. Mais heureux le serviteur de Christ dont on peut dire qu’au milieu de tous ses défauts, la devise de sa vie fut néanmoins : Le zèle de ta maison m’a dévoré. Tel fut Farel ! Dieu veuille faire reposer toujours le manteau de cet Elie sur les épaules de quelqu’un de ses successeurs au milieu de nous !

La prudence de Lefèvre ne fera jamais défaut à l’Eglise neuchâteloise; mais le zèle de Farel…

Référence: Histoire de la Réformation dans le Pays de Neuchâtel, Frédéric Godet, 1859

La Pentecôte Coréenne

J. Edwin Orr a décrit avec précision un véritable réveil évangélique comme « un mouvement du Saint-Esprit amenant un réveil du Christianisme néotestamentaire dans l’Eglise de Christ et dans la communauté qui lui est liée. » Quel est le but de telles effusions du Saint-Esprit ? Est-ce que les desseins de Dieu dans la vivification de Son Eglise sont toujours les mêmes ? Sans remise en cause possible, le premier but de Dieu dans un réveil est tout d’abord la purification et le revêtement de puissance des saints afin qu’ils soient des témoins jusqu’aux extrémités de la terre. Cependant, il existe plusieurs buts secondaires possibles dans un réveil de l’Eglise. Beaucoup aujourd’hui, lorsqu’ils parlent du besoin de réveil en Amérique du Nord, semblent se focaliser principalement sur la restauration de la gloire et de la prospérité d’autrefois de l’Amérique. Néanmoins, Dieu envoie souvent un réveil dans le but de préparer Son Eglise à des temps de grandes souffrances et de tribulations. Avons-nous oublié  » Le Grand Réveil  » qui transforma radicalement les colonies américaines et prépara nos pères à la Guerre Révolutionnaire et à la fondation de notre nation ? En 1857-1858, notre nation fut une fois de plus secouée par un puissant réveil. Ce réveil prépara des milliers d’hommes à faire face à la mort et à l’éternité sur les champs de bataille meurtriers de la Guerre Civile des années 1861-1865. Au tournant du siècle dernier [19e siècle], le réveil éclata de nouveau au Pays de Galles, en Inde, en Chine et en Amérique, suivi peu après par la Première Guerre Mondiale en 1914. La venue d’un réveil n’est pas toujours une garantie de paix et de prospérité nationales, mais un réveil est souvent plutôt la providence de Dieu en vue de nous préparer à la souffrance.

Le puissant réveil coréen de 1907 est un autre exemple évident des desseins miséricordieux de Dieu liés à un réveil. En 1905, le Japon mit en défaite la Russie, et gagna le contrôle des affaires étrangères de la Corée comme une part du gâteau de la guerre. Les Japonais annexèrent et occupèrent la Corée de 1910 à 1945. Durant les 35 années suivantes, le Japon manipulèrent et oppressèrent les Coréens à leur propre avantage. Beaucoup de ceux qui souffrirent entre les mains des Japonais durant ces années étaient les saints de Dieu nouvellement convertis et ranimés. Dieu dans Sa prescience et Sa miséricorde raviva l’Eglise Coréenne en 1907 et ainsi prépara des milliers à être propulsés dans l’éternité à peine quelques années plus tard. Considérons maintenant ce réveil qui prépara toute une nation aux années de souffrance et de tribulation.

En 1906, le Dr. Howard Agnew Johnston apportèrent aux missionnaires de Corée les nouvelles des réveils survenus au Pays de Galles et en Inde. Très vite, beaucoup prièrent continuellement en faveur d’une œuvre fraîche de l’Esprit. De cette époque, William Blair et Bruce Hunt déclarèrent :  » Nous étions parvenus à un stade où nous n’osions pas avancer sans la présence de Dieu. Avec beaucoup de ferveur, nous déversions nos cœurs devant Lui, sondant nos cœurs et cherchant à satisfaire à Ses conditions. Dieu nous entendit et nous donna cette semaine-là les arrhes de ce qui allait venir. Avant la fin des réunions, l’Esprit nous montra clairement que le moyen pour nous d’obtenir la victoire serait à travers la confession, les cœurs brisés, et les larmes amères. »

A propos de cette période de prière, Jonathan Goforth dit : « L’Eglise Primitive accordait un grand honneur à Dieu le Saint-Esprit en mettant tout de côté et en passant dix jours dans la prière pour préparer Sa venue. J’ai dit comment les missionnaires passèrent entre une et plusieurs heures chaque jour pendant des mois à préparer un chemin dans leurs cœurs pour le Saint-Esprit… Ils honorèrent Dieu et goûtèrent au don du Saint-Esprit en se réunissant à l’église pour la prière à cinq heures – non pas à cinq heures tous les soirs, mais tous les matins, durant l’automne et l’hiver de 1906-1907. Ils honorèrent Dieu le Saint-Esprit par six mois de prière et alors Il vint comme un fleuve. »

Dieu Répond à la Prière

« Un lundi à midi, nous, missionnaires, nous réunîmes pour crier à Dieu avec ferveur. Nous étions liés en esprit et refusions de laisser Dieu partir jusqu’à ce qu’Il nous bénît. Cette nuit-là, c’était très différent. Chacun pouvait sentir lorsqu’il rentrait dans l’église que la salle était remplie de la présence de Dieu. Non seulement les missionnaires mais aussi les Coréens attestaient la même chose. J’étais une fois présent en Wisconsin lorsque l’Esprit de Dieu descendit sur une compagnie de bûcherons et tous les incroyants dans la salle se levèrent pour demander la prière. Cette nuit-là à Pyongyang, le même sentiment vint sur moi lorsque je pénétrai dans la salle – une sensation de proximité avec Dieu, impossible à décrire. Après un court sermon, Monsieur Lee prit la charge de la réunion et appela à la prière. Tant de personnes commencèrent à prier que Monsieur Lee s’exclama : « Si vous voulez prier comme cela, priez tous » et toute l’audience commença à prier à voix forte, tous ensemble. L’effet était indescriptible – ce n’était pas de la confusion, mais une vaste harmonie de sons et d’esprit, un mélange mutuel d’âmes poussées par une irrésistible impulsion à la prière. Le bruit de la prière me paraissait être celui d’une chute de grandes et nombreuses eaux, un océan de prière écumant contre le trône de Dieu. Ce n’était pas une multitude mais une seule âme, née d’un seul Esprit, élevée vers un seul Père en haut.

Exactement comme le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans un même lieu, priant d’un même accord, ‘et soudain, il vient du ciel un bruit semblable à celui d’un vent puissant qui rentrait avec précipitation, et il remplit toute la maison où ils étaient assis.’ Dieu n’est pas toujours dans le souffle du vent, Il ne parle pas toujours non plus d’une petite voix douce. Il vint à nous à Pyongyang cette nuit-là avec le son des larmes. Alors que la prière continuait, un esprit de gravité et de douleur vis-à-vis du péché descendit sur l’audience. Dans un coin de la salle, quelqu’un commença à pleurer, et à partir de cet endroit, en un instant, toute l’audience dans la salle pleura. Le récit de Monsieur Lee, écrit à l’époque du réveil, retrace l’histoire de cette nuit mieux qu’aucun autre mot, bien qu’il fût soigneusement écrit trois années plus tard.

L’une après l’autre, les personnes se levèrent, confessèrent leurs péchés, s’arrêtèrent et pleurèrent, et ensuite se jetèrent à terre et frappèrent le sol de leurs poings dans une parfaite agonie produite par la conviction de péché. Mon propre cuisinier essaya de faire une confession, s’interrompit en plein milieu d’elle, et me lança un cri à travers la pièce :  » Pasteur, y a-t-il un quelconque espoir pour moi, puis-je être pardonné ?  » Et alors il se jeta de lui-même à terre et pleura, pleura, jusqu’à presque hurler d’agonie. Quelquefois après une confession, toute l’audience éclatait en prière audible, et l’effet que produisait cette audience constituée de centaines d’hommes priant ensemble dans une prière audible était quelque chose d’indescriptible. De nouveau, après une autre confession, ils éclatèrent en pleurs incontrôlables, et nous pleurâmes tous; nous ne pouvions pas nous en empêcher, et la réunion continua ainsi jusqu’à deux heures du matin, parsemée de confessions, de pleurs et de prières. »

« Seuls quelques missionnaires étaient présents cette nuit de lundi. Le mardi matin, Monsieur Lee et moi-même allâmes de maison en maison annoncer la bonne nouvelle à tous ceux qui étaient absents, (et à nos amis méthodistes de la ville). Ce jour-là à midi, toute la communauté des étrangers se rassembla pour rendre grâces à Dieu. J’aimerais décrire la réunion de la nuit du mardi dans ma propre langue parce qu’une partie de ce qui s’était passé me concernait personnellement. Nous étions conscients que de mauvais sentiments existaient entre plusieurs de nos églises, en particulier entre Monsieur Kang et Monsieur Kim.

Monsieur Kang confessa sa haine envers Monsieur Kim la nuit du lundi, mais Monsieur Kim resta silencieux. A notre réunion de prière de midi, plusieurs d’entre nous nous mîmes d’accord pour prier pour Monsieur Kim. Mon intérêt était tout particulièrement éveillé parce que Monsieur Kang était mon assistant dans l’Eglise North Pyongyang Church et Monsieur Kim un ancien à l’église Central Church, et l’un des membres du bureau de l’Association des Hommes de Pyongyang, dont j’étais le président. Alors que la réunion avançait, je pus voir Monsieur Kim s’asseoir avec les anciens derrière le pupitre la tête baissée. Courbant la tête à l’endroit où j’étais assis, je demandai à Dieu de lui venir en aide, et en relevant la tête, je le vis s’avancer vers le devant. Appuyé sur le pupitre, il fit sa confession. « Je suis coupable d’avoir combattu Dieu. Je suis coupable de haïr non seulement Kang You-moon, mais aussi Pang Mok-sa. » Pang Mok-sa est mon nom coréen. Jamais je n’eus une aussi grande surprise de ma vie. Penser que cet homme, mon associé dans l’Association des Hommes, m’avait haï sans que je le sache ! Il semblait que je lui avais dit quelque chose un jour alors que j’étais dans la hâte à cause de la gestion d’un exercice d’athlétisme à l’école, et cela l’avait offensé, au point qu’il n’avait pas été capable de me pardonner. Me tournant vers moi, il me dit : « Pouvez-vous me pardonner, pouvez-vous prier pour moi ?  » Je me levai et commençai à prier : ‘Apa-ge, Apa-ge’ (Père, Père) et je n’allai pas plus loin. Le toit me parut se soulever de dessus le bâtiment et l’Esprit de Dieu descendit du ciel dans une puissante avalanche de puissance se déversant sur nous.

Je tombai sur le côté de Kim et priai comme je n’avais jamais prié auparavant. Mon dernier regard furtif sur l’audience reste photographiée de façon indélébile dans mon esprit. Certains se couchèrent de tout leur long sur le sol, des centaines se levèrent sur leurs pieds avec les bras déployés dans la direction du ciel. On s’oublia mutuellement. Chacun fut face à face avec Dieu. Je peux encore entendre ce bruit terrible de centaines d’hommes suppliant Dieu de leur laisser la vie et pour obtenir miséricorde. Le cri parcourut toute la ville au point que les païens furent dans la consternation. »

« Aussi tôt que nous fûmes capables, nous, les missionnaires, nous réunîmes à la plate-forme et nous consultâmes : ‘Qu’est-ce que nous allons faire ? Si nous les laissons continuer comme cela, certains vont devenir fous.’ Pourtant, nous n’osions pas interférer. Nous avions prié Dieu pour une effusion de Son Esprit sur les gens et elle était venue. Je sais maintenant que lorsque l’Esprit de Dieu descend sur des âmes coupables, il y aura des confessions, et aucune puissance sur la terre ne peut arrêter cela. Les chrétiens retournèrent dans leurs maisons à la campagne emmenant le feu de la Pentecôte avec eux. Partout on racontait la même histoire, le même Esprit avançait dans son embrasement et se répandait jusqu’à ce que pratiquement toutes les églises, non seulement en Corée du Nord, mais aussi à travers la péninsule entière aient reçu leur part de bénédiction. A Pyongyang, des réunions spéciales étaient tenues dans les différentes églises pendant plus d’un mois. Même les écoles durent mettre de côté des leçons pendant plusieurs jours lorsque les enfants pleuraient ensemble sur les mauvaises actions. »

Engranger la Moisson

 » Le zèle brûlant de faire connaître les mérites du Sauveur fut un signe spécial de l’Eglise à la Pentecôte. Ceci n’était pas moins vrai de l’Eglise de Corée. Il fut dit que les païens se plaignaient de ce qu’ils ne pouvaient pas supporter la persécution des chrétiens. Ils étaient en train de proclamer encore plus fort le Sauveur. Certains déclaraient qu’ils durent vendre pour s’installer dans un quelconque district où il n’y avait pas de chrétiens, afin d’obtenir le repos.  »  » Des ivrognes, des joueurs de cartes, des adultères, des meurtriers, des voleurs, des propres-justes, des confucianistes et d’autres avaient été transformés en hommes nouveaux en Christ. En cinq années de croissance rapide, 1906-1910, le gain net pour toutes les églises de Corée était de 79 221 âmes, ce qui était plus que le nombre total de membres au Japon après un demi-siècle d’effort du protestantisme, ou deux fois le nombre de protestants en Chine dans les quatre-vingt premières années de travail missionnaire. Avant la fin de l’année 1912, il y avait approximativement 300 000 membres dans l’Eglise de Corée pour une population totale de 12 millions. »

Smith Wigglesworth en quelques dates

  • 1859 Né à Menston, Yorkshire, Angleterre, le 10 juin. Baptisé dans une église anglicane le 4 décembre.
  • 1865 Travaille dans les champs dès l’âge de six ans, ramassant et nettoyant des navets
  • 1866 À l’âge de sept ans, il commence à travailler dans une fabrique de laine, douze heures par jour. Pas de temps pour l’école.
  • 1867 Se convertit à l’Eglise méthodiste de Menston où John Wesley a prêché.
  • 1867 Reçoit la confirmation à l’Eglise anglicane le 5 septembre à l’âge de treize ans. Déménage à Bradfort.
  • 1875 S’associe avec l’Armée du Salut et les Frères de Plymouth
  • 1876 Est baptisé par immersion à l’âge de dix-sept ans.
  • 1879 Travaille avec les enfants pauvres de Liverpool par l’intermédiaire de réunions d’évangélisation et de programmes alimentaires. Subvient à ses besoins financiers en exerçant le métier de plombier.
  • 1882 se marie à Mary Jane « Polly » Featherson. Leurs cinq enfants furent Alice, Seth, Harold, Ernest et George.
  • Débuts 1900 Polly et lui fondèrent Bowland Street Mission, à Bradfort. Ils placent un drapeau à l’extérieur qui déclare « Christ est mort pour nos péchés » d’un côté et « Je suis le Seigneur qui t’a guéri » de l’autre.
  • 1907 Baptisé dans le Saint-Esprit le 28 octobre 1907 à Sunderland après avoir reçu l’imposition des mains. Commença à prêcher tout en continuant son travail de plombier pour les rentées d’argent.
  • 1912 Le Daily Echo de Sunderland du 31 mai, parle de sa réunion pour la guérison à l’Eglise All Saint.
  • 1913 Le Daily Mirror de Londres publie un article en première page avec quatre photos d’un service de baptêmes au bord de la mer conduit par Wigglesworth.
  • 1913 Polly meurt. Le mari en deuil demande à Dieu une double portion de l’Esprit
  • 1914 Voyage aux Etats-Unis via le Canada. Parle à Stone Church à Chicago pendant le mois de juni. Deux mois plus tard, il prêche pour George et Carrie Judd Montgomery à Cazadero, dans le pays des séquoias à une centaine de kilomètres au nord de San Fransisco. Wigglesworth reçoit l’ordination par Messieurs Pinson et Robert Craig, le 1er août. La première Guerre mondiale débute en Europe, ce qui entrava ses voyages.
  • 1915 De retour en Angleterre pour une convention de Pâques ? Prêche à Londres pour la première réunion pentecôtiste, le Lundi de Pentecôte. Son fils George meurt.
  • 1920 Poursuit son ministère en Europe pendants six mois : France, Suisse, pays scandinaves. Est mis en prison en Suisse, à deux reprises.
  • 1921 Conduit les réunions à Stockholm à la demande de Lewis Pethrus, en avril. Est arrêté pour avoir imposé les mains aux malades. Les accusations sont abandonnées avec l’ordre de ne plus imposer les mains dans les réunions de masse le Lundi de Pentecôte.
  • 1922 Voyage en Australie et en Nouvelle-Zélande via le Sri Lanka. Arrive au Nord de Melbourne, Australie, le 16 février 1922, avec une réunion cette même nuit. Prêche à Wellington public, Nouvelle-Zélande, en mai. Le Dominion de Wellington publie un long reportage sous les titres : Guérisons de foi. Scènes extraordinaires à la salle de la mairie. Le sourd devenu entendant. Le Sun de Christchurch a été très critique vis-à-vis des réunions conduites à l’invitation de la Mission de Sydenham. Va à Dunedin. Le Evening Star de Dunedin couvre les rencontres dans son édition de 15 juin 1922. Reste à Dunedin jusqu’à la fin juin. Retourne à Wellington, où il commence des réunions en juillet. Les journalistes de Dominion recherchent des déclarations par écrit et sous serment de guérisons. Commence le 2 octobre des réunions à San Diego, Californie. « Osez croire Dieu » fut son thème pour les réunions de l’union pentecôtiste à Chicago, du 29 octobre au 12 novembre.
  • 1923 Retourne en Nouvelle-Zélande en octobre. Tient des réunions à Auckland, au Nord de Palmerton, Blendheim et continue avec Wellington le 16 décembre. Assiste à une convention pentecôtiste du 23 au 30 décembre.
  • 1923 Retourne aux Etats-Unis pour une tournée de prédications, qui inclut des arrêts à Berkeley, Californie et à Springfield, dans le Missouri.
  • 1924 Reçoit les pièces justificatives d’identité ministérielle des Assemblées de Dieu des Etats-Unis, à l’âge de soixante-cinq ans. Sous la rubrique « appel spécifique », il marque « professeur-évangéliste. La maison d’éditions Gospel Publishing House publie Une foi toujours plus grande.
  • 1925 Voyage en Afrique du Sud pendant l’année. Commence des réunions à Phoenix avec H.L Faulkner, au temple apostolique, le 8 février ; prêcha au Maria Woodworth-Etter Tabernacle, à Indianapolis, le 14 février. Tient des réunions en réunions en Angleterre et en Suisse. Prêche au Brethel Temple à Los Angeles.
  • 1927 Retourne en Australie et en Nouvelle-Zélande. Va au Richmond Temple de Melbourne, pendant le printemps. Des témoignages de guérisons sont donnés, concernant des réunions qui ont lieu en 1922.
  • 1927 Conduit des réunions au Angelus Temple d’Aimee Semple McPherson, pendant l’automne, ainsi que dans d’autres églises de la Californie de Sud. Prêche au Glad Tidings Temple de Sans Fransisco, du 26 octobre au 6 novembre ; et également, aux réunions de lundi, de Carrie Judd Mongomery, le 31 octobre.

    1928 Va en Suisse pendant le printemps, puis retourne en Angleterre, pour la Convention du lundi de Pâques. Dresse une tente à Londres, pour œuvrer avec l’Eglise anglicane.

  • 1930 Poursuit son ministère aux Etats-Unis, incluant des réunions avec Robert et Marie Brown, à New York. Reprend le bateau pour l’Angleterre, le 19 avril.
  • 1930 – 1933 Souffre de calculs biliaires. Refuse l’aide médicale.
  • 1932 Demande au Seigneur quinze ans de plus à vivre. Tient des réunions à Eureka Springs, dans l’Arkansas, du 29 août au 12 septembre.
  • 1933 Est guéri des calculs biliaires le 4 octobre.
  • 1934 Retourne aux Etats-Unis à l’automne.
  • 1935 Wigglesworth – maintenant âgé de 76 ans – et les Salters poursuivent leur ministère au Glad Tidings Temple de San Frasisco, du 29 janvier au 10 février.
  • 1936 Voyage en Afrique du Sud. Donne la prophétie concernant Du Plessis.
  • 1935 La Gospel Publishing House publie Une foi qui domine
  • 1943 – 1947 Ministère confiné à l’Angleterre, dû à la Deuxième Guerre mondiale et à son âge avancé.
  • 1943 – 1948 Smith Wigglesworth meurt le 12 mars 1947, au Glad Tiding Hall, à Wakefield dans le Yorkshire. Les funérailles se tiennent à Elim Church de Bradford, le 17 mars. Aurait aux quatre-vingt-huit ans, en juin. Les pasteurs décédés et contemporains de Wigglesworth sont : Stephen Jeffrey et A.J Tomlinson en 1943 ; Aimee Semple McPherson en 1944 ; Carrie Judd Montgomery en 1946 ; Charles Price en 1947 ; E.W. Kenyon et Robert Brown en 1948.
  • 1947 – 1950 D’autres évangélistes commencèrent un ministère de salut et guérisons : Kathryn Kulhman, Oral Roberts, William Branham, Jack Coe, et A.A Allen

Source : Enseignemoi.com

Félix Gallice pasteur des ADD de France

Félix Gallice fut nommé pasteur de la première Assemblée de Dieu de France. Félix Gallice naquit le 22 décembre 1887 dans les Alpes, à la frontière italienne dans la ville de Fesnil, dépendant de la province de Turin en Italie.

Ses parents étaient de milieu modeste, tout comme leurs ancêtres qui provenaient de la Savoie. Ils exerçaient le métier de la culture, mais le jeune Félix choisit de suivre des études pour devenir préparateur en pharmacie.

Il était de souche catholique, mais pratiquait sa religion sans grande conviction. Gallice fit sa première véritable expérience d’un salut personnel en Jésus-Christ chez les Baptistes (1). Il fut amené à l’évangile par un traité que lui avaient remis deux jeunes Anglaises. Après la lecture de ce tract, il fut intrigué par ce que Dieu pouvait faire. « En vérité », se dit-il, « ce Dieu protestant peut faire beaucoup de choses ».

Rappelé sous les drapeaux au début de la première guerre mondiale, Félix Gallice se souvint des paroles du traité affirmant que Dieu pouvait préserver de tout mal. Il promit à Dieu de Le servir s’il lui permettait de rentrer sain et sauf. Selon Félix Gallice, Dieu le protégea en effet. « Une nuit », raconta-t-il, « Dieu me remit en mémoire la promesse que je lui avais faite. Il m’appelait à son service. Je lui demandai : « Et où dois-je me rendre ? » La réponse qui me vint comme une pensée subite semblait me dire : « Va au Havre ».

Ayant entendu parler du Ruban bleu par les deux jeunes Anglaises, il écrivit à l’adresse qu’elles lui avaient indiquée. Il partit alors immédiatement pour le Havre où commença pour lui une longue période d’activité religieuse.

En 1920 il se joignit à l’Eglise de la rue Dauphine au Havre, et tient des réunions de plein air dans les foires où il travaillait au relèvement des buveurs, dans le même esprit que sa collaboratrice, Mlle Biolley.

Mr Gallice reçut sa formation biblique et pastorale « sur le tas » en autodidacte. Cela n’empêchait en aucune manière sa communication de l’évangile. Cela fut attesté par les résultats obtenus pendant ses années pastorales au Havre. Il n’avait pas l’habitude de monter un sermon d’après les règles de l’homilétique, mais passait beaucoup de temps à se préparer dans la prière et la méditation des passages de la Bible.

Vers la fin de l’année 1930, Félix Gallice fut désigné comme premier pasteur pentecôtiste en France. Sous son égide, des foules de gens se pressèrent pour entendre le message de l’Evangile et pour en voir les manifestations.

Les débuts du mouvement de Pentecôte en France

Rapporté par André Nicolle et publié dans le journal Viens et Vois, voici le récit de Douglas Scott concernant les début du mouvement de Pentecôte en France.

Plusieurs frères m’ayant demandé de donner le récit du commencement du Réveil de Pentecôte depuis la Normandie jusqu’au Midi de la France et en Algérie, après beaucoup d’hésitations et de prières, j’arrive enfin à prendre ma plume pour le faire. Nous rendons grâces à Dieu pour tout ce qui a été fait parce que c’est l’Esprit-Saint qui a tout accompli.
Notre appel

Notre appel fut vraiment un appel surnaturel. Nous avions devant nous deux portes qui semblaient être ouvertes : la France et l’Afrique. L’appel pour la France est venu parce que M. BURTON, missionnaire-pionnier du Congo, me dit d’aller au Havre en 1927, pour me perfectionner dans la langue française. C’est là que je rencontrai l’œuvre évangélique en France pour la première fois.

Mademoiselle BIOLLEY, chrétienne ardente et convaincue, m’avait proposé de venir passer quelques temps au Havre avant de partir plus tard pour l’Afrique. Nous priâmes donc en demandant au Seigneur de nous montrer clairement notre chemin et acquîmes la conviction que c’était vers la France que Dieu nous dirigeait. Mais Dieu, dans sa bonté, confirma son appel par un message en langue, interprété par M. HOWARD CARTER qui était, en ce temps, le Principal de l’Ecole Biblique des Assemblées de Dieu à Londres. L’Esprit-Saint nous disait : « Passer par la porte qui est devant vous et, plus tard, je vous ouvrirai la seconde porte ». Nous remercions le Seigneur pour cette confirmation scripturaire et biblique.

Mais voilà qu’un Professeur de l’Université de Cambridge se leva de la salle pour donner une deuxième confirmation : « je viens d’entendre un jeune homme (c’était moi) qui a parlé en arabe littéraire, j’ai contrôlé l’interprétation, qui ne fut pas une traduction mot à mot, mais une interprétation de la pensée qui était exprimée dans le parler en langue ». Forts de cette confirmation de la part du Seigneur, nous débarquions au Havre le 1er janvier 1930.

Dieu avait déjà préparé le terrain par la prière ardente de chrétiens qui avaient demandé un réveil spirituel pour la Normandie et la Bretagne depuis bien des années. A la toute première réunion, Dieu guérit un gazé de guerre. Au fond de la salle, se trouvait un cheminot qui, ayant vu le miracle, alla en parler au dépôt de chemin de fer. Un deuxième miracle, également instantané, fut signalé, celui d’une femme percluse qui reçut immédiatement la délivrance de l’usage de tous ses membres. Elle put rentrer à pieds chez elle.

Nous n’avons jamais fait de propagande par prospectus dans la ville du Havre, car la manifestation de la puissance de Dieu pour guérir les malades était tellement grande que les guérisseurs perdaient tous leurs clients. Nous ne connaissions que très peu la langue française, mais l’Esprit-Saint faisait son œuvre et bientôt nous eûmes la joie de voir des conversions sincères, des personnes se préparer au baptême d’eau, et aussitôt après, recevoir le don du Saint Esprit.

Il y eut des guérisons remarquables, telle que la délivrance d’une jeune fille possédée d’un esprit de surdité, mutisme, folie et épilepsie. Une autre, qui avait jusqu’à 28 crises par jour, fut également libérée de ce démon par le Seigneur.

Que dirons-nous des sourds, des paralytiques, et bien d’autres infirmes qui trouvèrent auprès du Seigneur la délivrance totale ? Des cancers, des tumeurs et des excroissances de chair de toutes espèces ont été détruites devant nos yeux. Une dame mourant d’un cancer en 1930 était toujours en vie en 1960 lors de notre dernière visite au Havre. Que Dieu en soit béni !

C’est pendant ce réveil que notre frère M. GALLICE, reçut un puissant baptême du Saint-Esprit avec des dons spirituels nécessaires pour son futur ministère et ce fut entre ses mains que nous confiâmes cette nouvelle œuvre lors de notre départ vers la fin de l’année.

En mission en Picardie

Après avoir remis l’œuvre du Havre entre les mains de notre frère M.GALLICE, Dieu nous dirigea vers la Picardie où nous eûmes une première mission dans l’Assemblée baptiste de Chauny où Dieu bénit richement malgré l’opposition très forte de jeunes gens envoyés pour déranger les réunions. Seule une chute de neige à la fin de la dernière réunion nous évita une vraie bagarre.

De là, certainement dirigés par l’Esprit-Saint, nous allâmes vers la ville de Fère ou notre frère Pierre NICOLLE était pasteur. Les débuts furent durs car on avait prévenu notre frère contre la Pentecôte (comme il l’a dit dans son livre) et ce fut une grâce que le Seigneur accorda à notre sœur, Mme NICOLLE, le baptême du Saint Esprit. Cela nous donna le courage de continuer la mission.

Quand nous avons vu sur le bureau de notre frère, M. NICOLLE, sa Bible toujours ouverte aux chapitres 12,13 et 14 de la première épître de Paul aux Corinthiens, le sachant vraiment attaché à la Parole, nous avons remercié le Seigneur pour une victoire que nous sentions venir. C’est dans cette petite mission que Dieu a mis sa main sur toute la famille NICOLLE, André et Marc reçurent, de la part du Seigneur, le baptême du Saint-Esprit et, en même temps, les dons des langues, d’interprétation et de prophétie. Dans la même mission, Dieu toucha la famille GUILLAUME qui, plus tard, nous ouvrit la porte pour la ville de Liévin, première assemblée dans le bassin minier du Nord.

Quelques temps plus tard, nous fûmes invités à faire une courte mission à Saint-Quentin. Gloire à Dieu dans cette période, le frère Pierre NICOLLE fut baptisé du Saint-Esprit. Ce fut à ce moment-là que Dieu choisit l’homme qui devait être le pilier de son œuvre en Normandie. Sa connaissance de la Parole de Dieu, son esprit organisateur et sa pensée toujours claire et lucide ont permis l’affermissement de la petite œuvre de Rouen qui est devenue, sous sa direction, le centre du réveil pour la Normandie.
En Normandie

Lorsque, plus tard, je fis part aux amis du Havre de mon désir d’aller évangéliser la ville de Rouen, ils me firent comprendre toutes les difficultés que nous allions rencontrer dans cette ville aux « cent clochers ».

Nous avions distribué 2000 prospectus dans les rues de la ville et seulement quelques personnes vinrent aux premières réunions. Mais le Seigneur, en guérissant les malades, en délivrant les possédés, nous permit de voir la petite salle, rue Saint-Nicolas, se remplir. Nous avions au moins 5 évangélistes pour nous aider. Nous portâmes nos efforts dans le centre, à Dernétal et à Sotteville, avec André NICOLLE, Arthur MARET, Ove FALG, Mme SCOTT et moi-même. C’est grâce à la foi et à la bonté d’un foyer chrétien qui nous avons pu tenir avec nos ressources excessivement limitées. Elle nous a nourris pour une somme très modique et Dieu a richement béni matériellement notre sœur et son mari après ce grand acte de foi.

Nous avions des appels pressants de Suisse, de Privas et de Nîmes, et c’est vraiment dans le plan de Dieu que nous avons fait appel à notre frère, Monsieur Pierre NICOLLE, pour prendre en main ce petit commencement de réveil. Mais Dieu n’a-t-il pas dit : « Ne méprisez pas les petits commencements », et c’est grâce aux réussites de nos missions à Privas et dans le Midi de la France que nous avons pu aider matériellement cette œuvre – aide qui nous a été remboursée complètement quelques temps plus tard. D’autres plumes plus capables que la mienne ont déjà parlé de ce beau réveil des années 1932, 1933 et 1934 dans la région rouennaise.

Dieu nous permit d’y retourner et, grâce au pasteur anglican de la ville qui, après un entretien assez amical, accepta de mettre à notre disposition l’église anglicane pour une mission, nous pûmes vraiment prendre pied dans la ville, car on ne nous considérait plus comme des aventuriers, mais comme un Mouvement Religieux avec des appuis solides.

Dans le Nord de la France

Entre temps, nous avions eu une mission dans la ville de Liévin. Durant cette mission, il y eut des signes, des prodiges et des miracles. C’est de là que notre frère Arthur MARET partit pour Calais poser les jalons de l’assemblée de Dieu dans cette ville et, un peu plus tard, dans la ville de Lille où il resta assez longtemps.

De ses combats, de ses difficultés, de ses victoires, nous ne pouvons pas vous parler avec une grande connaissance, mais, certes, l’appui moral du pasteur Nick de Lille, bien connu pour sa haute spiritualité et sa générosité, a été pour nous une grande aide pour l’établissement de notre œuvre.

Avant ce temps, nous eûmes une petite mission dans la ville de Roubaix qui nous permit de prendre contact avec la Belgique qui reçut le message de la Pentecôte. Huit frères et sœurs chrétiens, appartenant à l’Eglise missionnaire belge, vinrent à Roubaix. Tous furent guéris et, lorsque plus tard, le pasteur de Jemmappes nous invita pour une réunion d’évangélisation, Dieu bénit si richement le réveil de Pâturages, que le Borinage tout entier fut préparé et plus tard réalisé par une puissance exceptionnelle et une manifestation de l’Esprit Saint.
Dans les églises réformées

Le Frère DELATTRE, de Privas, nous invita pour une mission de longue durée (3 semaines). Tout le monde lui disait : « Après quatre jours, il n’y aura plus personne ». Ces gens ne connaissaient pas le mouvement du Saint-Esprit. Après deux semaines de réunions, la foule au dehors était plus nombreuse que l’assistance dans la petite chapelle. Avec le consentement du Consistoire, le grand temple fut ouvert et c’est là, avec le temple plein à craquer, que la mission se termina.

Dans cette mission, plusieurs pasteurs de l’Eglise Réformée furent baptisés du Saint-Esprit, avec le sceau du parler en langues. Et ce fut dans ce presbytère du temple du village de Saint-Albon, d’Ardèche, que nous avons pu mettre au point et mettre en vente le premier numéro de « Viens et Vois ». Des pasteurs réformés firent les corrections de notre texte et c’est Mme SCOTT qui tapa à la machine le premier numéro – travail bien long mais combien utile.

M. DELATTRE nous donna le nom de son imprimeur auquel il nous présenta et c’est ainsi que notre journal a vu le jour. Nous fûmes bien heureux de trouver un rédacteur et un administrateur en la personne d’un frère de France.

Lorsque nous descendîmes vers la capitale protestante de Nîmes, il y eut une forte opposition, bien que nous fûmes introduits par le pasteur Bernard DE PERROT avec l’appui d’un chrétien bien connu dans la ville, M. Louis FOUCHAUD.

Le journal « Le Matin vient » fit paraître un article à notre attention appelé « casse-cou », où nous étions présentés comme une « vague infernale », mais les Nîmois vinrent voir. Nous étions si nombreux que le 1er mai 1932, le grand temple était pris d’assaut par les gens venus de près e de loin pour voir ce que Dieu faisait. Pendant cette mission, nous eûmes le privilège de nous entretenir avec le corps pastoral du Midi, ce qui nous aida beaucoup dans nos contacts avec l’Eglise protestante durant tout notre ministère.

En Suisse

Peut-être faut-il parler en même temps de la mission La Chaux-de-Fonds, en Suisse, qui commença dans le théâtre et qui se termina dans le plus grand temple de la ville, archi-comble. C’est dans cette mission que nous avons pris contact avec le frère M. THOMAS-BRES et sa compagne, et ce fut certainement dans le plan de Dieu, car plus tard, il vint en France du ministère que Dieu lui accorda, celui de docteur.

Lorsque je vis un pasteur, au fond de la salle Croix-Bleue, contrôler dans sa Bible tous les textes que je citais pour le baptême du Saint-Esprit, je compris que Dieu avait son homme et, plus tard, lorsque le frère M.THOMAS-BRES – car c’était lui – fut visité par le Seigneur, ainsi que sa compagne, par un puissant baptême de l’Esprit-Saint, nous bénissions le Seigneur à l’avance pour la colonne que Dieu allait ajouter à son Eglise en France.

Dans le Midi

Les frères nous ont demandé de donner quelques détails du commencement du Réveil dans le Midi de la France, qui a débuté dans la ville de Marseille. Nous n’avions aucun soutien financier. Nous distribuâmes 100 000 prospectus et 25 personnes vinrent à la première réunion. Il fallut beaucoup de courage pour tenir. Mais, bientôt, Dieu nous donna une salle en plein centre de la ville et il y eut des guérisons miraculeuses. Parmi tant d’autres, Mme BASSOT, guérie d’un cancer, Mlle GIBERTI (plus tard Mme ALLIONE), guérie de cavernes dans les deux poumons, de plusieurs paralytiques, des sourds, voire même des aveugles ont été délivrés.

Lorsqu’une sœur, habitant la ville, bien connue dans les milieux religieux, nous dit : « Mon pauvre Monsieur, qu’est ce que vous allez faire avec ces trente personnes dans vos réunions ? », par la foi, je lui répondis : « Dans quelques temps, il y en aura trois cents ». Ce fut une parole prophétique.

Le jour de la Pentecôte, en 1930, dans une journée de prière et de jeûne, au Havre, Dieu nous avait dit : « Dans toutes les villes de ce pays où vous annoncerez le plein Evangile, je confirmerai ma Parole non seulement avec des guérisons mais aussi avec des miracles ». C’est comme cela que je puis affirmer ce qui devint une réalité peu de temps après. C’est cette même sœur qui s’est portée garant lorsque nous sommes allés demander la location de la salle, rue Louis-Astruc. On n’aurait jamais donné une salle si importante et bien placée à un pauvre évangéliste anglais itinérant. Le jour de Pâques 1935, Dieu nous donna de voir 45 frères et sœurs prendre le baptême dans cette salle, et à travers les années, ces colonnes que Dieu nous a données ont été les colonnes dans cette Assemblée de Marseille qui a été si souvent secouée par de rudes tempêtes.

La plupart de ces 45 ont reçu tout de suite le baptême du Saint-Esprit et, comme dans le ville d’Ephèse, ont été de solides fondements dans l’œuvre.

A un certain moment, nous étions 6 à travailler dans l’œuvre de Marseille qui est devenue, pour le Midi, le centre du réveil de la Pentecôte. De là, nous avons pu évangéliser et ouvrir, de Marseille, avec l’aide de plusieurs évangélistes, les villes de Nîmes, Alès, Cavaillon, Salon-de-Provence, Aix-en-Provence, Avignon et Toulon, nous appuyant toujours sur le Seigneur qui confirmait sa Parole selon la promesse énoncée dans le chapitre 16 de l’Evangile de Marc : « En mon Nom, ils chasseront les démons, ils imposeront les mains aux malades et les malades seront guéris ».

Nous voyons, dans les Actes des Apôtres, comment l’Evangile intégral a été annoncé dans presque toutes les grandes villes de l’Asie Mineure, la Grèce et finalement Rome, et aussi comment le Saint-Esprit a donné à l’apôtre Paul, non seulement les dons spirituels pour son œuvre de pionnier et missionnaire, mais aussi comment Il l’a conduit dans l’établissement des Assemblées, surtout dans les grandes villes et le long des grandes lignes de communication : Antioche, Ephèse, Corinthe, Salonique, etc. Le Saint-Esprit nous a conduits dans cette méthode de travail.

En 1931, par la grâce de Dieu, nous avions déjà établi une œuvre dans la ville de Lyon que nous avons commencée dans un cinéma appelé « Eden », derrière la gare, dans le cours Suchet. Un journaliste, dans un tout petit article, ironisa sur nos efforts de planter un nouvel Eden dans les cœurs dans un pareil endroit. Mais, après un certain temps, une petite assemblée, que nous pûmes laisser entre les mains du frère Oscar GUILLAUME, était formée. Pendant que nous étions à Marseille, nous avons pu parler à deux pasteurs différents de la ville de Nice, tous les deux ayant en charge d’une Eglise réformée dans cette ville. Le pasteur PERRET-MAGNUS nous a affirmé que ce serait impossible de faire une œuvre dans cette ville presque entièrement consacrée aux plaisirs. Mais le pasteur DELATTRE avait prié depuis longtemps pour que soit établie une œuvre évangélique et il nous a accompagnés dans les quelques-unes de nos premières réunions. Lorsqu’il a vu la foule venir, les uns guéris, les autres délivrés et beaucoup convertis, dans sa prière, il dit au Seigneur : « Tu peux maintenant laisser ton serviteur partir en paix, car mes yeux ont vu Ton Salut ». J’attribue le succès presque immédiat à l’œuvre de Pentecôte dans cette ville aux prières de ce fidèle serviteur de Dieu.

En même temps, nous avons pu ouvrir les villes de Fréjus, Grasse, Antibes et Menton. Malgré les difficultés survenues par la déclaration de la 2ème guerre mondiale, ces œuvres ont tenu par le ministère des frères.

Puisqu’on nous demande seulement de donner le compte rendu du commencement de l’œuvre de Pentecôte en France, nous ne parlerons pas de la chaîne des assemblées que Dieu a permis que nous ouvrions depuis Montpellier jusqu’à Bordeaux en passant par Sète, Béziers, Narbonne, Carcassonne, Montauban et Agen. Avec le grand mouvement du Saint-Esprit dans la ville de Perpignan, la partie sud-ouest de la France a été vraiment touchée par le Saint-Esprit.

Sous la conduite du frère Marcel ROUX, l’œuvre de Toulouse est devenue une des plus grandes œuvres de Pentecôte dans toute la France.

Si nous sommes venus en France en 1930, conduits par une révélation surnaturelle du Saint-Esprit, nous sommes aussi partis par une révélation semblable. Dans la deuxième révélation, ce que Dieu a dit dans la première a été confirmé et réalisé. C’était dans l’assemblée de Cannes, au culte du dimanche matin. Dieu a donné à une sœur une prophétie nous concernant. Ce fût en mars 1939 et là, Dieu nous disait de partir de suite pour le pays dont il nous avait parlé car si nous restions, notre liberté de mouvement serait limitée et arrêtée par un événement qui devait bientôt arriver. C’est grâce à cette révélation que nous sommes partis pour le Congo où Dieu nous a donné de voir 7 années de mission vraiment bénies et presque apostoliques.

En Afrique du Nord

Dieu nous avait déjà permis d’évangéliser quelques villes en Algérie en 1933 et en 1934, et nous avions pu voir, par une mission dans la ville de Relizane, quoique dans le temple protestant, les immenses possibilités d’un ministère de délivrance dans l’Afrique du Nord. Dans cette mission, nous avions prié pour environ 160 personnes dans les 4 jours, nous avions pu constater 39 guérisons presque instantanées parmi lesquelles un jeune garçon paralytique et un autre sourd-muet ainsi qu’une femme aveugle.

Nous avions alors promis à Dieu d’y retourner plus tard pour établir une œuvre de Pentecôte.

Ce fut lors de la mission de Perpignan que Mlle CARLIER, qui nous a ouvert sa maison à Alger, nous a remis en mémoire cette question de l’Afrique du Nord. Quelques temps après, Mme SCOTT a eu en vision la confirmation de l’appel lorsqu’elle a vu devant ses yeux une banderole avec ces paroles écrites : « Les assemblées de Dieu en Afrique du Nord ».

Notre frère GAILLARD avait réussi un appel pour l’Algérie, et devant Dieu, nous avons décidé d’y aller ensemble. Mais il était libre de son œuvre à Grenoble avant que je ne fus de la mienne à Bordeaux. Lorsque nous sommes arrivés quelques temps après lui, nous avons trouvé de petits groupes réunis dans quelques salles de café de la ville d’Alger. C’est donc lui qui a fait la première brèche dans la ville blanche. Une fois de plus, la bonne nouvelle a été confirmée par des guérisons et de vrais miracles qui ont conduit des conversions profondes souvent instantanées et véritables. Il y avait une femme arabe dont la délivrance a provoqué le premier mouvement dans le quartier de la Casbah. Elle était malade depuis 30 ans et avait vu tous les médecins, les spécialistes d’Alger dont les facultés de médecine étaient renommées, et aussi les spécialistes de Paris. Malgré ses atroces souffrances, ils n’ont pas pu vraiment discerner la racine de ses maux.

Comme beaucoup de musulmans, elle est allée consulter une voyante et celle-ci, comme la pythonisse du chapitre 16 des Actes des Apôtres, lui a dit pour une fois la vérité. Ce fut deux ans avant notre arrivée, la voyante lui a dit : « Tu seras guérie ; un vieux monsieur et sa femme viendront, ils imposeront les mains aux malades et tu seras parmi ceux qui recevront la guérison ». Cette femme se trouva donc dans une de nos réunions et le vieux monsieur et sa femme y étaient aussi. Lorsque nous sommes allés vers elle pour prier, Dieu nous a donné de discerner un esprit de maladie que nous avons chassé et le démon, en partant, a poussé un si grand cri, presque un hurlement, que la réunion en a été quelque peu déroutée. Mais la délivrance était là et bien des musulmans ont été touchés par ce témoignage.

Avec le frère GAILLARD, nous avons travaillé pendant plusieurs mois. Après cela, il est parti vers l’ouest, à Oran, et nous sommes partis vers l’est à Constantine. A Oran, il a trouvé un terrain comme celui du Havre, préparé par les prières des chrétiens pendant 20 et lorsqu’un terrain est préparé ainsi, les sillons sont là et la semence n’a qu’à tomber et produire des fruits. Nous nous sommes réjouis avec lui de cet immense travail que d’autres ont continué par la suite.

En ce qui concerne l’Afrique du Nord, nous sommes censés reconnaître dans sa pré-connaissance, a vu le moment de l’exode de presque tous les européens de là-bas et Il leur a donné une occasion de salut pendant qu’il faisait encore jour. La nuit est venue, l’œuvre n’est guère possible. Mais nos assemblées en France ont été enrichies par les âmes que Dieu a touchées pendant les 10 ans de mission en terre africaine.

Par la grâce de Dieu, nous avons pu faire l’œuvre de pionniers dans les villes missionnaires et le Seigneur a suscité des vocations pour continuer. Dans notre mouvement, nous avons maintenant bien des pasteurs qualifiés, quelques évangélistes, quelques docteurs.

En ce qui nous concerne, en 1955, Dieu nous a révélé ce qui allait arriver en Afrique du Nord et nous avons laissé ce champ à d’autres pour retourner en France où Dieu nous a encore bénis.

D. et C. SCOTT.

Témoignage d’Hélène Biolley

Monsieur Rollhaus, homme âgé fort estimé au Havre, demandait instamment à Dieu de lui désigner une compagne pour sa fille, âgée de 17 ans, qui avait perdu sa mère de fort bonne heure. Le Seigneur le conduisit vers elle à Couvet. Dès l’instant où ils se présentèrent sous la galerie ensoleillée de notre maison chacun de nous sut qu’il était exaucé.

Ce fut le 10 Septembre 1880 que j’arrivai avec eux au Havre et que je passai seize années d’un bonheur sans mélange. J’étais comme la fille aînée de cet homme de Dieu et la sœur chérie de son enfant.

Vers 1885 nous découvrîmes des réunions méthodistes qui se tenaient dans les bas-fonds. Mademoiselle Rollhaus et moi prîmes des groupes dans l’école du Jeudi du pasteur Gray, et nous y mettions tout notre cœur.

En 1887 Monsieur Gray nous fit faire la connaissance d’un colporteur breton, Monsieur Le Quéré, venu au Havre pour quelques semaines pour visiter ses compatriotes. Nous l’invitâmes à dîner. Il se présenta avec son chapeau rond et ses sabots et nous intéressa vivement par le récit de sa conversion et des persécutions qu’il subissait comme colporteur de la Parole de Dieu dans la campagne bretonne.

Après le dîner nous lui demandâmes pourquoi il retournait en Bretagne, puisque les Bretons reçoivent l’Evangile avec plus de facilité hors de chez eux et de la persécution. -« C’est une affaire d’argent », répondit-il. -« Si Dieu vous envoyait l’argent, resteriez-vous ? » -« Oui ». -Alors nous nous agenouillâmes, demandant au Seigneur l’argent nécessaire pour son serviteur. Le soir même Monsieur Rollhaus nous donnait 500 Francs pour lui. Ainsi commença la Mission Bretonne du Havre qui m’a prise tout entière jusqu’à ce jour.

Monsieur Le Quéré se fixa en ville où Lady Beauchamp lui offrit une salle dans sa maison des Marins et où Miss Bonnycastle, une chère enfant de Dieu lui aidait à tenir les premières réunions. Ce fut la consécration de cette précieuse chrétienne qui m’incita à donner ma bouche au Seigneur ; je l’ouvris en son Nom et Il n’a pas cessé de la remplir depuis lors.

Peu de temps après, Monsieur Gray me présenta à une amie de sa femme, Miss Jones qui, disait-il avait des idées extraordinaires. Elle croyait à la sanctification et à la guérison divine. Je me dis que Si Dieu est tout-puissant et puisqu’Il a promis ces choses dans sa Parole, je ne pouvais faire mieux, que de me confier en Lui pour cela.

Miss Jones m’invita à Londres chez des amis qui vivaient par la foi ; sous l’influence de leur exemple et la force du Saint-Esprit je résolus de chercher premièrement le Royaume de Dieu et sa justice et Lui abandonner tout le reste en regardant toujours les hirondelles. Dieu n’a-t-il pas dit « Regardez les oiseaux de l’air, ils ne sèment ni ne moissonnent et n’amassent rien dans des greniers et cependant votre Père céleste les nourrit. N’êtes-vous pas plus excellents qu’eux ? » (Matthieu 6:26)

J’étais seule un jour à Londres en méditation lorsque les versets suivants semblèrent sortir de la Bible et m’apparaître dans toute leur vérité : « Vos pères ont mangé la manne dans le désert et ils sont morts, et c’est ici le Pain qui est descendu du ciel afin qu’on en mange et qu’on ne meurt point » (Jean 6: 49 et 50)… « En vérité, en vérité, je vous dis que celui qui garde ma Parole ne mourra jamais ! » (Jean 8:51)… « Je suis la Résurrection et la Vie, celui qui croit en moi vivra quand même il serait mort et celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais… Crois-tu cela ? » (Jean 11:25 et 26) -Oui Seigneur aide-moi à croire et à obéir jusqu’au bout ! Depuis lors il est entré dans ma vie un ressort qui ne s’est jamais détendu.

Revenue au Havre, je dis à mes chers amis que je ne pouvais plus être salariée, que je voulais vivre par la foi. Ils eurent la grandeur d’âme de me donner toute liberté et je commençais à faire des expériences merveilleuses des exaucements de Dieu. Oui ! Il pourvoit en réalité comme Il pourvoit pour les oiseaux du ciel.

La Mission s’épanouissait depuis deux ans. Jusqu’alors j’avais fait des collectes pour couvrir les frais de la salle de bal que nous louions dans un quartier excentrique où demeuraient un nombre considérable de Bretons.

Je dis au Seigneur : « Si tu veux que je marche par la foi pour les besoins de la Mission, envoie-moi une bonne somme sans que je la demande à personne ». Trois jours après arrivaient 300 Francs dont je fus longtemps à ignorer la provenance. La chose fut conclue avec le Seigneur et pendant plus de quarante ans Il a toujours pourvu directement à tout comme pour les oiseaux de l’air, béni soit son Nom, en Voici quelques exemples :

Je revenais d’Angleterre un jour de l’An n’ayant plus même dix Centimes pour prendre le tramway. Désirant aller souhaiter la bonne année à Miss Bonnycastle, alors au Havre, je sortis demandant à Dieu de ne pas rencontrer Madame Gerken, propriétaire du lieu de réunion qui avait succédé à la salle de bal et dont le loyer était de 112,50 Francs par terme. Entrant chez Miss Bonnycastle qui vois-je ?… Madame Gerken Comment Dieu, le Dieu des petits oiseaux allait-Il faire ? -Ces dames parlaient de certains déficits d’œuvres religieuses et, se tournant vers moi « Qu’en dites-vous ? » -« Je dis que ceux qui se confient en Dieu ne doivent pas avoir de dettes I » -« A ce propos dit Miss Bonnycastle, j’ai mis 100 Francs de côté pour vous, les voici ! » -Je les tendis à Madame Gerken qui ajouta : « Et moi, j’ai été tellement bénie dans ces fêtes que je vous abandonne les 12,50 Francs. » J’étais sortie sans argent, je rentrais, ayant payé le loyer, heureuse comme les petits oiseaux des cieux !

Une autre fois je reçus au dernier moment et sans en avoir parlé à personne 20 Francs d’un côté, 75 de l’autre et 50 d’un troisième, lesquels ajoutés à 17 Francs que je possédais forment exactement 112,50 Francs.

Un jour Monsieur Le Quéré arrive le premier du mois chercher 125 Francs. Je n’en possédais que 25. Une dame sonne, remet 100 Francs et disparaît.

Une autre fois, invitée à dîner chez Monsieur Le Quéré je n’avais aussi que 25 Francs à lui remettre. Il était midi, je mettais mon chapeau, on frappe, le facteur me remet une petite boîte carrée. Que contient-elle ? Une pièce d’or de 100 Francs

« Sans banque et sans argent les oiselets des cieux sont nourris par sa main et chantent tout heureux et moi, son racheté, plus qu’eux je suis joyeux plus qu’eux je lui suis précieux ! »

Outre la salle de 112 Francs par terme, nous dûmes en louer une autre dans la rue Dauphine pour succéder à celle que Lady Beauchamp nous avait généreusement prêtée jusqu’alors. Le loyer de cette nouvelle salle était de 106 Francs par terme : c’était une autre responsabilité à remettre à Celui qui m’avait dit : « Je pourvoirai à tous tes besoins selon les richesses de ma grâce » (Philippiens 4:19).

Une fois, cependant, une grande tentation se présenta. Le terme de Juin était passé depuis 25 jours et… point d’argent ! Que faire ? Ne voulant point avoir de dettes, je m’en fus trouver la propriétaire pour lui remettre la salle malgré les protestations de Monsieur Le Quéré : « Une salle qui marchait Si bien, toujours bondée d’auditeurs ! Donnez-moi une heure et je vous rapporte 106 Francs ! » -« Cher ami, comment pourrions-nous nous tenir sur l’estrade et prêcher que Dieu exauce Si nous recourions aux hommes ? » La salle fut remise, mais le lendemain j’allais la reprendre avec 100 Francs venus d’un côté et de l’autre. -« Attends-toi à l’Eternel et demeure ferme, attends-toi  » dis-je « à l’Eternel- »

La guérison par la foi marche de pair avec le salut, car il est dit : « C’est Lui qui pardonne toutes tes iniquités et qui guérit toutes tes infirmités » (Psaume 103:3) et très nombreuses furent et sont toujours les accomplissements de ses promesses.

Descendant un matin pour l’Ecole du Dimanche, je rencontrai mon petit élève Ernest Hamon fort triste à cause de l’état grave de sa petite-nièce Suzanne atteinte de méningite. J’allai prier pour elle, elle fut instantanément guérie et lorsque j’allai prendre de ses nouvelles le surlendemain, il n’y avait personne chez eux, tout le monde était à une noce

Il en fut de même pour un petit pied condamné à être coupé, pour des naissances miraculeuses, des pneumonies purulentes, cancers et beaucoup d’autres cas merveilleusement traités par le Grand Médecin. Oui ! Il a pris nos langueurs et s’est chargé de nos maladies

Le départ de mon protecteur spirituel et de sa fille, lors de son mariage aurait été un vide trop grand à combler si Dieu ne m’eût confié, en 1896, la fondation de sa maison du Ruban Bleu.

Touchée par le nombre des ouvriers qui étaient rétribués en jetons et forcés de les changer dans les cabarets je leur demandai s’ils désiraient l’ouverture d’un restaurant de tempérance et s’ils y viendraient ? . Sur leur affirmative je me mis à chercher un local. Une amie, Madame Masson m’offrit les trois premières années de loyer.

Depuis longtemps, revenant des réunions de la rue Dauphine, je traversais la place de l’Arsenal et voyais un ancien café fermé et sur lequel était encore l’enseigne : Eden Concert. « Ah Si j’avais assez de foi je demanderais à Dieu cette maison ! »

Forte des propositions de Madame Masson je louais l’Eden Concert qui, sans appel d’argent a été converti en Maison du Seigneur sous le nom de Ruban Bleu. Là aussi les exaucements se sont succédés en grand nombre.

Nos auditeurs de la rue Dauphine me donnèrent qui les premières cuillères, qui le premier litre de lait, la première livre de sucre, des chaises défoncées que l’un d’eux rempailla et une grande amie me tendit une enveloppe dans laquelle étaient deux billets de 1000 Francs ! Cela permit d’acheter fourneau, batterie de cuisine, vaisselle et quelques tables de marbre. On distribua des prospectus : potage 10 Centimes, viande 30 Centimes, légumes, desserts variés, thé, café, chocolat 10 Centimes et, après l’inauguration à Pâques 1896 se fit l’ouverture. Mais… viendrait-il des clients ? Dès le premier jour il entra un jeune Suisse qui nous amena le lendemain trois clients mécontents de leur restaurant. Pendant des mois, les gérants, une mère et son fils faisaient environ 5 Francs de recette par jour, argent qui servait aux dépenses du lendemain, tout le reste arrivait en réponse à la foi.

L’automne arrive, puis les premiers froids, le vent d’Est s’engouffre dans le restaurant. Un jour que je descendais y faire une visite : « Ah ! Mademoiselle, me dit la gérante, nos quelques clients ont dit qu’ils s’en iront ni nous ne mettions pas un calorifère*. » -« Je n’ai pas d’argent, mais nous ferons comme toujours, nous le dirons à Dieu ». Ce Nom béni était encore sur ma bouche qu’une dame entre : « Mademoiselle, j’apprends que vous ouvrez un restaurant de tempérance et je viens voir ce que je puis faire pour vous aider » -« Ah ! Madame il nous faudrait un calorifère ! » -« Je vous le donne ! » Et le beau calorifère arriva… Mais il fallait dix mètres de tuyaux ! … Il arriva, oui ! Et en même temps les dix mètres de tuyaux nécessaires.

« Regardez les oiseaux de l’air, ils ne sèment ni ne moissonnent mais votre Père céleste les nourrit ». Vers la fin de la première année Dieu m’envoya des gérants entendus en Monsieur Senn et sa femme et sous leurs bons soins le petit Ruban Bleu fleurit et pouvait après trois ans payer son propre loyer. Au bout de quelques années Monsieur Senn fonda un autre hôtel et je dus venir moi-même habiter le Ruban Bleu pour lui conserver son caractère de Maison du Seigneur.

Mon cher et vénéré compagnon de bataille, Monsieur Le Quéré me quitta pour finir ses jours en Bretagne, auprès de ses enfants, mais Dieu ne me laissa pas seule, Il m’envoya un de ses enfants Monsieur Félix Gallice, un aide précieux dans la Maison du Seigneur et dans la Mission, ainsi que le cher et vénéré Monsieur Chaumet. Au fond de la salle de la rue Dauphine étaient ces mots : « Eglise Universelle de Jésus-Christ ». Cela effaçait tout sectarisme et permettait au Saint-Esprit de nous diriger en pleine liberté, c’est ainsi que nous fûmes puissamment aidés et réjouis par de fréquentes visites d’hommes et de femmes remplis du Saint-Esprit. Madame Polman d’Amsterdam surnommée l’oiseau du Paradis par Monsieur Le Quéré, Monsieur Wigglesworth, Madame Wight, Monsieur et Madame Karlsson de Suède et beaucoup d’autres, puis un jeune homme qui vint au Ruban Bleu pour perfectionner sa connaissance du français, Monsieur Douglas Scott. Il était plein de foi et d’entrain. A ce moment la salle Dauphine fut déménagée au 45 du quai Vidcoq, dédiée à la grâce de Dieu. Une somme énorme fut réclamée pour ce changement et le jour venu, la grande amie des temps héroïques de la Mission fut choisie par notre Père pour nous donner une liasse de billets de banque. Regardez les oiseaux du ciel

De grandes bénédictions accompagnèrent ce changement et pourtant ce n’était pas encore le réveil demandé. Il fallait persévérer, persévérer dans la prière et nous persévérâmes à quelques-uns. Le terrain était labouré, la dynamite divine préparée, il ne manquait qu’une allumette et le Seigneur de nouveau pourvut.

En Février 1930 Monsieur Douglas Scott qui venait de se marier et qui avait fait de riches expériences m’écrivit pour m’offrir une visite. « Venez » répondis-je avec joie. Dès la première réunion, la puissance du Saint-Esprit se fit sentir, des guérisons s’opérèrent et l’auditoire alla en augmentant, tellement qu’il fallut songer à chercher une plus grande salle. Un jeune ami qui avait voulu créer une société de Gens Heureux pour laquelle, disait-il, il fallait une grande salle avec une spacieuse entrée en avait découvert une rue André Caplet et m’y avait conduite. C’est dans cette salle que se déversa le trop plein du quai Vidcoq et là qu’après le départ de Monsieur Douglas Scott le Seigneur a employé son serviteur Monsieur Félix Gallice en opérant des transformations complètes de caractères et des guérisons et a formé une véritable Société de Gens Heureux qui a nécessité dans sa croissance rapide le transfert dans une quatrième salle beaucoup plus grande, à la rue Franklin.

SI TU CROIS, TU VERRAS LA GLOIRE DE DIEU (Jean 11:40)

Depuis lors le feu s’est étendu dans beaucoup de villes en Normandie, en France et en Belgique.

« Lecteur, prie pour le monde ! »

Hélène BIOLLEY – Octobre 1936