Guillaume Farel le grand réformateur

Or, en ce même jour, lorsque le soir fut venu, il leur dit : Passons de l’autre côté de l’eau. Et, laissant les troupes, ils l’emmenèrent avec eux, lui étant déjà dans la nacelle; et il y avait aussi d’autres petites nacelles avec lui. Et il se leva un si grand tourbillon de vent, que les vagues se jetaient dans la nacelle, de sorte qu’elle s’emplissait déjà. Or il était à la poupe, dormant sur un oreiller; et ils le réveillèrent et lui dirent : Maître ! ne te soucies-tu point que nous périssions ? Mais lui, étant réveillé, tança le vent, et dit à la mer : Tais-toi, sois tranquille. Et le vent cessa, et il se fit un grand calme. Puis il leur dit : Pourquoi êtes-vous ainsi craintifs ? Comment n’avez-vous point de foi ? Et ils furent saisis d’une grande crainte et ils se disaient l’un à l’autre : mais qui est celui-ci, que le vent même et la mer lui obéissent ? Marc, IV, 37-41

Le catholicisme, c’est l’homme substitué à Dieu.
Le protestantisme, c’est Dieu remis à la place usurpée par l’homme.

Et d’abord, le catholicisme substitue la parole de l’homme à la Parole divine. Ses autorités, ce sont les traditions des Pères de l’Eglise, les décrets des conciles et les décisions papales. C’est sous ce joug humain et faillible que le catholique fait plier sa conscience. Le protestantisme écoute avec respect ce que les chrétiens vénérable de tous les temps ont dit et pensé. Mais il n’attribue une autorité infaillible qu’à l’Ecriture Sainte.

Le catholicisme substitue, en second lieu, l’œuvre de l’homme à l’œuvre de Dieu. Ce qui nous sauve, selon lui, ce sont nos propres mérites acquis par les actes religieux de la confession et de la communion, par les pénitences imposées de la part de l’Eglise, par les Pater noster et les Ave Maria un certain nombre de fois récités, par l’achat des lettre d’indulgence, par la soumission aux ordonnances de l’Eglise, et enfin, si, malgré tout cela, il reste encore quelque chose à faire après cette vie, par les souffrances du purgatoire. Le protestant, au contraire, ne reconnaît de mérite que celui de Jésus-Christ seul, qu’Il a acquis par son obéissance sans tache et sa mort volontaire, et qu’Il fait rejaillir, dans son immense amour, sur quiconque accepte avec foi et humilié son œuvre de Sauveur.

Le catholicisme va plus loin encore. Il ose en plus d’un point substituer la personne de l’homme à celle de Dieu. Il pose le prêtre comme intermédiaire nécessaire entre le Seigneur et le fidèle, tellement que dans la grande affaire du salut, l’âme a beaucoup plutôt à s’adresser cette question : A quoi en suis-je avec mon prêtre, avec l’Eglise ? que celle-ci : A quoi en suis-je avec mon Seigneur, avec le Ciel ? Le saint béatifié, le patron du lieu, la vierge Marie, puis bientôt l’image matérielle, le tableau, la statue, la relique, l’os, le vêtement, sont également substitués au Dieu vivant et seul adorable, dans l’invocation populaire. Le protestantisme a horreur de tout ce qui tend à mettre une créature quelconque entre l’âme et son Sauveur, entre le sarment et son cep, et à reporter sur la créature l’honneur qui n’appartient qu’à Dieu. La subtile distinction catholique entre culte d’adoration et culte d’invocation ne tranquillise nullement la conscience. Son mot d’ordre est franchement et sur tous les points : Gloire à Dieu seul !

Cette chute profonde qu’a faite le catholicisme, ne trouve son pendant que dans celle du paganisme au sein de la première création. Au temps de la Réformation, elle n’échappait qu’aux regards de ceux qui fermaient les yeux pour ne point voir.

Aussi de toutes parts sentait-on le besoin d’une restauration religieuse et morale. Les peuples, les magistrats, les empereurs, trouvant tous dans la religion, telle qu’elle se pratiquait sous leurs yeux, moins de moralité que dans leur propre conscience, criaient d’une commune voix : Réforme ! De grands théologiens et ceux d’entre les évêques qui avaient encore le sentiment de la sainteté de leur charge, ne cessaient aussi de crier : Réforme !

Trois conciles, solennellement assemblés, s’étaient eux-mêmes associés à ce cri, dans le siècle qui précéda la Réformation, et avaient reconnu la nécessité d’une réforme dans l’Eglise, dans les chefs et dans les membres, dans la foi et dans les mœurs ! Le pape lui-même, enfin avait bien été obligé de se mettre à la remorque du sentiment universel et de répéter après tous les autres : Réforme ! Mais à chaque fois des obstacles, suscités par le mauvais vouloir et la perfidie de ceux qui ne se souciaient pas de réforme, précisément parce que c’était eux qui en avaient besoin, entravèrent la réalisation d’un vœu si juste et si général. Nous avons rappelé déjà, comme exemple, la conduite de Martin V, à Constance ! Et au milieu de cette tempête, dans laquelle menaçait de sombrer l’Eglise, Jésus semblait dormir ¨Les vagues de l’ignorance, de la superstition, de la corruption morale envahissaient la nacelle, la couvrirent de leur écume. Quelques nautoniers obscurs, connaissant seuls le vrai Rédempteur, l’appelaient avec angoisse, lui criant : Seigneur ! nous périssons ! sauve-nous ! Il paraissait sourd à ces appels. Dormait-Il réellement ? Non certes ! Dans la gloire où Il est entré, le Gardien d’Israël, le divin Chef de l’Eglise, ne sommeille ni ne s’endort. Il attendait seulement que la détresse fût au comble, afin qu’il fût bien constaté que nul que Lui ne pouvait aider. Et alors Il se leva ! Et quelle ne fut pas la majesté de ce lever !

On a discuté pour savoir si la Réformation prit proprement naissance en Allemagne, en Suisse ou en France. La vérité est que, lorsque Jésus se leva pour sauver son Eglise, ce ne fut, à proprement parler, ni à Erfurt dans la cellule où priait Luther, ni à Einsiedeln dans l’église où prêchait Zwingle, ni à Paris dans la salle académique où enseignait Lefèvre et où l’entendait Farel; ce fut dans tous ces lieux à la fois. Ce que le Seigneur a dit de sa dernière venue : Comme l’éclair brille et se fait voir en même temps depuis un bout du ciel jusqu’à l’autre, il en sera de même à l’avènement du Fils de l’homme, cette parole s’applique déjà en quelque manière au grand jour de la Réformation, prélude de l’avènement final du Seigneur.

En 1512, Lefèvre, professeur à l’Université de Paris, opposait à la justice des œuvres la vraie justice dont parle saint Paul quand il dit : Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi; et il annonçait en termes non couverts le prochain renouvellement de l’Eglise.

En 1516, Zwingle, sans jamais avoir entendu prononcer le nom de Lefèvre, prêchait dans les églises d’Einsiedeln et de Glaris, au cœur de la Suisse, le pur évangile de la grâce de Dieu : “J’ai commencé, dit-il lui-même, à prêcher l’Evangile l’an de grâce 1516.”

En 1517, Luther, au nord de l’Allemagne, aux oreilles de qui n’avaient probablement jamais retenti les noms de Lefèvre et de Zwingle, affichait à la porte de l’église de Wittemberg ces 95 thèses qui parcoururent l’Allemagne et l’Europe avec une rapidité qui semble une anticipation de nos temps, et furent, pour le nouveau paganisme qui menaçait de submerger l’Eglise, le solennel : Tais-toi ! du Seigneur.

Cette simultanéité remarquable du mouvement réformateur sur des points aussi distants, montrerait à elle seule que cette œuvre ne fut pas l’œuvre d’un homme, mais celle de Dieu seul.

C’est ce que confirmera, j’espère, le tableau de cette œuvre elle-même.

La réformation de Neuchâtel a eu lieu en 1530, treize ans après le commencement du mouvement religieux en Allemagne (31 octobre 1517). Cinq ans auparavant, Zurich, le premier d’entre tous les cantons, avait aboli la messe et rétabli l’Evangile (12 avril 1525). Il ne s’était écoulé que deux ans depuis que Berne (février 1528), un an depuis que Bâle avaient accompli la même œuvre.
En vous faisant faire connaissance aujourd’hui avec l’homme qui fut le principal instrument de la réformation de l’Eglise dans notre pays, Farel, en poursuivant dès l’enfance le récit de cette vie si active et si agitée, nous nous trouverons en contact avec l’œuvre de la Réformation dans la plupart des endroits que nous venons de nommer, et nous aurons ainsi l’occasion de jeter un coup d’œil rapide sur cette œuvre hors de chez nous, aux différentes phases de son développement.

Au midi de la France, en Dauphiné, dans une contrée alpestre dont les vallons sont arrosés par les petites rivières qui, de leurs eaux écumeuses, grossissent la Durance, affluent du Rhône, dans le district dont les collines sont dominées par le Mont de l’Aiguille et le Col de Glaize, se trouvait, il y a plus de trois siècles et demi, et se trouve encore, un hameau entouré de gazons fleuris et caché à demi par les arbres qui l’entourent. Il s’appelle encore à cette heure : Les Farelles. (je tiens ce nom de M. Eward, ecclésiastique neuchâtelois, ancien pasteur à St-Laurent-du-Cros, à une lieue de ce hameau). Là se distinguait au-dessus des chaumières du hameau une maison de plus grande apparence, le château d’un noble de campagne, une gentilhommière, comme l’on disait, où vivait une famille qui faisait partie des serviteurs les plus dévoué de la papauté. Ce fut dans cette maison, dont l’emplacement et les ruines sont encore reconnaissables aujourd’hui, que naquit, en 1480, Guillaume Farel, le Réformateur de notre pays.

Il fut élevé dans les pratiques de la dévotion romaine la plus scrupuleuse. A l’âge de sept ou huit ans, son père et sa mère le conduisirent en pèlerinage sur une montagne qui dominait la Durance, et où se trouvait un endroit nommé la Sainte-Croix.

“La croix qui est en ce lieu, disait-on, est du propre bois en lequel Jésus-Christ a été crucifié, et le cuivre de la croix est du bassin dans lequel il lava les pieds de ses Apôtres.” Les crédules parents et l’enfant contemplèrent avec dévotion ces objets sacrés; ils ouvrirent de plus grands yeux encore quand le prêtre, leur faisant remarquer un petit crucifix suspendu à la croix, leur dit : “Voyez ce petit crucifix : Quand les diables font les grêles et les foudres, il se meut tellement qu’il semble se détacher de la croix comme voulant courir contre le diable, et il jette des étincelles de feu contre le mauvais temps. Si cela ne se faisait, il ne resterait rien sur la terre.”

D’un naturel ardent, d’une imagination vive, d’un cœur naïf et plein de droiture, le jeune enfant se jeta de toute son âme dans cette dévotion superstitieuse. Plus tard, quand la lumière de la Parole de Dieu l’eut tiré de ces ténèbres, il ne se rappelait pas sans amertume le temps ainsi employé.

“L’horreur me prend”, écrit-il dans son livre intitulé : du vrai visage de la Croix, “vu les heures, les prières et les services divins que j’ai faits et fait faire à de semblables objets.”

Mais lors même qu’une si malsaine nourriture était offerte à cette avide, une vraie pitié ne s’en développait pas moins chez le jeune Farel. Les grandeurs de la création qui l’entouraient, les cimes couvertes de neiges éternelles qui dominaient son hameau, les rochers qu’il escaladait avec un indomptable courage élevaient son âme au-dessus de ses étroites superstitions vers ce Dieu qui n’habite pas dans des maisons faites de mains et qui n’a pas besoin d’être servi par les hommes, lui qui donne la vie et la respiration à toutes choses, et en qui nous avons la vie, le mouvement et l’être.

Une ardente soif de vie et de lumière se développait ainsi dans ce jeune cœur. Farel, pressé par ces besoins d’une nature plus relevée, demanda à son père la permission d’étudier. Celui-ci aurait préféré pour Guillaume la carrière des armes, qui, dans ce temps, était ordinairement celle des jeunes nobles; mais il ne s’opposa pas au désir de son fils. Farel, après avoir travaillé pendant plusieurs années en Dauphiné et étudié la langue latine sous des maîtres fort ineptes, comme il le dit lui-même, partit pour la capitale, Paris, dont l’université remplissait alors le monde chrétien de son éclat.

C’était l’an 1510, ou peu après. Farel avait 21 à 22 ans. Ni les plaisirs de la capitale, ni même l’entraînement de l’étude, ne le détournèrent un instant de la voie d’ardente dévotion dans laquelle il s’était jeté. Dans ses pieux pèlerinages, Farel se trouvait souvent auprès d’un homme âgé d’une soixantaine d’années, et remarquable par sa dévotion. C’étai ce Lefèbre dont je vous parlais tout à l’heure; il était né en 1455,. à Etaples en Picardie,. dans une condition fort pauvre; mais par son génie et sa science il s’était élevé au premier rang parmi les professeurs de l’université de Paris. Sa dévotion surpassait encore, si possible, sa science. Il demeurait longuement prosterné devant les images, disant dévotement ses heures “tellement,” dit Farel, “que jamais je n’avais vu chanteur de messe qui avec plus grande révérence le chantât.”

Un tel professeur était fait pour un tel disciple. Ils se connurent, s’aimèrent, et rien ne sépara dès lors ces deux cœurs. On les voyait ensemble orner de fleurs une statue de la Vierge et s’en aller tous deux loin du bruit de Paris pour murmurer de ferventes prières dans quelque chapelle.

Néanmoins, l’âme du jeune homme n’était pas en paix. Il avait beau s’abreuver auprès de Lefèvre aux sources de la science, se nourrir journellement avec lui des œuvres de la dévotion la plus fervente. Son âme n’était ni désaltérée ni rassasiée. Lefèvre, de son côté, travaillait à un grand ouvrage. Il voulait écrire la Vie des Saints selon l’ordre où il les trouvait rangés dans le calendrier. Déjà une soixantaine de vies, deux mois entiers de ce calendrier dévot, étaient imprimés. Mais comment faire ce travail sans être conduit à lire la Bible ? Plusieurs des saints du calendrier romain n’appartiennent-ils pas à l’histoire biblique ?

La Bible était déjà alors beaucoup plus répandue que dans les siècles précédents. L’imprimerie était découverte; le psautier avait été imprimé en 1457. C’est le premier livre qui ait été propagé par cet art. Puis on avait imprimé la Bible latine; la première édition date de 1462. Quand l’imprimeur Faust (ou Fust) vint la répandre à Paris, qu’il vendit l’exemplaire à 60 écus seulement, et que l’on remarqua que les exemplaires ne s’épuisaient pas et qu’ils étaient tous semblables les uns aux autres, comme des frères jumeaux, tout Paris s’émut; on crut à la sorcellerie; on prétendit que le titre en couleur rouge était du propre sang du vendeur, et que celui-ci avait fait un accord avec le diable. Faust n’échappa au bûcher qu’en dévoilant son secret devant le parlement de Paris.

A l’époque de la vie de Lefèvre où nous nous trouvons, la Bible était donc assez facilement accessible à tout homme qui savait le latin. Lefèvre étudia ce livre. A cette heure commença pour la France la Réformation.

Toutes les fables dont il s’était nourri jusqu’alors et dont il avait rempli l’esprit de ses jeunes disciples ne lui parurent (ce sont les expressions de Farel) que “comme du soufre propre à allumer le feu de l’idolâtrie.” Revenu des fables du bréviaire, il étudia avec ardeur les épîtres de Saint Paul, sur lesquelles il publia un commentaire dès l’an 1512. “Ce n’est pas l’homme qui se justifie par ses œuvres; c’est Dieu qui le justifie par sa grâce; il ne faut pour cela que la foi de la part de l’homme. La justice qui vient de l’homme est terrestre et passagère, mais celle qui vient de Dieu est céleste et éternelle” Ainsi parlait Lefèvre à ses auditeurs étonnés. Avec la parole divine, l’œuvre divine reprenait sa place dans la conscience de l’Eglise. D’autre part, la parole et l’œuvre humaines s’éclipsaient aussi à la fois. Jamais les salles de l’université n’avaient retenti de pareilles paroles. Ce qui est aujourd’hui pain quotidien pour nos plus jeunes enfants, était alors une découverte inouïe. C’était un trésor longtemps enfoui, qu’une main heureuse venait de retrouver. La rumeur était immense sur les bancs et dans les chaires de l’université de Paris.

Farel écoutait cet enseignement avec étonnement. La parole de Lefèvre, appuyée sur l’Ecriture qu’il lisait maintenant lui-même, le convainquait. Il était forcé de reconnaître avec lui “que sur terre tout était autrement en vie et doctrine qui ne porte la sainte Ecriture, et il en était fort ébahi.”

Mais, d’autre part, les préjugés dont l’avait imbu son éducation, tenaient bon. “Pour vrai, a-t-il écrit plus tard, “la papauté n’était et n’est pas tant papale que mon cœur l’a été. Il a fallu que petit à petit la papauté soit tombée de mon coeur; car par le premier ébranlement elle n’est venue bas.”

Enfin les écailles tombèrent. La Bible vainquit. Jésus, Jésus lui-même, apparut à son âme dans toute sa beauté et comme le seul être adorable. “Alors, dit-il, la papauté fut entièrement renversée; je commençai à la détester comme diabolique, et la Parole eut le premier lieu en mon cœur.”

La parole, l’œuvre et la personne du Seigneur furent glorifiées du même coup dans ce cœur si longtemps retenu au service de la parole, de l ‘œuvre et de la personne humaines. Toute sa vie fut transformée par cette glorieuse illumination : “Tout se présente à moi sous une face nouvelle; l’Ecriture est éclairée; les prophètes sont ouverts; les Apôtres jettent une grande lumière dans mon âme. Une voix jusqu’ici inconnue, la voix de Christ, mon berger, mon maître, mon docteur, ma parle avec puissance. Au lieu du cœur meurtrier d’un loup enragé, je m’en vais tranquille, comme un agneau, ayant le cœur entièrement retiré du pape, et adonné à Jésus-Christ.”

Oh ! Comme il soupire alors sur les erreurs de sa vie passée ! “Que j’ai horreur de moi et de mes fautes quand ‘y pense ! O Seigneur ! si je t’eusse prié et honoré comme j’ai mais tant plus mon cœur à la messe et à servir ce morceau enchanté, lui donnant tout honneur !” Ainsi saint Augustin, arrivé à la connaissance de Jésus, s’écriait autrefois avec larmes : “Je t’ai connue trop tard, je t’ai aimée trop tard, Beauté suprême !”

Trop tard ! Oui, en un sens; car il est toujours trop tard pour aimer et servir Jésus-Christ; mais non dans un autre sens : car Farel, comme saint Augustin, put encore consacrer de longues années au seul Maître digne d’être aimé et servi.

La lumière allumée par Lefèvre se répandait dans Paris. Le clergé, l’université s’émurent. Lefèvre fut accusé d’hérésie pour un écart insignifiant de la tradition reçue. Il avait prétendu que trois femmes bibliques, identifiées par la tradition, Marie, sœur de Lazare, Marie-Madelaine, et la pécheresse qui oignit les pieds de Jésus, n’étaient pas la même personne !

Fatigué des tracasseries de ses collègues de la Sorbonne, il quitta Paris et accepta l’asile que lui offrait un ami puissant, Briçonnet, évêque de Meaux, qui ne visait à rien moins qu’à réformer son diocèse, sans rompre toutefois avec l’Eglise, et qui voulait pour cela profiter des lumières de Lefèvre. Bientôt Lefèvre fut suivi de Farel et de quelques autres de ses disciples qui ne pouvaient plus lutter à Paris contre les persécutions dont l’Evangile commençait à être l’objet. C’était en 1521. Farel avait une trentaine d’années. Sous l’influence de ces hommes réunis autour de Briçonnet, et dont la devis était : “La Parole de Dieu suffit”, un mouvement puissant se déclara dan le diocèse de Meaux. L’Evangile retentissait dans les chaires et dans les assemblées particulières; il était reçu avidement par les artisans, les cardeurs de laine, les peigneurs et les foulons dont cette ville était peuplée. Cet évêché semblait destiné à devenir le foyer d’un incendie qui allait se propager dans la France entière.

Le clergé et l’université de Paris le comprirent. Deux ans n’étaient pas écoulés, que Briçonnet, accusé par les moines et les curés de son propre diocèse, dont il avait travaillé à réprimer les vices, fut cité à comparaître comme hérétique, et ne se sauva qu’en sacrifiant ses amis. Lefèvre fut le seul qui, en raison de la considération générale dont il jouissait, et par la protection du roi François 1er, put rester à Meaux. Quant aux autres, Farel, Roussel, etc., Briçonnet leur retira lui-même la permission de prêcher, et ils furent obligés de chercher du travail ailleurs. C’était en 1523. Cette première faiblesse entraîna bientôt Briçonnet à une seconde, plus grave encore. Le mouvement réformateur continuait à Meaux sans lui, malgré lui. Briçonnet fut accusé à Paris, plus violemment encore que la première fois. Ne trouvant plus à la cour l’appui dont il avait joui précédemment, il vit les flammes du bûcher prêtes à s’allumer pour lui. Son cœur faiblit. Il renia de nouveau sa foi. Dans une formule qui n’a pas été connue, il rétracta comme hérésie la vérité qui lui avait donné la paix. Lefèvre, le dernier de ses amis qui fût encore avec lui, fut aussi obligé de s’enfuir; il se réfugia à Strasbourg, où nous le retrouverons. C’était à la fin de 1525. “Quand même moi, votre évêque,” avait dit Briçonnet à ses ouailles dans son beau temps, et comme dans le pressentiment de sa future apostasie, je changerais de discours et de doctrine, vous, gardez-vous alors de changer comme moi.” – Ce fut le moment pour les chrétiens de Meaux de se rappeler cet avis anticipé. Nous verrons plus tard avec quelle fidélité ils le mirent en pratique.

Chassé de Meaux, Farel, semblable au chasseur qui s’enhardit à attaquer le lion dans son antre, retourna d’abord à Paris et s’y éleva énergiquement contre les erreurs de Rome. Bientôt, se voyant traqué de toutes parts, il s’enfuit et s’en alla porter l’Evangile à sa famille, en Dauphiné. Là, ses trois frères sont les premiers trophées de son zèle. La ville de Gap et ses environs retentissent de l’Evangile. Farel est cité devant les tribunaux, maltraité, chassé de la ville. Le voilà parcourant les campagnes et les hameaux sur les bords de l’Isère et de la Durance, prêchant dans les maisons dispersées, dans les pâturages, n’ayant d’abri que celui qu’il trouve dans les bois et sur le bord des torrents. Mais “Dieu est mon père” dit-il. Le bruit des bûchers qui déjà s’allument à Meaux et à Paris pour les partisans de l’Evangile ne l’effraie pas; il convertit plusieurs hommes distingués qui plus tard rendirent de grands services à la Réforme. Puis, devenu l’objet de la haine et des investigations du pouvoir, et soupirant après une activité plus libre d’entraves, il prend le parti de quitter une patrie qui n’a plus que des échafauds à offrir aux prédicateurs de l’Evangile.

Suivant des routes détournées et se cachant dans les bois, il échappe, quoique avec peine, à la poursuite de ses ennemis, et arrive, au commencement de 1524, dans cette Suisse où il devait dépenser sa vie au service de Christ.

C’est à Bâle q’il paraît d’abord. La Réformation s’y préparait par les travaux d’Oecolompade, docteur aussi attrayant par sa douceur que Farel était entraînant par son impétuosité. Oecolompade reçoit Farel en vieil ami, lui donne chez lui une modeste chambre, une table frugale, et l’introduit auprès des amis du Seigneur et de l’Evangile. C’était le temps où se renouvelait l’application de ces belles paroles : Ils n’étaient qu’un cœur et qu’une âme; toutes choses étaient communes entre eux. Spirituellement aussi tout était commun entre ces hommes de Dieu. Farel fortifiait le doux Oecolampade; celui-ci modérait le zèle souvent trop impétueux de son ami. Ils s’engageaient mutuellement à s’étudier à l’humilité et à la douceur dans leurs conversations particulières. Ils firent même un pacte dans ce noble but. Puis tous deux soutinrent ensemble publiquement des thèses rédigées par Farel, dont la première était un hommage à la Parole de Dieu, comme règle unique et infaillible de la foi et de la vie chrétienne; la dernière, un hommage à la personne de Jésus lui-même : “Jésus-Christ est notre étoile polaire et le seul astre que nous devions suivre.” On disait à Bâle, après avoir entendu cette discussion (ou plutôt cette prédication; car il n’y eut pas de discussion, aucun des adversaires n’ayant osé prendre la parole, malgré les sommations réitérées de Farel) : “Le docteur français est assez fort pour perdre à lui seul toute la Sorbonne.”

A cette époque, la Réformation se répandait déjà avec puissance dans toute l’Allemagne. Le Montbéliard, soumis au duc de Wurtemberg, qui était partisan déclaré de la rénovation religieuse, réclamait un homme pour travailler à cette œuvre. Accablé par des malheurs terribles, le jeune duc s’était réfugié dans ce comté, sa seule de ses possessions qui lui restât.

Oecolampade engage Farel à s’y rendre. Il le consacre à ce ministère nouveau par l’invocation du nom de Dieu, et lui donne au départ ce conseil de père : “Autant tu es enclin à la violence, autant tu dois t’exercer à la douceur et briser, par la modestie de la colombe, le cœur élevé du lion. Les hommes veulent être conduits, non traînés.”

Farel sut pendant quelque temps se conformer à cet avertissement affectueux. Voici le grand moyen d’évangélisation qu’il employa. Le Nouveau Testament avait été traduit à Meaux, en français, par Lefèvre, pendant qu’il était chez Briçonnet, et avait été publié, les évangiles, le 15 octobre 1522, et les autres livres, quelques semaines plus tard; le tout avait paru en un volume en 1524, à Meaux, chez Collin. Farel se mit à répandre le Nouveau Testament dans le Montbéliard, avec d’autres livres religieux, tels que la traduction de l’explication de l’Oraison dominicale par Luther : “4 deniers de Bâle l’exemplaire”, écrivait l’imprimeur Vaugris, de Bâle, à Farel, en lui envoyant les caisses qui renfermaient ces livres si nouveaux pour ce temps, “ou en gros, les 200 exemplaires, à 2 florins.” On le voit, c’était déjà une société biblique et de livres religieux. Les presses de Vaugris, à Bâle, étaient constamment occupées à l’impression de ces livres français. On les faisait parvenir à Farel, qui, du Montbéliard, les introduisait en France avec une incessante activité.

La mission de Farel dans le Montbéliard prospérait donc, pour la France du moins. Mais les moines s’irritaient; le peuple hésitait, quand, par un excès de zèle, Farel lui-même compromit tout. Vers la fin de février, jour de la fête de Saint-Antoine, Farel marchait le long de la petite rivière qui traverse la ville, au pied du rocher élevé sur lequel est bâtie la citadelle, quand sur le pont il rencontre une procession qui chantait; deux prêtres en tête portaient l’image du saint. Son cœur bouillonne. Il ne se possède plus. Le cœur élevé du lion l’emporte en ce moment sur la modestie de la colombe. Il saisit des mains des prêtres la châsse qui renfermait le saint et la jette du pont dans la rivière, en criant au peuple : “Pauvres idolâtres, ne laisserez-vous jamais votre idolâtrie ?” Il allait périr victime de la hardiesse et suivre dans le torrent le saint qu’il avait osé y précipiter, quand le bruit se répand dans la foule qu’un gouffre vient de s’ouvrir dans la rivière et d’engloutir l’image sacrée. Une terreur panique dispersa la procession, et Farel put mettre ses jours en sûreté.

Peu après, en août 1525, Farel dut quitter le Montbéliard, où, malgré la protection du duc, il ne pouvait plus prêcher qu’en secret, tant était grande l’animosité des populations attachées au catholicisme. Mais la semence qu’il y avait répandue ne quitta point avec lui ce pays.

Farel se rendit à Strasbourg, où la Réformation était déjà fondée par les travaux de plusieurs hommes célèbres, Bucer, Capiton et d’autres, et où elle se répandait avec une grande force. Cette ville était libre et n’appartenait pas encore à la France.

A peine y était-il arrivé, qu’il y goûta l’une des plus grandes douceurs qui pût lui être réservée, celle de voir arriver son vieil ami Lefèvre, dont la persécution l’avait séparé depuis trois ans, et qui venait de quitter Meaux après la chute de Briçonnet. Avec quelle joie le jeune missionnaire serra la main de son vieil ami ! Ils demeuraient tous deux, avec d’autres exilés français dans la maison de Capiton, pasteur de l’église de Strasbourg. Car à cette époque les maisons de Capiton, d’Oecolampade, de Zwingli, de Luther, étaient comme des hôtelleries, ouvertes à tous les défenseurs de la vérité. Ils communiaient avec tous les frères à la Cène du Seigneur administrée conformément à l’institution de Jésus-Christ. Ils recevaient les marques les plus touchantes de respect et d’amour au sein de cette église nouvellement formée. Toute la ville, jusqu’aux enfants, saluaient avec vénération le vieux docteur français, le vétéran de la Réforme, lorsque, appuyé sur le bras de son jeune ami, il se rendait aux enseignements des illustres docteurs strasbourgeois. Farel rappelait alors à son maître que celui-ci lui avait dit autrefois à Paris : “Guillaume, Dieu renouvellera le monde et tu le verras.” Et le pieux vieillard, les yeux mouillés de larmes de joie, répondit : “Oui, Dieu renouvelle le monde ! O mon fils, continue à prêcher avec courage le saint Evangile de Jésus-Christ.”

Cependant Farel ne pouvait rester oisif. On prétend que pendant son séjour à Strasbourg, il jeta dans cette ville les fondements de l’Eglise française réformée qui y subsiste encore à cette heure.

Mais ce travail sans difficulté, sans danger, n’était pas ce qui convenait à un ouvrier de la trempe de Farel. Son œil d’aigle cherchait quelque proie plus difficile à ravir.

La France lui était fermée. L’Allemagne n’avait pas besoin de lui. La Réformation dirigée par Luther, Mélanchton et tant d’autres, y faisait glorieusement son chemin. D’ailleurs la connaissance de la langue lui manquait. La Suisse devait se présenter d’elle-même à sa pensée. Zurich venait d’abolir la messe. Berne était sur le point de suivre cet exemple. Bâle se débattait encore entre ses bourgeois qui demandaient à grands cris la Réforme, et le clergé, appuyé par l’université, qui résistait à tout. Mais la différence de la langue était pour Farel un obstacle à une mission dans ces contrées. Lucerne et les petit cantons s’étaient déjà déclarés ennemis irréconciliables de la Réforme. Une tentative sur ce point était donc plus impossible encore. Restait la Suisse française ou romande, comprenant les pays de Neuchâtel, Vaud et Genève, et de plus, le Jura bernois, une partie de Fribourg et le Bas Valais. Dans cette partie de la Suisse on parle la même langue qu’en France. Cette contrée, en effet, ne fut pas envahie autrefois, comme la Suisse orientale, par le peuple grossier et cruel des Allemands; elle tomba sous le joug des tribus plus douces et civilisées des Bourguignons qui, loin d’imposer leur langue germaine aux peuples conquis, adoptèrent plutôt celle des vaincus. Au temps de la Réformation, la Suisse française était l’une des plus solides forteresses du papisme en Europe.

Quatre évêques, celui de Bâle, celui de Lausanne, au diocèse duquel appartenait notre pays, celui de Genève et celui de Sion, maintenaient à main-forte cette petite contrée sous le joug papal. Au Val-de-Tavannes, à Neuchâtel, à Lausanne, à Genève, des chapitres de chanoines, formés des hommes les plus instruits et occupant, chez nous du moins, de hautes places dans l’Etat, appuyaient l’évêque. Le bon Guillaume remplissait le cœur du peuple neuchâtelois de ses miracles passés et présents et était plus Dieu à Neuchâtel que Dieu lui-même.

Tel était chez nous l’état des choses, quand un autre Guillaume, inconnu jusqu’alors à Neuchâtel, vint faire oublier l’ancien et renverser dans notre pays l’édifice papal. Guillaume Farel quitta Strasbourg en 1526. Il était à pied, accompagné d’un seul ami dont le nom nous est inconnu. Le premier soir de leur voyage, ils s’égarent. Des torrents d’eau tombent du ciel. La nuit survient. Désespérant de trouver leur chemin, ils s’assirent au milieu de la route.

“Ah ! dit Farel dans une lettre à ses amis de Strasbourg, Dieu en me montrant ainsi mon impuissance dans les petites choses, a voulu m’apprendre mon incapacité dans les plus grandes sans Jésus-Christ.” – Mais bientôt, fortifiés par la prière, les deux amis se relèvent, s’engagent dans un marais, nagent à travers les eaux, traversent des vignes, des champs, des forêts, et n’arrivent à leur but que mouillés jusqu’aux os et couverts de boue. Cette nuit, qu’il n’oublia jamais, servit à briser sa force propre, mais en même temps à lui communiquer une nouvelle vertu d’en haut.

Ce fut, à ce q’il paraît, à cette époque qu’il fit sa première apparition à Neuchâtel. Habillé en prêtre, il essaya d’y prêcher. Mais reconnu au moment où il allait monter en chaire, il fut expulsé de la ville. Ainsi raconte Ruchat.

Farel se rend à Berne pour s’entendre avec le pasteur Haller, qui était dans cette ville le principal promoteur de la Réformation. Celui-ci lui conseille d’aller s’établir à Aigle; ce bailliage, ainsi que tout le canton de Vaud, était alors soumis aux Bernois. L’usage de la langue française et la domination de Berne semblaient en effet désigner cette contrée, plutôt que tout autre dans la Suisse romande, à l’activité de Farel. C’était comme le côté faible de la forteresse. Ce fut par là que Farel commença l’attaque. Sous le nom de Maître Ursin, (nom qui rappelait sans doute à mot couvert le patronage de messeigneurs de Berne) et sous l’apparence d’un maître d’école, il s’établit à Aigle dans l’hiver de 1526-27. Le jour il enseigne à lire aux enfants pauvres; le soir, quittant ses abécédaires, il se plonge dans les Ecritures grecques et hébraïques, et médite les écrits de Luther et de Zwingli. Mais bientôt ce ne sont plus seulement les enfants, ce sont les pères de famille qui se réunissent pour entendre les leçons du maître Ursin.

Il leur explique l’Ecriture; à cette lumière c’en est bientôt fait dans ces cœurs du purgatoire et de l’invocation des saints. Un troupeau évangélique se forme autour du maître d’école. Le Conseil de Berne, apprenant ces succès, lui fait parvenir en mars 1527 des lettres-patentes par lesquelles il le nomme pasteur à Aigle, chargé d’expliquer les Ecritures au peuple de la contrée.

Et voici qu’un jour le maître d’école, quittant sa classe : “Je suis Guillaume Farel,” dit-il. Puis il monte en chaire et prêche ouvertement Jésus-Christ au peuple stupéfait. Au premier moment, les prêtres et les magistrats du lieu restent interdits. Puis ils se ravisent, et, entraînant dans leur parti le bailli, Jacques de Rovéréa, ils défendent à Farel de continuer ses prédications. Les Conseils de Berne apprenant cette résistance, font afficher aux portes de toutes les églises du bailliage une ordonnance en faveur de Farel. C’est le signal d’une révolte. “A bas Farel ! A bas messieurs de Berne !” s’écrie-t-on dans toute la contrée. Un moment Farel et ses adhérents sont en péril. Enfin le Réformateur doit quitter la place et abandonner pour un temps cette contrée, non sans avoir reconnu que l’appui du pouvoir civil, en affaire religieuse, est souvent, pour celui qui s’y confie, une faiblesse plutôt qu’une force.

Peut-être était-ce sous le poids de cette expérience douloureuse que, le 10 mai 1527, Farel écrivait dans une lettre encore aujourd’hui conservée au milieu de nous : “Une charité fervente, voilà le “bélier puissant avec lequel nous pouvons abattre les orgueilleuses murailles de la papauté.”

Après une tentative infructueuse à Lausanne, Farel ne tarda pas à revenir à Aigle. Une lutte publique qu’il soutint là avec un moine mendiant qui l’avait injurié. Lutte qui est racontée en détail dans les chroniques du temps et qui tourna à la honte du défenseur de la papauté, fit faire un grand pas à la cause de la Réforme.

Enfin, selon l’usage du temps, on procéda à une votation générale dans tout le bailliage sur la question religieuse. Des quatre districts, trois, ceux d’Aigle, de Bex et d’Ollon, se déclarèrent pour l’abolition de la messe. Aux Ormonts, la majorité fut pour le maintien du catholicisme.

Malgré la votation qui assignait le district d’Ollon à la Réforme, Farel courut un grand danger dans les montagnes de cette contrée. Les paysans ne voulaient pas permettre qu’il vint consommer chez eux l’œuvre commencée. D’un autre côté, ils craignaient de s’attirer l’animadversion des Bernois, s’ils maltraitaient le Réformateur. Ils lâchèrent donc sur lui leurs femmes armées de battoirs de blanchisseuses. Farel n’échappa qu’avec peine à leur furie et à leurs coups. Son compagnon, Claude de Gloutinis, ayant essayé de prêcher dans le temple des Ormonts, on sonna tout à coup les cloches à pleine volée. C’était là un genre d’éloquence contre lequel les réformateurs se trouvaient sans armes. La réformation totale de la contrée ne fut accomplie qu’un peu plus tard.

Farel n’attendit pas ce résultat pour tenter l’assaut sur un nouveau point. L’étendard de l’Evangile flottait à Aigle. Il vint le planter à Morat. Les districts d’Orbe, Grandson et Morat étaient alors propriété commune de Berne et de Fribourg.

Lorsque le bailli était Fribourgeois, Berne envoyait les ordres; lorsque le bailli était Bernois, les ordres partaient de Fribourg. Sous la protection bernois Farel prêche à Morat, et les partisans de la Réforme ne tardent pas à y paraître assez nombreux pour que l’on puise procéder à une votation. C’était trop tôt. La majorité fut pour le maintien de la messe. Farel abandonna pour un temps ce champ de travail et retourna à Lausanne. Nouvel essai de prédication, mais aussi infructueux que les précédents. Les bons Lausannois aiment le plaisir. Sans doute ils s’indignent des orgies de leurs prêtres; mais quand ils rencontrent la figure austère du Réformateur, ils s’effrayent bien davantage; et, tout compté ils préfèrent encore la face réjouie de leurs chanoines.

De Lausanne, Farel se rendit à Berne pour y assister à la discussion solennelle qui décida de l’introduction de la Réformation dan ce canton. Elle dura du 7 au 25 janvier 1528. 350 ecclésiastiques suisses et étrangers y assistaient; une foule de laïques de tous rangs y étaient accourus : 4 présidents maintenaient l’ordre dans la discussion; 4 secrétaires tenaient le protocole. Toutes les questions en litige entre le papisme et la Réforme furent discutées à fond et avec une entière liberté pendant ces dix-huit jours. La science biblique et l’éloquence puissante de Zwingli, venu de Zürich, de Haller de Berne, et des autres théologiens protestants, au nombre desquels se trouvait Farel, firent pencher la balance du côté de la Réforme. L’Evangile l’emporta dans le canton de Berne sur les traditions humaines.

Après ce grand et solennel triomphe de la cause évangélique, Farel revint à Morat. Cette fois la vérité y fit de rapides progrès. De Payerne, d’Avenches et des contrées circonvoisines on accourait pour l’entendre. Aux jours de fête on disait gaiement dans les campagnes : “Allons à Morat entendre les prêcheurs.” Chemin faisant, la bande folâtre s’exhortait à ne pas se laisser prendre au moins dans les filets de l’hérésie. Le soir, en retournant dans ses demeures, elle ne plaisantait plus : on revenait sérieux. Une grande question, celle du salut, préoccupait les esprits. On discutait avec vivacité sur ce que l’on avait entendu, et parmi ces troupes, le matin si rieuses, se comptaient maintenant en grand nombre les candidats de la foi. Farel vit que le feu était allumé et qu’il pétillait déjà dans les gerbes. Cela lui suffit pour le moment. Il partit. Une nouvelle conquête occupait déjà les pensées de cet homme infatigable.

Par delà la sommité du Vully, son œil avait contemplé les cimes bleuâtres de notre Jura, et son cœur brûlait de tenter cette nouvelle conquête. Encore une fois il court à Aigle pour y travailler à la consommation de la Réformation. Il revient à Morat, s’en va prêcher à Bienne et dans les environs; visite pour la première fois la Neuveville, alors dépendante de l’évêque de Bâle, prince de Porrentruy. Celui-ci porte plainte à Berne contre Farel, qui ose venir prêcher dans son diocèse. Farel est obligé de quitter la Neuveville, et c’est en décembre 1529 qu’il met enfin le pied sur le sol neuchâtelois. Il n’ignore pas quelle lutte l’attend sur ce nouveau champ de bataille. mais que lui importe ? “Dieu est mon Père !” Dès longtemps voilà sa devise.

On a appelé Farel “le premier et le plus grand missionnaire de la réformation française”. L’esquisse rapide que nous venons de tracer des travaux de cet homme de Dieu jusqu’au jour de son arrivée au milieu de nous, ne suffit-elle pas déjà pour justifier ce titre ? Sans doute, à voir ses allures impétueuses, on serait parfois tenté de se demander s’il ne confond pas la fougue avec le zèle, et de craindre que l’impatience de la chair ne domine chez lui l’impulsion de l’Esprit.

Un pareil soupçon sur le caractère de Farel et de son activité n’est possible qu’à la condition d’ignorer le zèle catholique de son enfance et de sa jeunesse, et les luttes violentes à travers lesquelles il était parvenu à la possession de la vérité évangélique, et l’illumination bienheureuse qui avait décidé de sa conversion, et le changement radial qui s’était opéré chez lui à cette époque de sa vie. Lorsqu’on a, comme nous venons de le faire, suivi Farel du hameau des Farelles à l’université de Paris, et de ses études à Paris à son arrivée à Neuchâtel, on sent bien que le feu qui l’anime est tout autre chose qu’un esprit d’opposition charnelle. L’on comprend que le mobile de cette puissante et incessante activité est celui-là même q’exprimaient les apôtres quand ils se justifiaient devant le sanhédrin en disant : Nous ne pouvons pas ne pas témoigner des choses que nous avons entendues et vues. On a dit de Farel “qu’un mot impie l’émouvait plus qu’un coup d’épée.” Le coup d’épée ne s’adressait qu’a sa personne; le mot impie attentait à l’honneur de Dieu. Il s’inquiétait à peine du premier; mais il foudroyait le second. Entendre le nom de Jésus blasphémé, ou voir seulement sa glorieuse figure éclipsée par les images de Marie et des saints, lui faisait le même effet qu’à un fils respectueux l’ouïe d’une insulte à la personne de son père et de sa mère. Gloire à Dieu, à Dieu seul ! Ce fut bien là l’âme de sa dévorante activité.

A ce premier sentiment s’en joignait un second : Farel, tout en étant avant tout l’homme de Dieu, était aussi l’homme du pauvre peuple. C’est un trait qui lui est commun avec le grand Réformateur de l’Allemagne, Luther. Voir le peuple retenu dans la superstition et dégradé par la religion qui devait l’éclairer et l’ennoblir, était pour lui un spectacle non moins intolérable que celui du nom de Dieu déshonoré.

Sans doute il a pu arriver que, comme à Montbéliard par exemple, la fougue de la chair ait fait irruption parfois dans son activité d’évangéliste. Farel n’était pas plus saint que l’Apôtre qui s’attira de la part de Jésus cette réprimande : Pierre, remets ton épée dans le fourreau. Le Maître seul a été sans tache. En lui seul une douceur accomplie se trouve unie à la plus indomptable fermeté et au zèle le plus ardent. Mais heureux le serviteur de Christ dont on peut dire qu’au milieu de tous ses défauts, la devise de sa vie fut néanmoins : Le zèle de ta maison m’a dévoré. Tel fut Farel ! Dieu veuille faire reposer toujours le manteau de cet Elie sur les épaules de quelqu’un de ses successeurs au milieu de nous !

La prudence de Lefèvre ne fera jamais défaut à l’Eglise neuchâteloise; mais le zèle de Farel…

Référence: Histoire de la Réformation dans le Pays de Neuchâtel, Frédéric Godet, 1859

John Wesley, apôtre des foules et pasteur des pauvres

“Si la valeur des hommes peut être mesurée par l’oeuvre qu’ils ont accomplie, John Wesley ne saurait être considéré autrement que comme la plus grande figure qui ait paru dans l’histoire religieuse du monde depuis les jours de la Réformation.” – LECKY, historien

“La figure de Wesley est une des plus belles, et peut-être la plus John-Wesley-9528077-1-402belle, qui aient surgi dans le monde chrétien, depuis les temps de la Réforme. C’est une âme toute pénétrée du feu sacré et qui demande, sous une impulsion divine, à faire partager à un plus grand nombre possible de ses semblables, le bonheur dont elle jouit. Intelligence supérieure et bien nourrie des meilleurs productions de l’esprit humain, il met toutes ses acquisitions au service de son céleste Maître, et ne les emploie que pour Lui gagner une multitude de disciples. Son dévouement est sans limites. Je ne vois personne dans l’Eglise des trois derniers siècles, qui ait déployé, dans un laps de temps aussi long, et avec une ardeur qui ne s’est jamais ralentie, une si merveilleuse activité. Et, bien que l’Eglise qu’il a fondée soit restée dans une couche peu élevée de la société, néanmoins le contre-coup de son oeuvre s’est fait sentir sur la nation tout entière; clergé anglican ou dissident, prélats, pasteurs et suffragants, tous en ont éprouvé les effets. Il les a forcés à devenir plus pieux, plus moraux, plus zélés, et par eux une nouvelle sève a circulé dans le corps national tout entier.” – C. CAILLATTE, pasteur (Revue Chrétienne)

A minuit, le ciel était illuminé par le reflet sombre des flammes qui dévoraient avec voracité la maison du pasteur Samuel Wesley. Dans la rue, les gens criaient ” au feu! au feu! ” Cependant, à l’intérieur, la famille du pasteur continuait à dormir tranquillement, jusqu’à ce que quelques décombres en flamme tombent sur le lit de Betty, l’une des filles du pasteur. L’enfant se réveilla en sursaut et courut vers la chambre de son père. Sans rien pouvoir sauver des flammes, la famille dut sortir de la maison en vêtements de nuit, par une température glaciale.

La gouvernante, éveillée par l’alerte, sortit rapidement de son berceau le plus jeune des enfants, Charles. Elle appela les autres, insistant pour qu’ils la suivent et descendit les escaliers; mais John, qui n’avait que cinq ans et demi, continua à dormir.

A trois reprises, la mère, Susan Wesley, qui était malade, tenta en vain de monter les escaliers. Le père essaya deux fois, sans y parvenir, de traverser les flammes en courant. Conscient du danger imminent, il rassembla toute sa famille dans le jardin et tous s’agenouillèrent pour supplier Dieu de sauver John resté prisonnier de l’incendie.

Pendant que la famille priait dans le jardin, John se réveilla et après avoir essayé en vain de descendre par les escaliers, il grimpa sur une malle qui se trouvait devant une fenêtre, où l’un des voisins l’aperçut. Celui-ci appela d’autres personnes et ils décidèrent de faire la courte échelle pour atteindre l’enfant. C’est ainsi que John échappa à la mort dans la maison en flammes, sauvé à peine quelques instants avant que le toit ne s’effondre avec fracas.

Les courageux voisins qui l’avaient sauvé, apportèrent le petit garçon à son père. ” Venez, mes amis, s’écria Samuel Wesley en recevant son fils dans ses bras, mettons-nous à genoux et rendons grâces à Dieu! Il m’a rendu mes huit enfants; laissez la maison brûler; j’ai assez de richesses “. Un quart d’heure plus tard, la maison, les livres, les documents et les meubles avaient disparu.

Des années plus tard, dans une publication, parut le portrait de John Wesley, avec à ses pieds l’image d’une maison en flammes et, à côté, l’inscription suivante: ” N’est-ce pas là un tison arraché du feu? ” (Zacharie 3:2).

Dans les écrits de Wesley, on trouve une référence intéressante à cet incendie historique: “Le 9 février 1750, pendant une veillée de prières, vers les onze heures du soir, je me souvins que c’était exactement le jour et l’heure où, quarante ans plus tôt, on m’avait arraché aux flammes. Je profitai donc de l’occasion pour relater cet acte de la merveilleuse providence divine. Les louanges et les actions de grâces montèrent vers le ciel et grande fut l’allégresse qui s’éleva vers le Seigneur “. La foule, tout comme John Wesley, savait pourquoi le Seigneur l’avait sauvé de l’incendie.

D’après l’historien Lecky, c’est l’influence du Grand Réveil qui sauva l’Angleterre d’une révolution semblable à celle qui, à la même époque, laissa la France en ruines. Des quatre personnages qui se distinguèrent dans le Grand Réveil, c’est John Wesley qui joua le plus grand rôle. Jonathan Edwards, qui naquit la même année que Wesley, mourut trente-trois ans avant lui; George Whitefield, né onze ans après Wesley, mourut vingt ans avant lui et Charles Wesley prit une part active dans le mouvement pendant dix huit ans seulement, alors que John continua pendant un demi-siècle.

Mais pour que la biographie de ce célèbre prédicateur soit complète, il faut y inclure l’histoire de sa mère, Susan. En effet, comme l’écrivit un biographe: ” On ne peut raconter l’histoire du Grand Réveil qui eut lieu en Angleterre au siècle dernier (XVIIIème) sans reconnaître à la mère de John et Charles Wesley une grande part de l’honneur mérité; non seulement en raison de l’éducation qu’elle inculqua profondément à ses fils, mais aussi pour la direction qu’elle donna au réveil “.

La mère de Susan était la fille d’un prédicateur. Dévouée à l’œuvre de Dieu, elle épousa le célèbre pasteur, Samuel Wesley. Des vingt-cinq enfants de cette union, Susan était la vingt-quatrième. Au cours de sa vie, elle suivit l’exemple de sa mère, consacrant une heure, matin et soir, à prier et à méditer les Ecritures. D’après ce qu’elle écrivit un jour, on se rend compte de la place que tenait la prière dans sa vie: ” Loué soit Dieu pour toute journée où nous nous conduisons bien. Mais je ne suis pas encore satisfaite, parce que je ne profite pas beaucoup de Dieu. Je sais que je suis encore trop loin de lui; je désire tenir mon âme plus étroitement unie à lui par la foi et l’amour “.

John était le quinzième des dix-neuf enfants de Samuel et Susan Wesley. Ce qui suit, écrit par la mère de John, montre comment elle s’appliquait à ” ordonner à ses fils et à sa maison après elle ” (Genèse 18:19).

“Pour former l’esprit d’un enfant, la première chose à faire est de dominer sa volonté. Instruire son intelligence prend du temps et doit se faire progressivement, selon les capacités de l’enfant. Mais sa volonté doit être subjuguée d’un seul coup, et le plus tôt est le mieux [ …] Ensuite on peut diriger l’enfant en faisant appel au raisonnement et à l’amour des parents, jusqu’à ce qu’il atteigne un âge où il peut faire usage de sa raison. ”

Le célèbre commentateur de la Bible, Adam Clark, écrivit au sujet de Samuel et Susan Wesley et de leurs enfants : ” Je n’ai jamais rien vu ni jamais rien entendu de pareil à cette famille, à laquelle nous devons tant, et je ne sais pas non plus s’il en a existé de semblable depuis Abraham et Sara ou Joseph et Marie de Nazareth. ”

Susan Wesley croyait que ” celui qui ménage sa verge hait son fils ” (Proverbes 13:24) et elle ne voulait pas entendre ses enfants pleurer. Grâce à cela, bien que sa maison fût pleine d’enfants, il n’y avait jamais ni scènes désagréables ni tapage au foyer du pasteur. Jamais aucun de ses enfants n’obtint ce qu’il désirait par les larmes dans la maison de Susan Wesley.

Pour Susan, le jour de son cinquième anniversaire, chaque enfant devait apprendre l’alphabet, et tous, à l’exception de deux, accomplirent la tâche au moment fixé. Le lendemain de ses cinq ans, ayant maîtrisé l’alphabet, l’enfant commençait à apprendre à lire et ce, avec le premier verset de la Bible.

Tout petits, les enfants, au foyer de Samuel Wesley et de sa femme, apprirent à assister fidèlement au culte. Dans aucun récit, on ne trouve des faits aussi profonds et émouvants que ceux que l’on raconte au sujet des enfants de Samuel et Susan Wesley, car, avant même de pouvoir se mettre à genoux ou de savoir parler, on leur apprenait à rendre grâces pour leur nourriture par des gestes appropriés. Lorsqu’ils commençaient à parler, ils récitaient le Notre Père matin et soir; on leur apprenait en outre à prier pour d’autres choses selon leurs désirs [ …] Arrivés à l’âge approprié, on attribuait à chaque enfant un jour de la semaine afin de pouvoir parler en particulier avec sa mère de ses ” doutes et de ses problèmes “.

Dans la liste, le nom de John figure le mercredi et celui de Charles le samedi. Pour chacun des enfants ” son jour ” devenait une journée précieuse et mémorable [ …] .

Il est émouvant de lire ce que John Wesley, vingt ans après avoir quitté la maison paternelle, disait à sa mère : “En beaucoup de choses, vous, ma mère, avez intercédé en ma faveur et vous l’avez emporté. Qui sait même maintenant si votre intercession pour que je renonce entièrement au monde a été couronnée de succès [ …] . Elle sera sans doute efficace pour corriger mon cœur comme elle le fut autrefois pour former mon caractère. ”

Après le sauvetage spectaculaire de John de l’incendie, sa mère, profondément convaincue que Dieu avait de grands projets pour son fils, prit la ferme résolution de l’éduquer pour servir et être utile à l’œuvre du Christ. Susan écrivit dans ses méditations particulières : “Seigneur, je ferai des efforts encore plus fermes pour cet enfant que tu as sauvé si miséricordieusement. J’essaierai de lui transmettre fidèlement, pour qu’ils se gravent dans son cœur, les principes de Ta religion et de Ta vertu. Seigneur, donne-moi la grâce nécessaire pour mener à bien ce but avec sincérité et sagesse et bénis mes efforts en les couronnant de succès. ”

Elle mit tant de constance à mettre en pratique sa résolution qu’à l’âge de huit ans, John fut admis à participer à la Cène du Seigneur.

Au foyer de Samuel Wesley, on n’omettait jamais le culte domestique dans le programme de la journée.

Quelle que fût l’occupation des membres de la famille ou des serviteurs, tous se réunissaient pour adorer Dieu. Lorsque son mari s’absentait, Susan, le cœur enflammé par le feu du ciel, dirigeait les prières. On raconte qu’un jour, alors que l’absence de son mari se prolongeait plus que de coutume, trente à quarante personnes assistèrent au culte célébré dans la maison des Wesley et la faim de la Parole de Dieu augmenta tellement que la maison se remplit de voisins qui vinrent assister à la réunion de prières.

La famille du pasteur Samuel Wesley était très pauvre, mais grâce à l’influence du duc de Buckingham, John fut admis dans une école à Londres.

Ainsi, le jeune garçon, qui n’avait pas onze ans, quitta l’atmosphère de prière fervente pour affronter les disputes de l’école publique. Cependant, John ne se laissa pas contaminer par l’ambiance de péché qui l’entourait.

A propos de l’influence que John en vint à exercer sur ses camarades d’école, on raconte qu’un jour, le portier, voyant que les élèves n’étaient pas dans la cour de récréation, se mit à leur recherche et les trouva dans l’une des classes, rassemblés autour de John. Celui-ci leur racontait des histoires édifiantes qui leur plaisaient davantage que la récréation.

En parlant de cette époque, John Wesley écrivit:

“Je prenais part à des choses que je savais être des péchés, même si elles ne faisaient pas scandale aux yeux du monde. Malgré tout, je continuais à lire les Ecritures et à prier matin et soir. Je considérais les points suivants comme les bases de mon salut : (1) je ne me jugeais pas aussi mauvais que mes semblables; (2) je conservais le désir d’être religieux; (3) je lisais la Bible, j’assistais aux cultes et je priais “.

Après avoir poursuivi ses études à l’école secondaire pendant huit ans, Wesley alla étudier à Oxford et y apprit le latin, le grec, l’hébreu et le français, mais son principal intérêt n’était pas de cultiver son intelligence. A ce sujet, il dit : “Je commençais à me rendre compte que le cœur est la source de la vraie religion [ …] je décidai donc de passer deux heures chaque jour seul avec Dieu. Je prenais part à la Cène du Seigneur tous les huit jours. Je me gardais de tout péché, tant en paroles qu’en actes. Ainsi, sur la base des bonnes actions que je faisais, je me considérais comme un bon croyant “.

John s’efforçait de se lever tous les matins à quatre heures. Grâce à ses notes rendant compte de tout ce qu’il faisait dans la journée, il réussissait à organiser son temps, de façon à ne pas perdre un seul instant. Il garda cette bonne habitude presque jusqu’à son dernier jour.

Alors qu’il faisait ses études à Oxford, un petit groupe d’étudiants avait pris l’habitude de se réunir tous les jours pour prier ensemble et étudier les Ecritures; en outre, ils jeûnaient le mercredi et le vendredi, rendaient visite aux malades et aux prisonniers et réconfortaient les condamnés à l’heure de leur exécution. Tous les matins et tous les soirs, chacun passait une heure seul, à prier. Pendant les prières, ils s’arrêtaient de temps en temps pour vérifier s’ils priaient avec la ferveur voulue. Ils priaient toujours avant et après les cultes de l’église.

Plus tard, trois des membres de ce groupe devinrent célèbres parmi les croyants :

(1) John Wesley, qui fit peut-être plus que tout autre pour donner ses racines à la vie spirituelle, non seulement chez ses contemporains, mais encore de nos jours.

(2) Charles Wesley, qui devint l’auteur très célèbre d’hymnes évangéliques et

(3) George Whitefield qui devint un prédicateur en plein air et avait le don d’émouvoir les foules.

A cette époque, on ressentait l’influence de John Wesley dans toute l’Amérique, qui dure encore aujourd’hui, en dépit du fait qu’il y restât moins de deux ans, et que cette période de sa vie fût perturbée par le doute. Il répondit à un appel de venir prêcher l’Evangile aux habitants de la colonie de Géorgie, avec le désir de gagner son salut au moyen de bonnes œuvres. Il pensait que la vanité et l’ostentation du monde n’existaient pas dans les forêts d’Amérique.

Pendant la voyage, sur le navire qui l’amenait en Amérique du Nord, il suivit,- pratique caractéristique de sa vie – avec d’autres personnes de son groupe, un programme de travail afin de ne pas perdre un seul instant de ses journées. Il se levait à quatre heures du matin et se couchait après neuf heures. Les trois premières heures de la journée étaient consacrées à la prière et à l’étude des Ecritures. Après avoir accompli tout ce qui était prévu au programme de la journée, il était si fatigué que ni le mugissement de la mer ni le roulis du bateau ne réussissaient à perturber son sommeil, bien qu’il dormît sur le pont, enveloppé dans une couverture.

En Géorgie, la population entière se pressa en masse à l’église pour l’entendre prêcher. L’influence de ses sermons fut telle que dix jours plus tard, une salle de bal resta presque vide, alors que l’église se remplissait de personnes qui priaient et recevaient leur salut.

Whitefield, qui débarqua en Géorgie quelques mois après le retour de Wesley en Angleterre, décrivit ainsi ce qu’il vit : ” Le succès de John Wesley en Amérique est indescriptible. Son nom est très apprécié du peuple où il jeta des fondations que ni les hommes ni les démons ne pourront ébranler. Oh ! si seulement je pouvais marcher sur ces traces comme lui marcha sur les traces de Christ ! ” Malgré tout, il manquait une chose très importante à Wesley, comme on le voit d’après les événements qui le poussèrent à quitter la Géorgie, et qu’il décrivit ainsi :

” Il y a presque deux ans et quatre mois que j’ai laissé ma terre natale pour aller prêcher le Christ aux Indiens de Géorgie, mais qu’ai-je découvert ? La chose à laquelle je m’attendais le moins : moi qui suis venu en Amérique pour convertir les autres, je ne me suis jamais converti à Dieu. ”

De retour en Angleterre, John Wesley se mit à servir Dieu avec la foi d’un enfant et non plus celle d’un simple serviteur. A ce sujet, voici ce qu’il écrivit : ” Je ne me rendais pas compte que la foi nous était donnée instantanément, que l’homme pouvait passer directement des ténèbres à la lumière, du péché et de la misère à la justice et à la joie de l’Esprit Saint. J’étudiai les Ecritures sur ce point, en particulier les Actes des Apôtres. Je fus émerveillé en y trouvant presque uniquement des conversions instantanées; pratiquement aucune aussi tardive que celle de Saul de Tarse.” A partir de ce moment-là, Wesley commença à éprouver une plus grande faim et une plus grande soif de justice, la justice de Dieu par la foi.

Il avait pour ainsi dire échoué dans sa première tentative de prêcher l’Evangile en Amérique parce qu’en dépit de son zèle et de sa bonté naturelle, le christianisme qui était le sien était quelque chose qui lui avait été enseigné. Mais la seconde étape de son ministère se distingue par un succès phénoménal.

Pourquoi ? Parce que le feu de Dieu brûlait dans son âme; il était parvenu à un contact direct avec Dieu grâce à une expérience personnelle.

Nous rapportons ici, selon ses propres paroles, l’expérience par laquelle l’Esprit Saint donna la preuve à son esprit qu’il était fils de Dieu, expérience qui transforma complètement sa vie :

” Il était près de cinq heures ce matin-là, lorsque j’ouvris le Nouveau Testament et tombai sur ces phrases: ‘[ …] nous assurent de sa part les plus grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine (2 Pierre 1:4).’ Avant de sortir, j’ouvris le Nouveau Testament et je lus ces phrases : ‘Vous n’êtes pas éloignés du royaume de Dieu.’ [ …] La nuit dernière, je me suis senti poussé à aller à Aldersgate [ …] Je me sentis le cœur embrasé; je me confiai au Christ, seulement au Christ, je crus dans le salut; la certitude me fut donnée qu’il enlevait mes péchés et qu’il me sauvait de la loi du péché et de la mort. Je me mis à prier de toutes mes forces [ …] et je donnai témoignage à tous ceux qui étaient là de ce que je ressentais dans mon cœur “.

Après cette expérience à Aldersgate, Wesley aspirait à recevoir des bénédictions encore plus grandes du Seigneur, comme il l’écrivit : “Je suppliais Dieu d’accomplir toutes Ses promesses dans mon âme. Peu de temps après, le Seigneur répondit en partie à ce désir, alors que je priais avec Charles, Whitefield et près de soixante-dix croyants à Fetter Lane”. Les paroles suivantes sont également de John Wesley : “Il était près de trois heures du matin et nous persévérions dans nos prières (Romains 12:12) lorsque la puissance de Dieu se manifesta de telle façon que nous nous sommes exclamés, sous l’effet d’une grande joie et nombre de ceux qui étaient là tombèrent sur le sol. Puis, une fois atténuées la peur et la surprise que nous ressentions en présence de Sa majesté, nous nous sommes exclamés d’une seule voix : ‘Nous te louons, ô Dieu, nous t’acceptons comme notre Seigneur!’ ”

Cette onction du Saint-Esprit élargit considérablement les horizons spirituels de Wesley; son ministère porta un nombre exceptionnel de fruits et il travailla sans interruption pendant cinquante-trois ans, le cœur empli de l’amour divin.

Un pasteur prêche en moyenne cent fois par an, mais pour John Wesley, cette moyenne fut de sept cent quatre-vingts fois par an pendant cinquante-quatre ans. Ce petit homme, qui mesurait à peine un mètre soixante-six, qui pesait moins de soixante kilos, s’adressa à des foules énormes et ce, dans des conditions très difficiles. Lorsque les églises lui fermèrent leurs portes, il continua à prêcher en plein air.

En dépit d’une apathie spirituelle presque générale chez les croyants et d’une vague de perversion et de crimes qui s’étendait dans tout le pays, des foules de cinq à vingt mille personnes affluaient pour écouter ses sermons. Il était chose courante au cours de ces cultes que les pécheurs se sentent la proie de telles angoisses qu’ils se mettaient à crier et à gémir. Si la confrontation avec Dieu sur leur lit de mort arracha des cris à de célèbres matérialistes, comme Voltaire et Thomas Paine, enfin convaincus, il n’est pas étonnant que des centaines de pécheurs se soient mis à gémir, à crier et soient tombés sur le sol, comme morts, lorsque l’Esprit Saint leur faisait sentir la présence de Dieu. C’est ainsi que des multitudes de mécréants se convertirent en de nouvelles créatures en Christ-Jésus pendant les cultes de John Wesley. Souvent, les auditeurs étaient transportés au comble de l’amour, de la joie et de l’admiration, et ils avaient également des visions de la perfection divine et de l’excellence de Christ au point de rester plusieurs heures comme morts (Apocalypse 1:17).

Comme tous ceux qui envahissent le territoire de Satan, les frères Charles et John Wesley durent subir de terribles persécutions. A Morfield, les ennemis de l’Evangile mirent fin au culte en brisant la table sur laquelle John était monté pour prêcher, ils l’insultèrent et le maltraitèrent. A Sheffield, la maison s’écroula sur la tête des croyants. A Wednesbury, on saccagea les maisons, les vêtements et les meubles des croyants, les laissant exposés aux intempéries, à la neige et à la tempête. A maintes reprises, John Wesley fut lapidé et traîné comme mort dans la rue. Une fois, il reçut des soufflets sur la bouche et en plein visage et reçut des coups sur la tête qui le laissèrent couvert de sang.

Mais la persécution de la part de l’Eglise en pleine décadence était sa plus grande croix. Ils furent dénoncés comme “faux prophètes”, “charlatans”, “imposteurs arrogants” , “fanatiques”, etc. [ …] A son retour à Epworth, sa ville natale, John assista le dimanche au culte du matin et de l’après-midi dans l’église dont son père avait été le pasteur fidèle pendant de nombreuses années; mais on ne lui donna pas l’autorisation de s’adresser à l’assistance. A six heures du soir, John, debout sur le monument qui marquait le lieu où était enterré son père, à côté de l’église, prêcha devant une assistance telle qu’on n’en avait jamais vu à Epworth, et Dieu y sauva beaucoup d’âmes.

Quelle était la cause d’une telle opposition ? Les croyants de l’Eglise endormie prétendaient que cela était dû aux prédications de Wesley sur la justification par la foi et la sanctification. Les incroyants ne l’aimaient pas parce qu’ ” il faisait lever les gens à cinq heures du matin pour chanter des hymnes. ” Non seulement John Wesley prêchait davantage que les autres prédicateurs, mais il les surpassait comme pasteur, exhortant et consolant les croyants, allant de maison en maison.

Lors de ses voyages, il allait tantôt à cheval tantôt à pied, qu’il fasse beau temps, qu’il pleuve ou qu’il neige, alors que la plupart des prédicateurs se déplaçaient en bateau ou en voiture à cheval. Pendant les cinquante-quatre années de son ministère, il parcourut en moyenne plus de sept mille kilomètres par an, pour se rendre là où il devait prêcher.

Ce petit homme qui parcourait sept mille kilomètres par an, trouvait cependant du temps à consacrer à la vie littéraire. Il lut au moins mille deux cents livres, la plupart alors qu’il voyageait à cheval. Il écrivit une grammaire d’hébreu, une grammaire latine, ainsi que d’autres de français et d’anglais. Il occupa pendant des années le poste de rédacteur d’une revue de cinquante-six pages. Le dictionnaire complet de la langue anglaise qu’il compila fut très populaire et son commentaire sur le Nouveau Testament est encore tiré à de nombreux exemplaires. Il écrivit une bibliothèque de cinquante volumes qu’il révisa et publia sous forme abrégée en trente volumes. Son livre sur la philosophie naturelle fut bien accueilli par le clergé. Il écrivit quatre volumes sur l’Histoire de l’Eglise. Il écrivit et publia un livre sur l’Histoire de Rome et un autre sur l’Angleterre. Il prépara et publia trois volumes sur la médecine et six livres de musique pour les cultes. Après l’expérience qu’il vécut à Fetter Lane, il écrivit avec son frère Charles cinquante-quatre recueils d’hymnes qu’ils publièrent. On dit qu’il écrivit en tout plus de deux cent trente livres.

Cet homme au physique chétif écrivit peu avant ses quatre-vingt-huit ans : “Jusqu’à mes quatre-vingt-six ans et même après, je n’ai jamais ressenti la moindre indisposition propre à la vieillesse; mes yeux ne se sont jamais voilés et je n’ai pas perdu ma vigueur.” A soixante-dix ans, il prêchait devant un auditoire de trente mille personnes en plein air et était entendu de tous. A quatre-vingt-six ans, il fit un voyage en Irlande, où, en plus de prêcher seize fois en plein air, il fit cent sermons dans soixante villes. Un auditeur dit de Wesley : “Son esprit était aussi vif qu’à cinquante-trois ans, lorsque je l’ai rencontré pour la première fois.”

Il attribuait sa bonne santé à l’observance des règles suivantes : ” (1) l’exercice constant et l’air pur; (2) au fait que jamais, malade ou en bonne santé, sur terre ou sur mer, il ne perdit une nuit de sommeil de toute sa vie; (3) sa faculté de dormir, le jour ou la nuit, lorsqu’il se sentait fatigué; (4) se lever depuis plus de soixante ans à quatre heures du matin; (5) l’habitude de prêcher toujours à cinq heures du matin pendant plus de cinquante ans; (6) au fait qu’il ne souffrit presque jamais ni de douleurs ni de découragement ni de maladie grave au cours de sa vie.”

Il ne faut pas oublier la source de cette vigueur que possédait John Wesley. Il passait au moins deux heures par jour en prière. Il commençait sa journée à quatre heures du matin. Un croyant qui le connaissait très bien écrivit à son propos : “Il considérait la prière comme la chose la plus importante de sa vie et je l’ai vu sortir de sa chambre, l’âme si sereine que cela se reflétait sur son visage qui resplendissait.”

Aucune histoire de la vie de John Wesley ne serait complète si on ne mentionnait pas les veillées de prière qui avaient lieu une fois par mois chez les croyants. Ces veillées commençaient à huit heures du soir et se poursuivaient au-delà de minuit, ou jusqu’à ce que l’Esprit Saint descende sur eux. Ces veillées se fondaient sur les références faites par le Nouveau Testament à des nuits entières passées à prier. En effet, quelqu’un fit le commentaire suivant à ce sujet :

” Le pouvoir de Wesley s’explique par le fait que c’était un homo unius libri, c’est-à-dire, l’homme d’un seul livre, et ce livre était la Bible “. Wesley écrivit peu avant sa mort : “Aujourd’hui, nous avons passé la journée dans le jeûne et la prière pour que Dieu étende Son œuvre. Nous nous sommes retirés seulement après une nuit de veille dans laquelle le cœur de nombreux frères a reçu un grand réconfort.”

Dans son journal, John Wesley écrivit ce qui suit sur la prière et le jeûne: ” Lorsque je faisais mes études à Oxford [ …] , nous jeûnions le mercredi et le vendredi, comme le faisaient les premiers chrétiens partout. Epiphane (310-403) écrivit: ‘Qui ignore que les croyants du monde entier jeûnent le mercredi et le vendredi?’ ” Wesley poursuivit: “Je ne sais pas pourquoi ils choisirent ces deux jours-là, mais c’est une bonne règle et si elle était bonne pour eux, elle le sera aussi pour moi. Cependant, je ne veux pas faire croire que ces deux jours sont les seuls jours de la semaine où l’on peut jeûner, car il est souvent nécessaire de le faire plus de deux jours. Il est très important de rester seuls et en la présence de Dieu lorsque nous jeûnons et que nous prions, afin de pouvoir percevoir la volonté de Dieu et afin qu’Il puisse nous guider. Les jours de jeûne, nous devons faire tout notre possible pour nous tenir à l’écart de nos amis et des distractions, même si celles-ci sont permises en d’autres occasions”.

La joie qu’il ressentait à prêcher en plein air ne diminua pas avec la vieillesse; le 7 octobre 1790, il prêcha ainsi pour la dernière fois, sur le texte : “Le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle.” La Parole se révéla avec une grande force et les larmes de la foule coulèrent en abondance.

Un par un, ses fidèles compagnons de lutte, y compris sa femme, furent appelés au repos mais John Wesley continua à travailler. A l’âge de quatre-vingt-cinq ans, son frère Charles fut également rappelé et John, assis devant la foule, se couvrit le visage de ses mains pour cacher les larmes qui coulaient. Son frère, qu’il avait tant aimé pendant si longtemps, était parti et il devait maintenant travailler seul.

Le 2 mars 1791, alors qu’il allait avoir quatre-vingt-huit ans, sa carrière terrestre s’acheva. Toute la nuit précédente, ses lèvres n’avaient cessé de prononcer des paroles d’adoration et de louange. Son âme était inondée de joie devant les gloires du foyer éternel et il s’exclama : “Ce qu’il y a de mieux, c’est que Dieu est avec nous.” Puis, levant la main comme un signe de victoire, il répéta à nouveau : ” Ce qu’il y a de mieux, c’est que Dieu est avec nous.” A dix heures du matin, entouré de croyants qui priaient autour de son lit, il dit : “Adieu” et comparut ainsi en la présence du Seigneur.

Un croyant qui assista à sa mort, rapporta cet événement de la façon suivante : “Nous ressentions tous la présence divine; il n’y a pas de mots pour décrire ce que nous vîmes sur son visage! Et plus nous le contemplions, plus nous voyions reflété sur son visage un ciel indescriptible.”

On estima à dix mille le nombre de ceux qui défilèrent devant son cercueil pour voir le visage qui arborait un sourire céleste. En raison de la foule immense qui affluait pour lui rendre hommage, on fut obligé de l’enterrer à cinq heures du matin.

John Wesley naquit et grandit dans un foyer où il n’y avait pas abondance de pain. Par la vente de ses livres, il gagna une fortune qu’il utilisa pour la cause de Christ; à sa mort, il laissa au monde : “deux cuillères, une théière d’argent, un vieux manteau ” et des dizaines de milliers d’âmes sauvées en une époque de décadence spirituelle dramatique.

La torche que l’on avait arrachée du feu à Epworth, commença à flamber avec intensité à Aldersgate et Fetter Lane et depuis lors, elle continue à éclairer des millions d’âmes dans le monde entier.

Référence: Les Héros de la Foi, Orlando Boyer, éditions VIDA – Utilisé avec autorisation.

Contact VIDA:

Jean-Luc COSNARD – VIDA Editions – Chemin du Moulin de Vedel, Mas des Rosiers, 30900 NIMES, France – Tél.: 04.66.29.73.73 – Fax: 04.66.29.73.72 Email: vida-editions@wanadoo.fr – Web: http://www.vida-editions.com/

Clément Le Cossec, l’apôtre des Gitans

Clément Le Cossec né le 20 février 1921 à Treffiagat et mort le 22 juillet 2001 est un pasteur pentecôtiste des Assemblées de Dieu (ADD) et missionnaire évangéliste. Il est le précurseur du réveil évangélique parmi le peuple Roms (Tsiganes,gitans, manouches..) en Europe, en Inde et en Amérique du Nord et du

Clement Le Cossec

Sud. Il est le fondateur de la Mission Évangélique Tsigane (MET) en 1952, connue sous le nom de « Vie et Lumière ».
On estime qu’il serait à l’origine de la conversion de plus de 500 000 Tsiganes en Europe dont 100 000 en France. Ses partisans diront d’ailleurs de lui qu’il est « l’apôtre des Gitans ».

Biographie

Il est originaire d’une famille bretonne catholique et très pauvre. Son père était marin-pêcheur, mutilé de la guerre 1914-1918. Son père muté en Normandie, Clément Le Cossec connait, en plus de la misère et de la maladie, le rejet, le mépris, en tant que Breton. Cette situation lui permettra par la suite de mieux comprendre la souffrance d’un peuple mis à l’écart. Il se convertit à l’âge de 14 ans, au Havre, avec toute sa famille. Dans une réunion évangélique au Théâtre du Havre, son père aurait été guéri instantanément de son problème cardiaque, de ses rhumatismes et de son eczéma. De là nait sa vocation de s’occuper des pauvres et des rejetés en leur annonçant l’Évangile. Après des études secondaires, une formation commerciale et technique, il suivra une formation biblique par correspondance, avec l’école Biblique des ADD britanniques à Londres.
À 25 ans, en 1946, il est pasteur protestant dans une église à Lille. Plusieurs évènements l’amèneront à s’occuper de familles tsiganes dans le besoin. Arrivé en Bretagne en 1950, il entreprend la fondation de l’Église Évangélique de Rennes, avec le concours de l’évangéliste anglais Douglas Scott, promoteur du Mouvement de Pentecôte en France. Mais c’est à Brest en 1952, que commence son ministère en faveur des Gitans, quand des Tsiganes convertis, viennent lui dire qu’aucun pasteur ne souhaite les baptiser. Voyant le besoin de ces gens illettrés et sans enseignant, il pratiquera des centaines de baptêmes en mer, puis il décidera de laisser son église de Rennes entre les mains d’un jeune pasteur, en 1958 pour s’occuper des trois mille Tsiganes nouvellement convertis.
Clément Le Cossec se retrouve alors sans aucun soutien financier. C’est alors qu’il décide de mettre sa revue Lumière du monde crée en 1947 pour la jeunesse, au service des Tsiganes. Elle deviendra Vie et Lumière en 1960 et lui permettra le soutien d’un salaire équivalent au SMIC.
Deux mille Tsiganes venus de toute l’Europe se sont rendus au cimetière-sud du Mans, aux obsèques de leur « apôtre » mort d’un cancer à l’âge de 80 ans.

Le début de son ministère: l’église roulante

Elle commença à Rennes en 1958, où il décida de partir à l’aventure avec le peuple tsigane, sur les routes en France d’abord, puis en Belgique, en Hollande en Allemagne, mais aussi en Espagne, au Portugal en Italie. Par la suite il voyagea dans plus de 40 pays au Canada, aux États-Unis, au Mexique, en Argentine ou dans les pays de l’Est.
Très tôt, dès 1950 comme à Saint-Jacques, près de Rennes, des rassemblements évangéliques, sous forme de conventions sont organisés. Aujourd’hui, ils rassemblent 5000 caravanes, soit l’équivalent de vingt à trente mille Tsiganes. Leurs réunions ont lieu dans des bâtiments loués ou sous d’immenses chapiteaux dressés à l’occasion. Elles sont tout public, au vu des affiches et des nombreux tracts distribués sur leurs lieux de passage. Même les autorités locales (maire, police, préfets) sont invités.

Le grand Réveil

Le réveil spirituel s’est accompagné dira-t-il, pour ce peuple par de nombreuses guérisons.
Il participa aussi étroitement à l’éducation de Roms convertis, en leur apprenant à lire et à écrire, puis en leur apportant un enseignement biblique, afin d’établir des pasteurs tsiganes dans ces églises naissantes. Car dira t-il, un « réveil n’est durable que dans la mesure où il y a des cadres spirituels ».
Clément Le Cossec veut prendre modèle sur l’apôtre Paul dans la Bible, qui demande à son compagnon Timothée, de confier ce qu’il a entendu par sa bouche « à des hommes capables de l’enseigner aussi à d’autres ».
C’est dans une humble caravane, avec une poignée d’élèves que le « pasteur des Gitans » commença les premiers cours bibliques itinérants. Puis, à cause des demandes d’inscriptions toujours plus nombreuses, il sera très vite secondé par un jeune pasteur tsigane : Denis Théom, surnommé Payon. Il s’adjoindra aussi Georges Meyer, qui succédera plus tard à Clément Le Cossec à la présidence de La Mission Tzigane Évangélique, en 1973.
Confronté à des vocations encore plus nombreuses, il achètera en 1967, une première propriété dans le Loiret près de Gien (le château à Les Choux) pour accueillir les futurs prédicateurs. Loin de n’accueillir que des Gitans, ce centre de formation permettra aussi la formation biblique de quelques “sédentaires” à l’image du pasteur Michel Genton. D’une trentaine d’étudiants, ils passeront à plus de 200 en 1996. D’autres Tsiganes devenus pasteurs viendront grossir l’enseignement de l’École biblique française, parmi les plus connus : Charles Welty (Tarzan) et Wasso Ferret (Balo) .
D’autres écoles Bibliques naîtront dans plusieurs pays d’Europe et en Inde.

Action sociale

La mission évangélique tsigane, représentée dans 40 pays finance des lieux de cultes, des orphelinats, rémunère des médecins et infirmières pour aller soigner les enfants et membres de la communauté tsigane. Clément le Cossec fit construire, en faveur des pauvres et des déshérités tsiganes de l’Inde, 18 pensionnats accueillant 900 enfants.
Face à la pauvreté de certains Tsiganes, il n’hésitera pas à acheter des costumes à ses élèves prédicateurs, avec l’argent issu d’offrandes. Comme ce fut le cas pour les évangélistes Mandz et Pinar au début de leur mission.

Smith Wigglesworth, l’apôtre de la foi

Ses parents ne se disaient pas chrétiens mail ils élevèrent leurs wigglesworthenfants à respecter Dieu. Ils étaient pauvres et ils travaillaient durs pour gagner leur pain. C’est pour cette raison que Smith commença à travailler à six ans chez un fermier. Il n’eut donc pas le privilège d’aller à l’école. La grand-mère paternelle de Smith était méthodiste et elle l’amenait à la chapelle. A l’âge de huit ans, alors qu’il chantait un cantique se rapportant au sang de l’agneau, Smith fut saisi par l’œuvre expiatrice de Christ à la croix et il se convertit. Avec le temps ses connaissances bibliques et ses réflexions spirituelles s’approfondirent mais il trouvait difficilement les mots pour exprimer ses pensées à cause de son manque d’éducation. Plus tard il inventera même des mots pour se faire comprendre.

Une des particularités du méthodisme de cette époque était les “class meeting” ou réunions de groupe. Ces réunions avaient été instaurées par Wesley pour que chacun puisse partager ses victoires, ses appréhensions et son témoignage afin de se fortifier au milieu de l’opposition. Quelques fois le jeune Smith essayait de parler dans ces réunions mais il cherchait tellement ses mots qu’il finissait par être confus et terminait en pleurant. Après un de ces essais infructueux, trois hommes du groupe décidèrent d’imposer les mains et de prier pour lui. Quoi qu’il eut encore de la difficulté à parler en public, les prières de ces hommes produisirent un effet déterminant dans sa vie. A partir de ce jour il eut un cœur de gagneur d’âmes et il était capable de parler aux gens de un à un. La première personne qu’il conduisit à Christ fut sa mère.

Le père de Smith demanda à ses enfants de participer aux réunions de l’église anglicane et bientôt il fut confirmer. Au moment où l’évêque lui imposa les mains il expérimenta la présence de Dieu. Cette sensation lui resta pendant plusieurs jours. Dès la sortie de l’église les autres garçons blasphémèrent et se querellèrent mais Smith sentait une différence et il se demandait pourquoi les autres étaient différents de lui.

A 17 ans sa famille déménagea et il chercha une église où il pourrait donner libre cours à son zèle d’évangéliste. Il se joignit donc aux méthodistes. Déjà à ce moment on pouvait remarquer deux traits distinctifs chez Smith. Premièrement, il portait toujours sur lui un Nouveau Testament même s’il ne pouvait pas encore lire. Deuxièmement, il n’était pas réputé pour sa courtoisie, particulièrement envers ceux qu’il considérait comme des pharisiens.

Un chrétien lui enseigna le métier de plombier et à dix-huit ans il débuta dans ce métier. Éventuellement il débuta son entreprise de plomberie à Liverpool et il prospéra dans ce domaine. Il aimait aider les pauvres et leur prêché l’Évangile, c’est pourquoi il se joignit à l’Armée du Salut. Ils reconnurent rapidement son zèle et son talent d’évangéliste. Son attention fut attirée par une jeune femme, Mary Jane Featherstone, que tous appelaient Polly. Polly avait un caractère semblable à Smith. Elle était douce mais très déterminée. Elle avait la parole facile et devint officier dans l’Armée du Salut. Elle prêchait sur les places publiques et on la ridiculisait. Elle se faisait même attaquer et lancer des objets. Polly revenait souvent chez elle meurtrie ou blessée mais elle persévérait. Ce n’était pas un entêtement charnel qui la poussait à continuer mais une foi inébranlable. Par exemple, un jour elle priait dans une maison avec une femme dont le mari était très violent. Pendant la prière celui-ci arriva et se mit dans une terrible colère. Il menaça Polly de la jeter en bas des escaliers si elle ne partait pas, mais elle continua à prier. Cet homme la souleva de terre et la transporta jusqu’en bas des escaliers tout en l’injuriant et en criant. Polly priait pour lui à voix haute et à chaque pas elle demandait à Dieu de le sauver. Rendu à la dernière marche, il déposa Polly et fondit en larmes. Il se convertit à cet instant.

Smith et Polly se marièrent et elle lui enseigna à lire et à écrire. Smith disait: “Tout ce que je suis aujourd’hui, je le dois à Dieu et à ma précieuse épouse. Elle est toujours une inspiration vers la sainteté”. Smith continua comme plombier et Polly comme évangéliste. Il vit plusieurs secteurs de la ville où il n’y avait pas d’église et Polly l’encouragea à trouver un bâtiment pour débuter une nouvelle œuvre. Smith fondait toujours en larmes lorsqu’il essayait de prêcher et il finissait par céder sa place à un autre. Polly persévéra dans ses encouragements mais c’est elle qui prêchait et Smith parlait aux individus qui s’approchaient pour se repentir. Polly lançait le filet et Smith ramassait les poissons.

Au début tout allait bien. Ils priaient ensemble pour tout. Ils eurent cinq enfants qui furent baignés dans la prière. Smith s’occupait des enfants pour que Polly puisse évangéliser. La renommée de Polly grandissait et bientôt elle visita d’autres églises à l’extérieur. Smith se dévoua à son travail de plus en plus et il finit par délaisser l’œuvre de Dieu. Son tempérament brusque devint explosif à tous égards. Sa quête de l’argent et du succès le conduisait vers la ruine émotionnelle. Polly redoublait d’amour pour lui et elle l’exhortait gentiment. Cette attitude dura deux ans. Finalement il craqua sous la pression de l’amour et de la prière et il se repentit. Il chercha la face de Dieu pendant dix jours et Christ le revêtit de son manteau d’humilité. Il resta brusque et expéditif toute sa vie mais sa transformation fut évidente pour tous. Alors qu’avant il critiquait toujours la nourriture de Polly, maintenant rien ne semblait l’agacer.

Sa ferveur d’évangéliste augmenta mais Dieu le mit à l’épreuve. Un jour où il se trouvait au centre-ville, il se sentit poussé à parler de Jésus à quelqu’un. Il demande donc à Dieu de le diriger vers la personne qu’Il voulait. Il y avait beaucoup de circulation, mais il attendait d’être guidé par Dieu. Après une heure et demie d’attente, il s’impatienta et il dit à Dieu de se dépêcher car il n’avait pas toute la journée. A ce moment il nota un homme seul dans un char tiré par des chevaux. Il sut que c’était son homme. Sans hésitation, il coupa au travers la circulation , sauta sur le char et s’assit près de l’homme. Sans préambule, il lui exposa le plan du salut. L’homme s’indigna et Smith demanda à Dieu s’il ne s’était pas trompé. Recevant l’assurance de continuer, il persévéra. Bientôt l’homme se mit à pleurer. Sachant que Dieu avait touché son cœur, Smith le quitta. Trois semaines plus tard, on lui dit qu’un homme malade s’était converti la dernière journée où il était sorti à l’extérieur car il se sentait bien. Cette journée-là, un homme s’était brusquement assis près de lui alors qu’il conduisait et lui avait parlé de Jésus. Il mourut de sa maladie quelques jours plus tard.

Pendant ses voyages d’affaires, il rencontra un groupe de chrétiens qui priaient pour les malades et certains étaient guéris. Smith fut convaincu par la Parole que c’était bon il amena plusieurs malades de sa ville dans ces réunions. Polly y alla aussi et elle fut guérie. Un jour que les dirigeants durent partir, on demanda à Smith de prier pour les gens. Il accepta et en fut grandement récompensé. Un des hommes pour qui il pria marchait avec des béquilles. Après la prière il lança ses béquilles et sauta d’excitation. Ceci fut le début d’un ministère de guérison unique en son genre.

Il débuta des réunions de guérison dans son église et douze personnes furent guéries instantanément la première soirée. Smith apprit bientôt la nécessité d’une foi ferme. Un pasteur baptiste lui dit que sa femme se mourrait à la maison. Il amena un chrétien qui aimait prier avec lui pour aller visiter cette femme. Il demanda à ce chrétien de prier, et celui-ci s’exécuta en priant pour la consolation du mari après la mort de la femme. Smith demanda alors au mari de prier et celui-ci pria tristement que sa femme ne souffre pas trop. Totalement exaspéré, il pria à son tour en faisant l’onction d’huile. C’était la première fois et il versa toute la bouteille sur la femme. Elle fut instantanément guérie. Tous n’étaient pas guéris mais plusieurs l’étaient à chaque réunion et de façon dramatique quelques fois. Il y eut même quatorze résurrections suite à ses prières.

Smith souffrait lui-même d’hémorroïdes et il prenait des sels pour se soigner. Sans connaître la situation, un prédicateur de la guérison divine lui dit que quelqu’un qui priait pour la guérison des autres sans être lui-même guéri ne mettait pas toute sa confiance en Dieu. Il avoua à ce prédicateur que c’était son cas et ils prièrent ensemble. Smith fut complètement guéri. A partir de ce moment il décida avec son épouse de ne plus jamais prendre de médicaments et de ne jamais consulter de docteur. Il n’imposa jamais cette décision sur les autres. Il considérait que c’était un choix personnel.

Après plusieurs années de ministère, Smith entendu parler d’une certaine église où l’on parlait en langues. Comme pour la guérison, il fut convaincu par la Parole. Après quatre jours à rechercher la face de Dieu, la femme du pasteur pria pour lui chez elle et il tomba sous la puissance et parla en langues. Il retourna à l’église et interrompit le pasteur en lui demandant de parler. Le pasteur surpris l’invita. Dès cet instant, sa confusion face au public disparut et il prêcha comme Pierre à la Pentecôte.

Son onction pour recevoir les langues était la même que pour la guérison. La plupart des gens pour qui il priait parlaient en langues. De retour à son église, il raconta son témoignage. Un homme se leva pour dire que lui aussi désirait ce don. En essayant de s’asseoir il manqua le banc, tomba sur le sol et parla en langues. Douze autres personnes firent la même déclaration avec le même résultat, dont son fils aîné. Par la suite son ministère d’évangéliste et de guérison l’amena dans tous les coins du monde avec toujours les mêmes résultats: saluts, guérisons et baptêmes du Saint-Esprit.

Son audace et sa foi étaient exemplaires, même par ceux qui étaient reconnus eux aussi pour leur foi. Dans une réunion il déclara en commençant que la première personne qui se lèverait debout serait guérie par Dieu comme un signe pour les autres chrétiens. Même ceux qui le connaissait furent étonnés et ils espérèrent que ce serait un cas mineur. La personne qui se leva était gravement malade et difforme. Cette personne fut immédiatement guérie au soulagement de tous. Pour Smith Wigglesworth, le doute ne l’avait même pas effleuré.

Il reconnaissait qu’il n’avait pas toute la foi possible et qu’il ne possédait pas la foi pour les finances comme d’autres l’avaient. Cependant il portait de lunettes pour lire et un jour il expliqua en pleurant qu’il était affligé de ce problème car il s’était moqué d’un chrétien qui portait des lunettes en disant qu’il n’avait pas assez de foi. A partir de ce jour, sa vue diminua. Smith mourut paisiblement dans son sommeil alors qu’il se reposait dans un fauteuil avant de prêcher dans une réunion pour l’unité des croyants.

David Wilkerson, prophète des temps modernes

David Wilkerson est l’une des rares voix prophétiques encore en vie aujourd’hui. Ses messages sont puissants, décapants, sans compromission, et c’est pourquoi beaucoup aujourd’hui ne l’aiment pas et l’accusent d’être un “prophète de malheur”. Parmi le corps des prophètes de renommée mondiale, il fut l’un des seuls à avoir reçu de la part du Seigneur un avertissement clair concernant la tragédie des Tours Jumelles de New York, plusieurs mois avant qu’elle ne se produise. L’Eglise devrait prendre au sérieux ses avertissements sur la dépression économique qui vient ainsi que sur les catastrophes mondiales que l’on pressent déjà venir. Leonard Ravenhill déclarait à son propos : “On me pose souvent la question suivante: David Wilkerson est-il un prophète? Eh bien, pas selon la classification de l’Ancien Testament, mais il en est sûrement un dans le cadre du Nouveau Testament. Je soutiens que Dieu l’a établi comme sentinelle sur notre nation (les Etats-Unis). [David] voit l’Eglise de Jésus-Christ blessée, violée et pillée; il sonne la trompette de Dieu pour nous faire voir le péché et l’incrédulité qui ont provoqué cette situation.(…) Un jour, je l’ai vu entrer dans mon bureau en chancelant; ses lèvres tremblaient et les larmes remplissaient ses yeux pendant qu’il me disait: ‘Len, c’est à peine si j’ose mettre sur papier et publier le message que le Seigneur m’a donné’. Il l’a fait quand même, et je dois dire que j’en suis extrêmement heureux.” Avec ses cheveux grisonnants, David Wilkerson est un homme de Dieu désespéremment brisé par la condition de l’Eglise. Le message qu’il nous livre ces dernières années est celui d’un appel à la sainteté et à la prière d’agonie en faveur d’un monde mourant. Ceux qui recherchent réellement le Seigneur reconnaîtront dans ce serviteur la voix de Dieu, du Père pleurant sur un monde en flammes et sur Son Eglise dévastée par la désolation. Aurons-nous des oreilles et un coeur pour entendre les pleurs de Jésus et Lui dire, à notre tour : “Seigneur Jésus, fais de moi un homme, une femme qui pleure” ?

David Wilkerson est le pasteur qui a fondé l’église Times Square Church. Il est l’auteur de plus de trente livres qui sont source d’inspiration. Il est peut-être le mieux connu pour les premiers temps de son ministère consacrés à de jeunes drogués et des membres de gangs de Manhattan, Bronx et Brooklyn, tel que le relate ‘La Croix et le Poignard “. La Croix et le Poignard a été diffusé à plus de quinze millions d’exemplaires en trente-cinq langues depuis 1963 et en 1969 un film de cinéma du même titre est sorti. Teenager Challenge, le ministère que David Wilkerson a initié, continue à atteindre les jeunes désespérément dérangés dans le monde entier à travers plus de deux cents centres qui sont maintenant autonomes et financièrement indépendants. Son programme de restauration des drogués, fondé sur des bases bibliques, a été reconnu comme l’une des actions les plus efficaces parmi celles du même type.

Comment tout cela a commencé

“Toute cette étrange aventure débuta une nuit alors que j’étais assis dans mon bureau lisant le magazine Life. Je tournai simplement une page et à première vue rien ne semblait m’intéresser. La page montrait un dessin au stylo d’un procès ayant lieu à New York, à plus de 500 kilomètres de ma maison en Pennsylvanie rurale. Je n’avais jamais été à New York et je n’avais jamais voulu y aller, sauf peut-être pour voir la Statue de la Liberté. Je commençai à tourner à la page suivante. Mais alors que je le faisais, quelque chose attira mon regard. C’était les yeux d’un visage qui figurait sur le dessin – un garçon. C’ était l’un des sept garçons jugés pour meurtre. Je rapprochai le magazine de mes yeux afin de mieux voir. L’artiste avait dépeint un air de confusion, de haine et de désespoir dans les traits du jeune garçon. Soudainement, je commençai à pleurer. “Qu’est-ce qui m’arrive ?” me demandai-je, chassant précipitamment une larme. Ensuite, je regardai l’image plus attentivement. Les garçons étaient tous des adolescents. C’étaient les membres d’un gang surnommé les Dragons.

Au-dessous de l’image il y avait le récit qui racontait comment ils avaient été à High bridge Park à New York lorsqu’ils attaquèrent et tuèrent brutalement une victime de polio de quinze ans nommée Michel Farmer. L’histoire me révolta. Elle fit littéralement tourner mon estomac. Dans notre petite ville de montagne, de telles choses sembleraient avec bienveillance incroyables. Pourtant, je fus ahuri par la pensée suivante qui surgit dans mon esprit. Elle vint sur moi en coup de vent, comme d’un autre endroit: “Va à New York pour aider ces garçons.” La pensée me fit sursauter. “Je serais un imbécile si je le faisais” raisonnai-je. “Je ne connais rien des gosses comme eux. Et je ne veux rien en savoir.” C’était inutile. L’idée ne partait pas. Je devais aller à New York. Et je devais le faire immédiatement, tandis que le procès était toujours en cours.”

Le 28 février 1958, après ce qu’il croyait être la direction divine de Dieu, le pasteur David Wilkerson s’aventura dans une salle de tribunal de New York. Le pasteur d’une petite assemblée de la Pennsylvanie rurale voulut rencontrer les sept adolescents accusés qui étaient jugés pour le meurtre de Michel Farmer. Mais le juge présidant la séance jeta brusquement le pasteur hors de la cour, lui refusant l’accès aux garçons. Des années plus tard, cependant, le pasteur Wilkerson rencontrerait les jeunes hommes dans la prison. Ce jour-là, il fut refusé à David Wilkerson l’occasion de partager avec ces garçons le message brûlant de l’amour de Dieu et Sa puissance de changer des vies. Mais le pasteur continua à retourner à New York pour partager la Bonne Nouvelle avec d’autres jeunes.

Teen Challenge et Campagnes d’Evangélisation pour la Jeunesse

Dans les mois qui suivirent sa première visite à New York, le pasteur Wilkerson continua à effectuer des voyages dans la ville. Il passa des jours entiers à prier tandis qu’il marchait dans les rues, partageant l’amour de Dieu avec quiconque l’écoutait. Il organisa des rassemblements pour la jeunesse dans des auditoriums et des théâtres, accueillant des membres de gang, des drogués et des alcooliques qui venaient pour entendre un message d’espoir.

En 1959, il démissionna de son pastorat en Pennsylvanie et vint s’installer avec sa famille à New York, où il fonda le ministère de Teen Challenge (connu initialement sous le nom de Teenage Evangelism). Depuis lors, Teen Challenge touche, dans le monde entier par ses 490 centres, des adolescents et des adultes vivant sous l’addiction d’habitudes contrôlant leurs vies. Le programme de réhabilitation des drogués pratiqué par le ministère et fondé sur des bases bibliques, fut reconnu comme l’une des actions les plus efficaces de son espèce.

Une étude effectuée par l’Institut National d’Abus de Drogue du gouvernement américain établit un taux de guérison à Teen Challenge de 86 pour cent. Beaucoup de participants au programme dont d’anciens drogués, des alcooliques, des membres de gang, des prostituées et autres – furent non seulement réhabilités, mais servent aujourd’hui le Seigneur en tant que ministres ou missionnaires. Le succès phénoménal de Teen Challenge produisit une avalanche d’invitations de la part des églises à travers tout le pays, qui cherchèrent à avoir le pasteur Wilkerson comme orateur aux réunions de jeunesse. Les demandes affluèrent de la part de dirigeants civiques, de fonctionnaires dans des établissements scolaires, de célébrités nationales, de ministres de l’Evangile, de présentateurs d’émissions de télévision et de nouveaux médias de toutes sortes. C’est ainsi que commencèrent les Campagnes d’Evangélisation pour la Jeunesse de David Wilkerson en 1967, un ministère d’évangélisation qui a pour objectif d’atteindre directement les membres les plus indigents de la population, leur offrant de l’aide tant pour le corps que pour l’âme. Il sentit aussi le besoin d’atteindre les adolescents qu’il appelait “goodniks” – les enfants de familles aisées qui s’agitent à force de s’ennuyer – pour les empêcher d’être attirés dans une vie d’esclavage exercé par la drogue, l’alcool, la violence ou l’anarchie.

La Croix et le Poignard

L’histoire des premières années du ministère du pasteur Wilkerson à New York est racontée dans “La Croix et le Poignard”. Le livre, qui fut publié en 1963, est devenu un succès et a été distribué à plus de 15 millions d’exemplaires dans plus de 30 langues. En 1969, un film de cinéma du même titre fut produit, mettant en scène Pat Boone dans le rôle de David Wilkerson et Erik Estrada dans le rôle de Nicky Cruz, l’adolescent membre de gang dont la vie avait été radicalement transformée par Christ. Le film relatait de nouveau l’histoire inoubliable des actes de la charité pleine de tendresse et de l’amour éternel de Dieu pour les adolescents de New York, à travers le ministère du pasteur Wilkerson. Aujourd’hui, le livre continue à être un classique à succès et le film est encore regardé par des milliers de gens dans le monde entier. La conversion de Nicky Cruz fut le résultat des prières ardentes de David Wilkerson. Nicky raconte ainsi son expérience de la conversion :

“L’amour est la clé. C’est facile à dire, mais je crois que ces mots auront le même effet sur des cœurs solitaires qu’ils ont eu sur le mien. Oui, j’avais besoin de quelqu’un qui m’aimerait tel que j’étais, un jeune voyou dans les rues de New York. Non, il m’était impossible d’aimer quiconque avant de me sentir aimé moi-même et en sécurité. Si l’on m’avait vraiment aimé et accepté tel quel, il y a bien des chances que je ne me serais pas senti si seul. Belles suppositions que tout ceci pour les milliers de personnes solitaires qui ne voient aucun espoir d’amour dans leurs vies.

Par exemple, les jeunes dans les gangs de New York de douze à dix-huit ans proviennent en général de parents alcooliques, de prostituées, ou de gens très pauvres qui ne voulaient pas d’eux en premier lieu. Ils sont entrés dans le monde sans avoir été désirés. Très jeunes ils se sont sentis réprouvés pour des raisons qu’ils ne pouvaient comprendre, et les cicatrices du rejet dont ils furent victimes s’approfondirent avec chaque année qui passait. Qui peut aimer ces inadaptés? Qui veut les aimer?

Il n’existe dans le monde entier qu’une seule perspective d’espoir pour ces gens. Passons maintenant à un point de vue plus large. Peu ‘importe le degré d’amour ou de rejet que nous connaissions, la condition la plus solitaire que l’humanité connaisse est celle qui consiste à être privé de Dieu. Oui, l’amour est bien la clé. L’amour de Jésus Christ, dont je ne savais rien, était mon seul espoir. Mais, pour que cet espoir devienne réalité, il a fallu qu’il y ait de l’amour dans le cœur d’un être humain, qui est entré dans mon univers obscurci pour traduire ce message en termes que je puisse comprendre.

Le Film: