Guillaume Farel le grand réformateur

Or, en ce même jour, lorsque le soir fut venu, il leur dit : Passons de l’autre côté de l’eau. Et, laissant les troupes, ils l’emmenèrent avec eux, lui étant déjà dans la nacelle; et il y avait aussi d’autres petites nacelles avec lui. Et il se leva un si grand tourbillon de vent, que les vagues se jetaient dans la nacelle, de sorte qu’elle s’emplissait déjà. Or il était à la poupe, dormant sur un oreiller; et ils le réveillèrent et lui dirent : Maître ! ne te soucies-tu point que nous périssions ? Mais lui, étant réveillé, tança le vent, et dit à la mer : Tais-toi, sois tranquille. Et le vent cessa, et il se fit un grand calme. Puis il leur dit : Pourquoi êtes-vous ainsi craintifs ? Comment n’avez-vous point de foi ? Et ils furent saisis d’une grande crainte et ils se disaient l’un à l’autre : mais qui est celui-ci, que le vent même et la mer lui obéissent ? Marc, IV, 37-41

Le catholicisme, c’est l’homme substitué à Dieu.
Le protestantisme, c’est Dieu remis à la place usurpée par l’homme.

Et d’abord, le catholicisme substitue la parole de l’homme à la Parole divine. Ses autorités, ce sont les traditions des Pères de l’Eglise, les décrets des conciles et les décisions papales. C’est sous ce joug humain et faillible que le catholique fait plier sa conscience. Le protestantisme écoute avec respect ce que les chrétiens vénérable de tous les temps ont dit et pensé. Mais il n’attribue une autorité infaillible qu’à l’Ecriture Sainte.

Le catholicisme substitue, en second lieu, l’œuvre de l’homme à l’œuvre de Dieu. Ce qui nous sauve, selon lui, ce sont nos propres mérites acquis par les actes religieux de la confession et de la communion, par les pénitences imposées de la part de l’Eglise, par les Pater noster et les Ave Maria un certain nombre de fois récités, par l’achat des lettre d’indulgence, par la soumission aux ordonnances de l’Eglise, et enfin, si, malgré tout cela, il reste encore quelque chose à faire après cette vie, par les souffrances du purgatoire. Le protestant, au contraire, ne reconnaît de mérite que celui de Jésus-Christ seul, qu’Il a acquis par son obéissance sans tache et sa mort volontaire, et qu’Il fait rejaillir, dans son immense amour, sur quiconque accepte avec foi et humilié son œuvre de Sauveur.

Le catholicisme va plus loin encore. Il ose en plus d’un point substituer la personne de l’homme à celle de Dieu. Il pose le prêtre comme intermédiaire nécessaire entre le Seigneur et le fidèle, tellement que dans la grande affaire du salut, l’âme a beaucoup plutôt à s’adresser cette question : A quoi en suis-je avec mon prêtre, avec l’Eglise ? que celle-ci : A quoi en suis-je avec mon Seigneur, avec le Ciel ? Le saint béatifié, le patron du lieu, la vierge Marie, puis bientôt l’image matérielle, le tableau, la statue, la relique, l’os, le vêtement, sont également substitués au Dieu vivant et seul adorable, dans l’invocation populaire. Le protestantisme a horreur de tout ce qui tend à mettre une créature quelconque entre l’âme et son Sauveur, entre le sarment et son cep, et à reporter sur la créature l’honneur qui n’appartient qu’à Dieu. La subtile distinction catholique entre culte d’adoration et culte d’invocation ne tranquillise nullement la conscience. Son mot d’ordre est franchement et sur tous les points : Gloire à Dieu seul !

Cette chute profonde qu’a faite le catholicisme, ne trouve son pendant que dans celle du paganisme au sein de la première création. Au temps de la Réformation, elle n’échappait qu’aux regards de ceux qui fermaient les yeux pour ne point voir.

Aussi de toutes parts sentait-on le besoin d’une restauration religieuse et morale. Les peuples, les magistrats, les empereurs, trouvant tous dans la religion, telle qu’elle se pratiquait sous leurs yeux, moins de moralité que dans leur propre conscience, criaient d’une commune voix : Réforme ! De grands théologiens et ceux d’entre les évêques qui avaient encore le sentiment de la sainteté de leur charge, ne cessaient aussi de crier : Réforme !

Trois conciles, solennellement assemblés, s’étaient eux-mêmes associés à ce cri, dans le siècle qui précéda la Réformation, et avaient reconnu la nécessité d’une réforme dans l’Eglise, dans les chefs et dans les membres, dans la foi et dans les mœurs ! Le pape lui-même, enfin avait bien été obligé de se mettre à la remorque du sentiment universel et de répéter après tous les autres : Réforme ! Mais à chaque fois des obstacles, suscités par le mauvais vouloir et la perfidie de ceux qui ne se souciaient pas de réforme, précisément parce que c’était eux qui en avaient besoin, entravèrent la réalisation d’un vœu si juste et si général. Nous avons rappelé déjà, comme exemple, la conduite de Martin V, à Constance ! Et au milieu de cette tempête, dans laquelle menaçait de sombrer l’Eglise, Jésus semblait dormir ¨Les vagues de l’ignorance, de la superstition, de la corruption morale envahissaient la nacelle, la couvrirent de leur écume. Quelques nautoniers obscurs, connaissant seuls le vrai Rédempteur, l’appelaient avec angoisse, lui criant : Seigneur ! nous périssons ! sauve-nous ! Il paraissait sourd à ces appels. Dormait-Il réellement ? Non certes ! Dans la gloire où Il est entré, le Gardien d’Israël, le divin Chef de l’Eglise, ne sommeille ni ne s’endort. Il attendait seulement que la détresse fût au comble, afin qu’il fût bien constaté que nul que Lui ne pouvait aider. Et alors Il se leva ! Et quelle ne fut pas la majesté de ce lever !

On a discuté pour savoir si la Réformation prit proprement naissance en Allemagne, en Suisse ou en France. La vérité est que, lorsque Jésus se leva pour sauver son Eglise, ce ne fut, à proprement parler, ni à Erfurt dans la cellule où priait Luther, ni à Einsiedeln dans l’église où prêchait Zwingle, ni à Paris dans la salle académique où enseignait Lefèvre et où l’entendait Farel; ce fut dans tous ces lieux à la fois. Ce que le Seigneur a dit de sa dernière venue : Comme l’éclair brille et se fait voir en même temps depuis un bout du ciel jusqu’à l’autre, il en sera de même à l’avènement du Fils de l’homme, cette parole s’applique déjà en quelque manière au grand jour de la Réformation, prélude de l’avènement final du Seigneur.

En 1512, Lefèvre, professeur à l’Université de Paris, opposait à la justice des œuvres la vraie justice dont parle saint Paul quand il dit : Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi; et il annonçait en termes non couverts le prochain renouvellement de l’Eglise.

En 1516, Zwingle, sans jamais avoir entendu prononcer le nom de Lefèvre, prêchait dans les églises d’Einsiedeln et de Glaris, au cœur de la Suisse, le pur évangile de la grâce de Dieu : “J’ai commencé, dit-il lui-même, à prêcher l’Evangile l’an de grâce 1516.”

En 1517, Luther, au nord de l’Allemagne, aux oreilles de qui n’avaient probablement jamais retenti les noms de Lefèvre et de Zwingle, affichait à la porte de l’église de Wittemberg ces 95 thèses qui parcoururent l’Allemagne et l’Europe avec une rapidité qui semble une anticipation de nos temps, et furent, pour le nouveau paganisme qui menaçait de submerger l’Eglise, le solennel : Tais-toi ! du Seigneur.

Cette simultanéité remarquable du mouvement réformateur sur des points aussi distants, montrerait à elle seule que cette œuvre ne fut pas l’œuvre d’un homme, mais celle de Dieu seul.

C’est ce que confirmera, j’espère, le tableau de cette œuvre elle-même.

La réformation de Neuchâtel a eu lieu en 1530, treize ans après le commencement du mouvement religieux en Allemagne (31 octobre 1517). Cinq ans auparavant, Zurich, le premier d’entre tous les cantons, avait aboli la messe et rétabli l’Evangile (12 avril 1525). Il ne s’était écoulé que deux ans depuis que Berne (février 1528), un an depuis que Bâle avaient accompli la même œuvre.
En vous faisant faire connaissance aujourd’hui avec l’homme qui fut le principal instrument de la réformation de l’Eglise dans notre pays, Farel, en poursuivant dès l’enfance le récit de cette vie si active et si agitée, nous nous trouverons en contact avec l’œuvre de la Réformation dans la plupart des endroits que nous venons de nommer, et nous aurons ainsi l’occasion de jeter un coup d’œil rapide sur cette œuvre hors de chez nous, aux différentes phases de son développement.

Au midi de la France, en Dauphiné, dans une contrée alpestre dont les vallons sont arrosés par les petites rivières qui, de leurs eaux écumeuses, grossissent la Durance, affluent du Rhône, dans le district dont les collines sont dominées par le Mont de l’Aiguille et le Col de Glaize, se trouvait, il y a plus de trois siècles et demi, et se trouve encore, un hameau entouré de gazons fleuris et caché à demi par les arbres qui l’entourent. Il s’appelle encore à cette heure : Les Farelles. (je tiens ce nom de M. Eward, ecclésiastique neuchâtelois, ancien pasteur à St-Laurent-du-Cros, à une lieue de ce hameau). Là se distinguait au-dessus des chaumières du hameau une maison de plus grande apparence, le château d’un noble de campagne, une gentilhommière, comme l’on disait, où vivait une famille qui faisait partie des serviteurs les plus dévoué de la papauté. Ce fut dans cette maison, dont l’emplacement et les ruines sont encore reconnaissables aujourd’hui, que naquit, en 1480, Guillaume Farel, le Réformateur de notre pays.

Il fut élevé dans les pratiques de la dévotion romaine la plus scrupuleuse. A l’âge de sept ou huit ans, son père et sa mère le conduisirent en pèlerinage sur une montagne qui dominait la Durance, et où se trouvait un endroit nommé la Sainte-Croix.

“La croix qui est en ce lieu, disait-on, est du propre bois en lequel Jésus-Christ a été crucifié, et le cuivre de la croix est du bassin dans lequel il lava les pieds de ses Apôtres.” Les crédules parents et l’enfant contemplèrent avec dévotion ces objets sacrés; ils ouvrirent de plus grands yeux encore quand le prêtre, leur faisant remarquer un petit crucifix suspendu à la croix, leur dit : “Voyez ce petit crucifix : Quand les diables font les grêles et les foudres, il se meut tellement qu’il semble se détacher de la croix comme voulant courir contre le diable, et il jette des étincelles de feu contre le mauvais temps. Si cela ne se faisait, il ne resterait rien sur la terre.”

D’un naturel ardent, d’une imagination vive, d’un cœur naïf et plein de droiture, le jeune enfant se jeta de toute son âme dans cette dévotion superstitieuse. Plus tard, quand la lumière de la Parole de Dieu l’eut tiré de ces ténèbres, il ne se rappelait pas sans amertume le temps ainsi employé.

“L’horreur me prend”, écrit-il dans son livre intitulé : du vrai visage de la Croix, “vu les heures, les prières et les services divins que j’ai faits et fait faire à de semblables objets.”

Mais lors même qu’une si malsaine nourriture était offerte à cette avide, une vraie pitié ne s’en développait pas moins chez le jeune Farel. Les grandeurs de la création qui l’entouraient, les cimes couvertes de neiges éternelles qui dominaient son hameau, les rochers qu’il escaladait avec un indomptable courage élevaient son âme au-dessus de ses étroites superstitions vers ce Dieu qui n’habite pas dans des maisons faites de mains et qui n’a pas besoin d’être servi par les hommes, lui qui donne la vie et la respiration à toutes choses, et en qui nous avons la vie, le mouvement et l’être.

Une ardente soif de vie et de lumière se développait ainsi dans ce jeune cœur. Farel, pressé par ces besoins d’une nature plus relevée, demanda à son père la permission d’étudier. Celui-ci aurait préféré pour Guillaume la carrière des armes, qui, dans ce temps, était ordinairement celle des jeunes nobles; mais il ne s’opposa pas au désir de son fils. Farel, après avoir travaillé pendant plusieurs années en Dauphiné et étudié la langue latine sous des maîtres fort ineptes, comme il le dit lui-même, partit pour la capitale, Paris, dont l’université remplissait alors le monde chrétien de son éclat.

C’était l’an 1510, ou peu après. Farel avait 21 à 22 ans. Ni les plaisirs de la capitale, ni même l’entraînement de l’étude, ne le détournèrent un instant de la voie d’ardente dévotion dans laquelle il s’était jeté. Dans ses pieux pèlerinages, Farel se trouvait souvent auprès d’un homme âgé d’une soixantaine d’années, et remarquable par sa dévotion. C’étai ce Lefèbre dont je vous parlais tout à l’heure; il était né en 1455,. à Etaples en Picardie,. dans une condition fort pauvre; mais par son génie et sa science il s’était élevé au premier rang parmi les professeurs de l’université de Paris. Sa dévotion surpassait encore, si possible, sa science. Il demeurait longuement prosterné devant les images, disant dévotement ses heures “tellement,” dit Farel, “que jamais je n’avais vu chanteur de messe qui avec plus grande révérence le chantât.”

Un tel professeur était fait pour un tel disciple. Ils se connurent, s’aimèrent, et rien ne sépara dès lors ces deux cœurs. On les voyait ensemble orner de fleurs une statue de la Vierge et s’en aller tous deux loin du bruit de Paris pour murmurer de ferventes prières dans quelque chapelle.

Néanmoins, l’âme du jeune homme n’était pas en paix. Il avait beau s’abreuver auprès de Lefèvre aux sources de la science, se nourrir journellement avec lui des œuvres de la dévotion la plus fervente. Son âme n’était ni désaltérée ni rassasiée. Lefèvre, de son côté, travaillait à un grand ouvrage. Il voulait écrire la Vie des Saints selon l’ordre où il les trouvait rangés dans le calendrier. Déjà une soixantaine de vies, deux mois entiers de ce calendrier dévot, étaient imprimés. Mais comment faire ce travail sans être conduit à lire la Bible ? Plusieurs des saints du calendrier romain n’appartiennent-ils pas à l’histoire biblique ?

La Bible était déjà alors beaucoup plus répandue que dans les siècles précédents. L’imprimerie était découverte; le psautier avait été imprimé en 1457. C’est le premier livre qui ait été propagé par cet art. Puis on avait imprimé la Bible latine; la première édition date de 1462. Quand l’imprimeur Faust (ou Fust) vint la répandre à Paris, qu’il vendit l’exemplaire à 60 écus seulement, et que l’on remarqua que les exemplaires ne s’épuisaient pas et qu’ils étaient tous semblables les uns aux autres, comme des frères jumeaux, tout Paris s’émut; on crut à la sorcellerie; on prétendit que le titre en couleur rouge était du propre sang du vendeur, et que celui-ci avait fait un accord avec le diable. Faust n’échappa au bûcher qu’en dévoilant son secret devant le parlement de Paris.

A l’époque de la vie de Lefèvre où nous nous trouvons, la Bible était donc assez facilement accessible à tout homme qui savait le latin. Lefèvre étudia ce livre. A cette heure commença pour la France la Réformation.

Toutes les fables dont il s’était nourri jusqu’alors et dont il avait rempli l’esprit de ses jeunes disciples ne lui parurent (ce sont les expressions de Farel) que “comme du soufre propre à allumer le feu de l’idolâtrie.” Revenu des fables du bréviaire, il étudia avec ardeur les épîtres de Saint Paul, sur lesquelles il publia un commentaire dès l’an 1512. “Ce n’est pas l’homme qui se justifie par ses œuvres; c’est Dieu qui le justifie par sa grâce; il ne faut pour cela que la foi de la part de l’homme. La justice qui vient de l’homme est terrestre et passagère, mais celle qui vient de Dieu est céleste et éternelle” Ainsi parlait Lefèvre à ses auditeurs étonnés. Avec la parole divine, l’œuvre divine reprenait sa place dans la conscience de l’Eglise. D’autre part, la parole et l’œuvre humaines s’éclipsaient aussi à la fois. Jamais les salles de l’université n’avaient retenti de pareilles paroles. Ce qui est aujourd’hui pain quotidien pour nos plus jeunes enfants, était alors une découverte inouïe. C’était un trésor longtemps enfoui, qu’une main heureuse venait de retrouver. La rumeur était immense sur les bancs et dans les chaires de l’université de Paris.

Farel écoutait cet enseignement avec étonnement. La parole de Lefèvre, appuyée sur l’Ecriture qu’il lisait maintenant lui-même, le convainquait. Il était forcé de reconnaître avec lui “que sur terre tout était autrement en vie et doctrine qui ne porte la sainte Ecriture, et il en était fort ébahi.”

Mais, d’autre part, les préjugés dont l’avait imbu son éducation, tenaient bon. “Pour vrai, a-t-il écrit plus tard, “la papauté n’était et n’est pas tant papale que mon cœur l’a été. Il a fallu que petit à petit la papauté soit tombée de mon coeur; car par le premier ébranlement elle n’est venue bas.”

Enfin les écailles tombèrent. La Bible vainquit. Jésus, Jésus lui-même, apparut à son âme dans toute sa beauté et comme le seul être adorable. “Alors, dit-il, la papauté fut entièrement renversée; je commençai à la détester comme diabolique, et la Parole eut le premier lieu en mon cœur.”

La parole, l’œuvre et la personne du Seigneur furent glorifiées du même coup dans ce cœur si longtemps retenu au service de la parole, de l ‘œuvre et de la personne humaines. Toute sa vie fut transformée par cette glorieuse illumination : “Tout se présente à moi sous une face nouvelle; l’Ecriture est éclairée; les prophètes sont ouverts; les Apôtres jettent une grande lumière dans mon âme. Une voix jusqu’ici inconnue, la voix de Christ, mon berger, mon maître, mon docteur, ma parle avec puissance. Au lieu du cœur meurtrier d’un loup enragé, je m’en vais tranquille, comme un agneau, ayant le cœur entièrement retiré du pape, et adonné à Jésus-Christ.”

Oh ! Comme il soupire alors sur les erreurs de sa vie passée ! “Que j’ai horreur de moi et de mes fautes quand ‘y pense ! O Seigneur ! si je t’eusse prié et honoré comme j’ai mais tant plus mon cœur à la messe et à servir ce morceau enchanté, lui donnant tout honneur !” Ainsi saint Augustin, arrivé à la connaissance de Jésus, s’écriait autrefois avec larmes : “Je t’ai connue trop tard, je t’ai aimée trop tard, Beauté suprême !”

Trop tard ! Oui, en un sens; car il est toujours trop tard pour aimer et servir Jésus-Christ; mais non dans un autre sens : car Farel, comme saint Augustin, put encore consacrer de longues années au seul Maître digne d’être aimé et servi.

La lumière allumée par Lefèvre se répandait dans Paris. Le clergé, l’université s’émurent. Lefèvre fut accusé d’hérésie pour un écart insignifiant de la tradition reçue. Il avait prétendu que trois femmes bibliques, identifiées par la tradition, Marie, sœur de Lazare, Marie-Madelaine, et la pécheresse qui oignit les pieds de Jésus, n’étaient pas la même personne !

Fatigué des tracasseries de ses collègues de la Sorbonne, il quitta Paris et accepta l’asile que lui offrait un ami puissant, Briçonnet, évêque de Meaux, qui ne visait à rien moins qu’à réformer son diocèse, sans rompre toutefois avec l’Eglise, et qui voulait pour cela profiter des lumières de Lefèvre. Bientôt Lefèvre fut suivi de Farel et de quelques autres de ses disciples qui ne pouvaient plus lutter à Paris contre les persécutions dont l’Evangile commençait à être l’objet. C’était en 1521. Farel avait une trentaine d’années. Sous l’influence de ces hommes réunis autour de Briçonnet, et dont la devis était : “La Parole de Dieu suffit”, un mouvement puissant se déclara dan le diocèse de Meaux. L’Evangile retentissait dans les chaires et dans les assemblées particulières; il était reçu avidement par les artisans, les cardeurs de laine, les peigneurs et les foulons dont cette ville était peuplée. Cet évêché semblait destiné à devenir le foyer d’un incendie qui allait se propager dans la France entière.

Le clergé et l’université de Paris le comprirent. Deux ans n’étaient pas écoulés, que Briçonnet, accusé par les moines et les curés de son propre diocèse, dont il avait travaillé à réprimer les vices, fut cité à comparaître comme hérétique, et ne se sauva qu’en sacrifiant ses amis. Lefèvre fut le seul qui, en raison de la considération générale dont il jouissait, et par la protection du roi François 1er, put rester à Meaux. Quant aux autres, Farel, Roussel, etc., Briçonnet leur retira lui-même la permission de prêcher, et ils furent obligés de chercher du travail ailleurs. C’était en 1523. Cette première faiblesse entraîna bientôt Briçonnet à une seconde, plus grave encore. Le mouvement réformateur continuait à Meaux sans lui, malgré lui. Briçonnet fut accusé à Paris, plus violemment encore que la première fois. Ne trouvant plus à la cour l’appui dont il avait joui précédemment, il vit les flammes du bûcher prêtes à s’allumer pour lui. Son cœur faiblit. Il renia de nouveau sa foi. Dans une formule qui n’a pas été connue, il rétracta comme hérésie la vérité qui lui avait donné la paix. Lefèvre, le dernier de ses amis qui fût encore avec lui, fut aussi obligé de s’enfuir; il se réfugia à Strasbourg, où nous le retrouverons. C’était à la fin de 1525. “Quand même moi, votre évêque,” avait dit Briçonnet à ses ouailles dans son beau temps, et comme dans le pressentiment de sa future apostasie, je changerais de discours et de doctrine, vous, gardez-vous alors de changer comme moi.” – Ce fut le moment pour les chrétiens de Meaux de se rappeler cet avis anticipé. Nous verrons plus tard avec quelle fidélité ils le mirent en pratique.

Chassé de Meaux, Farel, semblable au chasseur qui s’enhardit à attaquer le lion dans son antre, retourna d’abord à Paris et s’y éleva énergiquement contre les erreurs de Rome. Bientôt, se voyant traqué de toutes parts, il s’enfuit et s’en alla porter l’Evangile à sa famille, en Dauphiné. Là, ses trois frères sont les premiers trophées de son zèle. La ville de Gap et ses environs retentissent de l’Evangile. Farel est cité devant les tribunaux, maltraité, chassé de la ville. Le voilà parcourant les campagnes et les hameaux sur les bords de l’Isère et de la Durance, prêchant dans les maisons dispersées, dans les pâturages, n’ayant d’abri que celui qu’il trouve dans les bois et sur le bord des torrents. Mais “Dieu est mon père” dit-il. Le bruit des bûchers qui déjà s’allument à Meaux et à Paris pour les partisans de l’Evangile ne l’effraie pas; il convertit plusieurs hommes distingués qui plus tard rendirent de grands services à la Réforme. Puis, devenu l’objet de la haine et des investigations du pouvoir, et soupirant après une activité plus libre d’entraves, il prend le parti de quitter une patrie qui n’a plus que des échafauds à offrir aux prédicateurs de l’Evangile.

Suivant des routes détournées et se cachant dans les bois, il échappe, quoique avec peine, à la poursuite de ses ennemis, et arrive, au commencement de 1524, dans cette Suisse où il devait dépenser sa vie au service de Christ.

C’est à Bâle q’il paraît d’abord. La Réformation s’y préparait par les travaux d’Oecolompade, docteur aussi attrayant par sa douceur que Farel était entraînant par son impétuosité. Oecolompade reçoit Farel en vieil ami, lui donne chez lui une modeste chambre, une table frugale, et l’introduit auprès des amis du Seigneur et de l’Evangile. C’était le temps où se renouvelait l’application de ces belles paroles : Ils n’étaient qu’un cœur et qu’une âme; toutes choses étaient communes entre eux. Spirituellement aussi tout était commun entre ces hommes de Dieu. Farel fortifiait le doux Oecolampade; celui-ci modérait le zèle souvent trop impétueux de son ami. Ils s’engageaient mutuellement à s’étudier à l’humilité et à la douceur dans leurs conversations particulières. Ils firent même un pacte dans ce noble but. Puis tous deux soutinrent ensemble publiquement des thèses rédigées par Farel, dont la première était un hommage à la Parole de Dieu, comme règle unique et infaillible de la foi et de la vie chrétienne; la dernière, un hommage à la personne de Jésus lui-même : “Jésus-Christ est notre étoile polaire et le seul astre que nous devions suivre.” On disait à Bâle, après avoir entendu cette discussion (ou plutôt cette prédication; car il n’y eut pas de discussion, aucun des adversaires n’ayant osé prendre la parole, malgré les sommations réitérées de Farel) : “Le docteur français est assez fort pour perdre à lui seul toute la Sorbonne.”

A cette époque, la Réformation se répandait déjà avec puissance dans toute l’Allemagne. Le Montbéliard, soumis au duc de Wurtemberg, qui était partisan déclaré de la rénovation religieuse, réclamait un homme pour travailler à cette œuvre. Accablé par des malheurs terribles, le jeune duc s’était réfugié dans ce comté, sa seule de ses possessions qui lui restât.

Oecolampade engage Farel à s’y rendre. Il le consacre à ce ministère nouveau par l’invocation du nom de Dieu, et lui donne au départ ce conseil de père : “Autant tu es enclin à la violence, autant tu dois t’exercer à la douceur et briser, par la modestie de la colombe, le cœur élevé du lion. Les hommes veulent être conduits, non traînés.”

Farel sut pendant quelque temps se conformer à cet avertissement affectueux. Voici le grand moyen d’évangélisation qu’il employa. Le Nouveau Testament avait été traduit à Meaux, en français, par Lefèvre, pendant qu’il était chez Briçonnet, et avait été publié, les évangiles, le 15 octobre 1522, et les autres livres, quelques semaines plus tard; le tout avait paru en un volume en 1524, à Meaux, chez Collin. Farel se mit à répandre le Nouveau Testament dans le Montbéliard, avec d’autres livres religieux, tels que la traduction de l’explication de l’Oraison dominicale par Luther : “4 deniers de Bâle l’exemplaire”, écrivait l’imprimeur Vaugris, de Bâle, à Farel, en lui envoyant les caisses qui renfermaient ces livres si nouveaux pour ce temps, “ou en gros, les 200 exemplaires, à 2 florins.” On le voit, c’était déjà une société biblique et de livres religieux. Les presses de Vaugris, à Bâle, étaient constamment occupées à l’impression de ces livres français. On les faisait parvenir à Farel, qui, du Montbéliard, les introduisait en France avec une incessante activité.

La mission de Farel dans le Montbéliard prospérait donc, pour la France du moins. Mais les moines s’irritaient; le peuple hésitait, quand, par un excès de zèle, Farel lui-même compromit tout. Vers la fin de février, jour de la fête de Saint-Antoine, Farel marchait le long de la petite rivière qui traverse la ville, au pied du rocher élevé sur lequel est bâtie la citadelle, quand sur le pont il rencontre une procession qui chantait; deux prêtres en tête portaient l’image du saint. Son cœur bouillonne. Il ne se possède plus. Le cœur élevé du lion l’emporte en ce moment sur la modestie de la colombe. Il saisit des mains des prêtres la châsse qui renfermait le saint et la jette du pont dans la rivière, en criant au peuple : “Pauvres idolâtres, ne laisserez-vous jamais votre idolâtrie ?” Il allait périr victime de la hardiesse et suivre dans le torrent le saint qu’il avait osé y précipiter, quand le bruit se répand dans la foule qu’un gouffre vient de s’ouvrir dans la rivière et d’engloutir l’image sacrée. Une terreur panique dispersa la procession, et Farel put mettre ses jours en sûreté.

Peu après, en août 1525, Farel dut quitter le Montbéliard, où, malgré la protection du duc, il ne pouvait plus prêcher qu’en secret, tant était grande l’animosité des populations attachées au catholicisme. Mais la semence qu’il y avait répandue ne quitta point avec lui ce pays.

Farel se rendit à Strasbourg, où la Réformation était déjà fondée par les travaux de plusieurs hommes célèbres, Bucer, Capiton et d’autres, et où elle se répandait avec une grande force. Cette ville était libre et n’appartenait pas encore à la France.

A peine y était-il arrivé, qu’il y goûta l’une des plus grandes douceurs qui pût lui être réservée, celle de voir arriver son vieil ami Lefèvre, dont la persécution l’avait séparé depuis trois ans, et qui venait de quitter Meaux après la chute de Briçonnet. Avec quelle joie le jeune missionnaire serra la main de son vieil ami ! Ils demeuraient tous deux, avec d’autres exilés français dans la maison de Capiton, pasteur de l’église de Strasbourg. Car à cette époque les maisons de Capiton, d’Oecolampade, de Zwingli, de Luther, étaient comme des hôtelleries, ouvertes à tous les défenseurs de la vérité. Ils communiaient avec tous les frères à la Cène du Seigneur administrée conformément à l’institution de Jésus-Christ. Ils recevaient les marques les plus touchantes de respect et d’amour au sein de cette église nouvellement formée. Toute la ville, jusqu’aux enfants, saluaient avec vénération le vieux docteur français, le vétéran de la Réforme, lorsque, appuyé sur le bras de son jeune ami, il se rendait aux enseignements des illustres docteurs strasbourgeois. Farel rappelait alors à son maître que celui-ci lui avait dit autrefois à Paris : “Guillaume, Dieu renouvellera le monde et tu le verras.” Et le pieux vieillard, les yeux mouillés de larmes de joie, répondit : “Oui, Dieu renouvelle le monde ! O mon fils, continue à prêcher avec courage le saint Evangile de Jésus-Christ.”

Cependant Farel ne pouvait rester oisif. On prétend que pendant son séjour à Strasbourg, il jeta dans cette ville les fondements de l’Eglise française réformée qui y subsiste encore à cette heure.

Mais ce travail sans difficulté, sans danger, n’était pas ce qui convenait à un ouvrier de la trempe de Farel. Son œil d’aigle cherchait quelque proie plus difficile à ravir.

La France lui était fermée. L’Allemagne n’avait pas besoin de lui. La Réformation dirigée par Luther, Mélanchton et tant d’autres, y faisait glorieusement son chemin. D’ailleurs la connaissance de la langue lui manquait. La Suisse devait se présenter d’elle-même à sa pensée. Zurich venait d’abolir la messe. Berne était sur le point de suivre cet exemple. Bâle se débattait encore entre ses bourgeois qui demandaient à grands cris la Réforme, et le clergé, appuyé par l’université, qui résistait à tout. Mais la différence de la langue était pour Farel un obstacle à une mission dans ces contrées. Lucerne et les petit cantons s’étaient déjà déclarés ennemis irréconciliables de la Réforme. Une tentative sur ce point était donc plus impossible encore. Restait la Suisse française ou romande, comprenant les pays de Neuchâtel, Vaud et Genève, et de plus, le Jura bernois, une partie de Fribourg et le Bas Valais. Dans cette partie de la Suisse on parle la même langue qu’en France. Cette contrée, en effet, ne fut pas envahie autrefois, comme la Suisse orientale, par le peuple grossier et cruel des Allemands; elle tomba sous le joug des tribus plus douces et civilisées des Bourguignons qui, loin d’imposer leur langue germaine aux peuples conquis, adoptèrent plutôt celle des vaincus. Au temps de la Réformation, la Suisse française était l’une des plus solides forteresses du papisme en Europe.

Quatre évêques, celui de Bâle, celui de Lausanne, au diocèse duquel appartenait notre pays, celui de Genève et celui de Sion, maintenaient à main-forte cette petite contrée sous le joug papal. Au Val-de-Tavannes, à Neuchâtel, à Lausanne, à Genève, des chapitres de chanoines, formés des hommes les plus instruits et occupant, chez nous du moins, de hautes places dans l’Etat, appuyaient l’évêque. Le bon Guillaume remplissait le cœur du peuple neuchâtelois de ses miracles passés et présents et était plus Dieu à Neuchâtel que Dieu lui-même.

Tel était chez nous l’état des choses, quand un autre Guillaume, inconnu jusqu’alors à Neuchâtel, vint faire oublier l’ancien et renverser dans notre pays l’édifice papal. Guillaume Farel quitta Strasbourg en 1526. Il était à pied, accompagné d’un seul ami dont le nom nous est inconnu. Le premier soir de leur voyage, ils s’égarent. Des torrents d’eau tombent du ciel. La nuit survient. Désespérant de trouver leur chemin, ils s’assirent au milieu de la route.

“Ah ! dit Farel dans une lettre à ses amis de Strasbourg, Dieu en me montrant ainsi mon impuissance dans les petites choses, a voulu m’apprendre mon incapacité dans les plus grandes sans Jésus-Christ.” – Mais bientôt, fortifiés par la prière, les deux amis se relèvent, s’engagent dans un marais, nagent à travers les eaux, traversent des vignes, des champs, des forêts, et n’arrivent à leur but que mouillés jusqu’aux os et couverts de boue. Cette nuit, qu’il n’oublia jamais, servit à briser sa force propre, mais en même temps à lui communiquer une nouvelle vertu d’en haut.

Ce fut, à ce q’il paraît, à cette époque qu’il fit sa première apparition à Neuchâtel. Habillé en prêtre, il essaya d’y prêcher. Mais reconnu au moment où il allait monter en chaire, il fut expulsé de la ville. Ainsi raconte Ruchat.

Farel se rend à Berne pour s’entendre avec le pasteur Haller, qui était dans cette ville le principal promoteur de la Réformation. Celui-ci lui conseille d’aller s’établir à Aigle; ce bailliage, ainsi que tout le canton de Vaud, était alors soumis aux Bernois. L’usage de la langue française et la domination de Berne semblaient en effet désigner cette contrée, plutôt que tout autre dans la Suisse romande, à l’activité de Farel. C’était comme le côté faible de la forteresse. Ce fut par là que Farel commença l’attaque. Sous le nom de Maître Ursin, (nom qui rappelait sans doute à mot couvert le patronage de messeigneurs de Berne) et sous l’apparence d’un maître d’école, il s’établit à Aigle dans l’hiver de 1526-27. Le jour il enseigne à lire aux enfants pauvres; le soir, quittant ses abécédaires, il se plonge dans les Ecritures grecques et hébraïques, et médite les écrits de Luther et de Zwingli. Mais bientôt ce ne sont plus seulement les enfants, ce sont les pères de famille qui se réunissent pour entendre les leçons du maître Ursin.

Il leur explique l’Ecriture; à cette lumière c’en est bientôt fait dans ces cœurs du purgatoire et de l’invocation des saints. Un troupeau évangélique se forme autour du maître d’école. Le Conseil de Berne, apprenant ces succès, lui fait parvenir en mars 1527 des lettres-patentes par lesquelles il le nomme pasteur à Aigle, chargé d’expliquer les Ecritures au peuple de la contrée.

Et voici qu’un jour le maître d’école, quittant sa classe : “Je suis Guillaume Farel,” dit-il. Puis il monte en chaire et prêche ouvertement Jésus-Christ au peuple stupéfait. Au premier moment, les prêtres et les magistrats du lieu restent interdits. Puis ils se ravisent, et, entraînant dans leur parti le bailli, Jacques de Rovéréa, ils défendent à Farel de continuer ses prédications. Les Conseils de Berne apprenant cette résistance, font afficher aux portes de toutes les églises du bailliage une ordonnance en faveur de Farel. C’est le signal d’une révolte. “A bas Farel ! A bas messieurs de Berne !” s’écrie-t-on dans toute la contrée. Un moment Farel et ses adhérents sont en péril. Enfin le Réformateur doit quitter la place et abandonner pour un temps cette contrée, non sans avoir reconnu que l’appui du pouvoir civil, en affaire religieuse, est souvent, pour celui qui s’y confie, une faiblesse plutôt qu’une force.

Peut-être était-ce sous le poids de cette expérience douloureuse que, le 10 mai 1527, Farel écrivait dans une lettre encore aujourd’hui conservée au milieu de nous : “Une charité fervente, voilà le “bélier puissant avec lequel nous pouvons abattre les orgueilleuses murailles de la papauté.”

Après une tentative infructueuse à Lausanne, Farel ne tarda pas à revenir à Aigle. Une lutte publique qu’il soutint là avec un moine mendiant qui l’avait injurié. Lutte qui est racontée en détail dans les chroniques du temps et qui tourna à la honte du défenseur de la papauté, fit faire un grand pas à la cause de la Réforme.

Enfin, selon l’usage du temps, on procéda à une votation générale dans tout le bailliage sur la question religieuse. Des quatre districts, trois, ceux d’Aigle, de Bex et d’Ollon, se déclarèrent pour l’abolition de la messe. Aux Ormonts, la majorité fut pour le maintien du catholicisme.

Malgré la votation qui assignait le district d’Ollon à la Réforme, Farel courut un grand danger dans les montagnes de cette contrée. Les paysans ne voulaient pas permettre qu’il vint consommer chez eux l’œuvre commencée. D’un autre côté, ils craignaient de s’attirer l’animadversion des Bernois, s’ils maltraitaient le Réformateur. Ils lâchèrent donc sur lui leurs femmes armées de battoirs de blanchisseuses. Farel n’échappa qu’avec peine à leur furie et à leurs coups. Son compagnon, Claude de Gloutinis, ayant essayé de prêcher dans le temple des Ormonts, on sonna tout à coup les cloches à pleine volée. C’était là un genre d’éloquence contre lequel les réformateurs se trouvaient sans armes. La réformation totale de la contrée ne fut accomplie qu’un peu plus tard.

Farel n’attendit pas ce résultat pour tenter l’assaut sur un nouveau point. L’étendard de l’Evangile flottait à Aigle. Il vint le planter à Morat. Les districts d’Orbe, Grandson et Morat étaient alors propriété commune de Berne et de Fribourg.

Lorsque le bailli était Fribourgeois, Berne envoyait les ordres; lorsque le bailli était Bernois, les ordres partaient de Fribourg. Sous la protection bernois Farel prêche à Morat, et les partisans de la Réforme ne tardent pas à y paraître assez nombreux pour que l’on puise procéder à une votation. C’était trop tôt. La majorité fut pour le maintien de la messe. Farel abandonna pour un temps ce champ de travail et retourna à Lausanne. Nouvel essai de prédication, mais aussi infructueux que les précédents. Les bons Lausannois aiment le plaisir. Sans doute ils s’indignent des orgies de leurs prêtres; mais quand ils rencontrent la figure austère du Réformateur, ils s’effrayent bien davantage; et, tout compté ils préfèrent encore la face réjouie de leurs chanoines.

De Lausanne, Farel se rendit à Berne pour y assister à la discussion solennelle qui décida de l’introduction de la Réformation dan ce canton. Elle dura du 7 au 25 janvier 1528. 350 ecclésiastiques suisses et étrangers y assistaient; une foule de laïques de tous rangs y étaient accourus : 4 présidents maintenaient l’ordre dans la discussion; 4 secrétaires tenaient le protocole. Toutes les questions en litige entre le papisme et la Réforme furent discutées à fond et avec une entière liberté pendant ces dix-huit jours. La science biblique et l’éloquence puissante de Zwingli, venu de Zürich, de Haller de Berne, et des autres théologiens protestants, au nombre desquels se trouvait Farel, firent pencher la balance du côté de la Réforme. L’Evangile l’emporta dans le canton de Berne sur les traditions humaines.

Après ce grand et solennel triomphe de la cause évangélique, Farel revint à Morat. Cette fois la vérité y fit de rapides progrès. De Payerne, d’Avenches et des contrées circonvoisines on accourait pour l’entendre. Aux jours de fête on disait gaiement dans les campagnes : “Allons à Morat entendre les prêcheurs.” Chemin faisant, la bande folâtre s’exhortait à ne pas se laisser prendre au moins dans les filets de l’hérésie. Le soir, en retournant dans ses demeures, elle ne plaisantait plus : on revenait sérieux. Une grande question, celle du salut, préoccupait les esprits. On discutait avec vivacité sur ce que l’on avait entendu, et parmi ces troupes, le matin si rieuses, se comptaient maintenant en grand nombre les candidats de la foi. Farel vit que le feu était allumé et qu’il pétillait déjà dans les gerbes. Cela lui suffit pour le moment. Il partit. Une nouvelle conquête occupait déjà les pensées de cet homme infatigable.

Par delà la sommité du Vully, son œil avait contemplé les cimes bleuâtres de notre Jura, et son cœur brûlait de tenter cette nouvelle conquête. Encore une fois il court à Aigle pour y travailler à la consommation de la Réformation. Il revient à Morat, s’en va prêcher à Bienne et dans les environs; visite pour la première fois la Neuveville, alors dépendante de l’évêque de Bâle, prince de Porrentruy. Celui-ci porte plainte à Berne contre Farel, qui ose venir prêcher dans son diocèse. Farel est obligé de quitter la Neuveville, et c’est en décembre 1529 qu’il met enfin le pied sur le sol neuchâtelois. Il n’ignore pas quelle lutte l’attend sur ce nouveau champ de bataille. mais que lui importe ? “Dieu est mon Père !” Dès longtemps voilà sa devise.

On a appelé Farel “le premier et le plus grand missionnaire de la réformation française”. L’esquisse rapide que nous venons de tracer des travaux de cet homme de Dieu jusqu’au jour de son arrivée au milieu de nous, ne suffit-elle pas déjà pour justifier ce titre ? Sans doute, à voir ses allures impétueuses, on serait parfois tenté de se demander s’il ne confond pas la fougue avec le zèle, et de craindre que l’impatience de la chair ne domine chez lui l’impulsion de l’Esprit.

Un pareil soupçon sur le caractère de Farel et de son activité n’est possible qu’à la condition d’ignorer le zèle catholique de son enfance et de sa jeunesse, et les luttes violentes à travers lesquelles il était parvenu à la possession de la vérité évangélique, et l’illumination bienheureuse qui avait décidé de sa conversion, et le changement radial qui s’était opéré chez lui à cette époque de sa vie. Lorsqu’on a, comme nous venons de le faire, suivi Farel du hameau des Farelles à l’université de Paris, et de ses études à Paris à son arrivée à Neuchâtel, on sent bien que le feu qui l’anime est tout autre chose qu’un esprit d’opposition charnelle. L’on comprend que le mobile de cette puissante et incessante activité est celui-là même q’exprimaient les apôtres quand ils se justifiaient devant le sanhédrin en disant : Nous ne pouvons pas ne pas témoigner des choses que nous avons entendues et vues. On a dit de Farel “qu’un mot impie l’émouvait plus qu’un coup d’épée.” Le coup d’épée ne s’adressait qu’a sa personne; le mot impie attentait à l’honneur de Dieu. Il s’inquiétait à peine du premier; mais il foudroyait le second. Entendre le nom de Jésus blasphémé, ou voir seulement sa glorieuse figure éclipsée par les images de Marie et des saints, lui faisait le même effet qu’à un fils respectueux l’ouïe d’une insulte à la personne de son père et de sa mère. Gloire à Dieu, à Dieu seul ! Ce fut bien là l’âme de sa dévorante activité.

A ce premier sentiment s’en joignait un second : Farel, tout en étant avant tout l’homme de Dieu, était aussi l’homme du pauvre peuple. C’est un trait qui lui est commun avec le grand Réformateur de l’Allemagne, Luther. Voir le peuple retenu dans la superstition et dégradé par la religion qui devait l’éclairer et l’ennoblir, était pour lui un spectacle non moins intolérable que celui du nom de Dieu déshonoré.

Sans doute il a pu arriver que, comme à Montbéliard par exemple, la fougue de la chair ait fait irruption parfois dans son activité d’évangéliste. Farel n’était pas plus saint que l’Apôtre qui s’attira de la part de Jésus cette réprimande : Pierre, remets ton épée dans le fourreau. Le Maître seul a été sans tache. En lui seul une douceur accomplie se trouve unie à la plus indomptable fermeté et au zèle le plus ardent. Mais heureux le serviteur de Christ dont on peut dire qu’au milieu de tous ses défauts, la devise de sa vie fut néanmoins : Le zèle de ta maison m’a dévoré. Tel fut Farel ! Dieu veuille faire reposer toujours le manteau de cet Elie sur les épaules de quelqu’un de ses successeurs au milieu de nous !

La prudence de Lefèvre ne fera jamais défaut à l’Eglise neuchâteloise; mais le zèle de Farel…

Référence: Histoire de la Réformation dans le Pays de Neuchâtel, Frédéric Godet, 1859

Les débuts du mouvement de Pentecôte en France

Rapporté par André Nicolle et publié dans le journal Viens et Vois, voici le récit de Douglas Scott concernant les début du mouvement de Pentecôte en France.

Plusieurs frères m’ayant demandé de donner le récit du commencement du Réveil de Pentecôte depuis la Normandie jusqu’au Midi de la France et en Algérie, après beaucoup d’hésitations et de prières, j’arrive enfin à prendre ma plume pour le faire. Nous rendons grâces à Dieu pour tout ce qui a été fait parce que c’est l’Esprit-Saint qui a tout accompli.
Notre appel

Notre appel fut vraiment un appel surnaturel. Nous avions devant nous deux portes qui semblaient être ouvertes : la France et l’Afrique. L’appel pour la France est venu parce que M. BURTON, missionnaire-pionnier du Congo, me dit d’aller au Havre en 1927, pour me perfectionner dans la langue française. C’est là que je rencontrai l’œuvre évangélique en France pour la première fois.

Mademoiselle BIOLLEY, chrétienne ardente et convaincue, m’avait proposé de venir passer quelques temps au Havre avant de partir plus tard pour l’Afrique. Nous priâmes donc en demandant au Seigneur de nous montrer clairement notre chemin et acquîmes la conviction que c’était vers la France que Dieu nous dirigeait. Mais Dieu, dans sa bonté, confirma son appel par un message en langue, interprété par M. HOWARD CARTER qui était, en ce temps, le Principal de l’Ecole Biblique des Assemblées de Dieu à Londres. L’Esprit-Saint nous disait : « Passer par la porte qui est devant vous et, plus tard, je vous ouvrirai la seconde porte ». Nous remercions le Seigneur pour cette confirmation scripturaire et biblique.

Mais voilà qu’un Professeur de l’Université de Cambridge se leva de la salle pour donner une deuxième confirmation : « je viens d’entendre un jeune homme (c’était moi) qui a parlé en arabe littéraire, j’ai contrôlé l’interprétation, qui ne fut pas une traduction mot à mot, mais une interprétation de la pensée qui était exprimée dans le parler en langue ». Forts de cette confirmation de la part du Seigneur, nous débarquions au Havre le 1er janvier 1930.

Dieu avait déjà préparé le terrain par la prière ardente de chrétiens qui avaient demandé un réveil spirituel pour la Normandie et la Bretagne depuis bien des années. A la toute première réunion, Dieu guérit un gazé de guerre. Au fond de la salle, se trouvait un cheminot qui, ayant vu le miracle, alla en parler au dépôt de chemin de fer. Un deuxième miracle, également instantané, fut signalé, celui d’une femme percluse qui reçut immédiatement la délivrance de l’usage de tous ses membres. Elle put rentrer à pieds chez elle.

Nous n’avons jamais fait de propagande par prospectus dans la ville du Havre, car la manifestation de la puissance de Dieu pour guérir les malades était tellement grande que les guérisseurs perdaient tous leurs clients. Nous ne connaissions que très peu la langue française, mais l’Esprit-Saint faisait son œuvre et bientôt nous eûmes la joie de voir des conversions sincères, des personnes se préparer au baptême d’eau, et aussitôt après, recevoir le don du Saint Esprit.

Il y eut des guérisons remarquables, telle que la délivrance d’une jeune fille possédée d’un esprit de surdité, mutisme, folie et épilepsie. Une autre, qui avait jusqu’à 28 crises par jour, fut également libérée de ce démon par le Seigneur.

Que dirons-nous des sourds, des paralytiques, et bien d’autres infirmes qui trouvèrent auprès du Seigneur la délivrance totale ? Des cancers, des tumeurs et des excroissances de chair de toutes espèces ont été détruites devant nos yeux. Une dame mourant d’un cancer en 1930 était toujours en vie en 1960 lors de notre dernière visite au Havre. Que Dieu en soit béni !

C’est pendant ce réveil que notre frère M. GALLICE, reçut un puissant baptême du Saint-Esprit avec des dons spirituels nécessaires pour son futur ministère et ce fut entre ses mains que nous confiâmes cette nouvelle œuvre lors de notre départ vers la fin de l’année.

En mission en Picardie

Après avoir remis l’œuvre du Havre entre les mains de notre frère M.GALLICE, Dieu nous dirigea vers la Picardie où nous eûmes une première mission dans l’Assemblée baptiste de Chauny où Dieu bénit richement malgré l’opposition très forte de jeunes gens envoyés pour déranger les réunions. Seule une chute de neige à la fin de la dernière réunion nous évita une vraie bagarre.

De là, certainement dirigés par l’Esprit-Saint, nous allâmes vers la ville de Fère ou notre frère Pierre NICOLLE était pasteur. Les débuts furent durs car on avait prévenu notre frère contre la Pentecôte (comme il l’a dit dans son livre) et ce fut une grâce que le Seigneur accorda à notre sœur, Mme NICOLLE, le baptême du Saint Esprit. Cela nous donna le courage de continuer la mission.

Quand nous avons vu sur le bureau de notre frère, M. NICOLLE, sa Bible toujours ouverte aux chapitres 12,13 et 14 de la première épître de Paul aux Corinthiens, le sachant vraiment attaché à la Parole, nous avons remercié le Seigneur pour une victoire que nous sentions venir. C’est dans cette petite mission que Dieu a mis sa main sur toute la famille NICOLLE, André et Marc reçurent, de la part du Seigneur, le baptême du Saint-Esprit et, en même temps, les dons des langues, d’interprétation et de prophétie. Dans la même mission, Dieu toucha la famille GUILLAUME qui, plus tard, nous ouvrit la porte pour la ville de Liévin, première assemblée dans le bassin minier du Nord.

Quelques temps plus tard, nous fûmes invités à faire une courte mission à Saint-Quentin. Gloire à Dieu dans cette période, le frère Pierre NICOLLE fut baptisé du Saint-Esprit. Ce fut à ce moment-là que Dieu choisit l’homme qui devait être le pilier de son œuvre en Normandie. Sa connaissance de la Parole de Dieu, son esprit organisateur et sa pensée toujours claire et lucide ont permis l’affermissement de la petite œuvre de Rouen qui est devenue, sous sa direction, le centre du réveil pour la Normandie.
En Normandie

Lorsque, plus tard, je fis part aux amis du Havre de mon désir d’aller évangéliser la ville de Rouen, ils me firent comprendre toutes les difficultés que nous allions rencontrer dans cette ville aux « cent clochers ».

Nous avions distribué 2000 prospectus dans les rues de la ville et seulement quelques personnes vinrent aux premières réunions. Mais le Seigneur, en guérissant les malades, en délivrant les possédés, nous permit de voir la petite salle, rue Saint-Nicolas, se remplir. Nous avions au moins 5 évangélistes pour nous aider. Nous portâmes nos efforts dans le centre, à Dernétal et à Sotteville, avec André NICOLLE, Arthur MARET, Ove FALG, Mme SCOTT et moi-même. C’est grâce à la foi et à la bonté d’un foyer chrétien qui nous avons pu tenir avec nos ressources excessivement limitées. Elle nous a nourris pour une somme très modique et Dieu a richement béni matériellement notre sœur et son mari après ce grand acte de foi.

Nous avions des appels pressants de Suisse, de Privas et de Nîmes, et c’est vraiment dans le plan de Dieu que nous avons fait appel à notre frère, Monsieur Pierre NICOLLE, pour prendre en main ce petit commencement de réveil. Mais Dieu n’a-t-il pas dit : « Ne méprisez pas les petits commencements », et c’est grâce aux réussites de nos missions à Privas et dans le Midi de la France que nous avons pu aider matériellement cette œuvre – aide qui nous a été remboursée complètement quelques temps plus tard. D’autres plumes plus capables que la mienne ont déjà parlé de ce beau réveil des années 1932, 1933 et 1934 dans la région rouennaise.

Dieu nous permit d’y retourner et, grâce au pasteur anglican de la ville qui, après un entretien assez amical, accepta de mettre à notre disposition l’église anglicane pour une mission, nous pûmes vraiment prendre pied dans la ville, car on ne nous considérait plus comme des aventuriers, mais comme un Mouvement Religieux avec des appuis solides.

Dans le Nord de la France

Entre temps, nous avions eu une mission dans la ville de Liévin. Durant cette mission, il y eut des signes, des prodiges et des miracles. C’est de là que notre frère Arthur MARET partit pour Calais poser les jalons de l’assemblée de Dieu dans cette ville et, un peu plus tard, dans la ville de Lille où il resta assez longtemps.

De ses combats, de ses difficultés, de ses victoires, nous ne pouvons pas vous parler avec une grande connaissance, mais, certes, l’appui moral du pasteur Nick de Lille, bien connu pour sa haute spiritualité et sa générosité, a été pour nous une grande aide pour l’établissement de notre œuvre.

Avant ce temps, nous eûmes une petite mission dans la ville de Roubaix qui nous permit de prendre contact avec la Belgique qui reçut le message de la Pentecôte. Huit frères et sœurs chrétiens, appartenant à l’Eglise missionnaire belge, vinrent à Roubaix. Tous furent guéris et, lorsque plus tard, le pasteur de Jemmappes nous invita pour une réunion d’évangélisation, Dieu bénit si richement le réveil de Pâturages, que le Borinage tout entier fut préparé et plus tard réalisé par une puissance exceptionnelle et une manifestation de l’Esprit Saint.
Dans les églises réformées

Le Frère DELATTRE, de Privas, nous invita pour une mission de longue durée (3 semaines). Tout le monde lui disait : « Après quatre jours, il n’y aura plus personne ». Ces gens ne connaissaient pas le mouvement du Saint-Esprit. Après deux semaines de réunions, la foule au dehors était plus nombreuse que l’assistance dans la petite chapelle. Avec le consentement du Consistoire, le grand temple fut ouvert et c’est là, avec le temple plein à craquer, que la mission se termina.

Dans cette mission, plusieurs pasteurs de l’Eglise Réformée furent baptisés du Saint-Esprit, avec le sceau du parler en langues. Et ce fut dans ce presbytère du temple du village de Saint-Albon, d’Ardèche, que nous avons pu mettre au point et mettre en vente le premier numéro de « Viens et Vois ». Des pasteurs réformés firent les corrections de notre texte et c’est Mme SCOTT qui tapa à la machine le premier numéro – travail bien long mais combien utile.

M. DELATTRE nous donna le nom de son imprimeur auquel il nous présenta et c’est ainsi que notre journal a vu le jour. Nous fûmes bien heureux de trouver un rédacteur et un administrateur en la personne d’un frère de France.

Lorsque nous descendîmes vers la capitale protestante de Nîmes, il y eut une forte opposition, bien que nous fûmes introduits par le pasteur Bernard DE PERROT avec l’appui d’un chrétien bien connu dans la ville, M. Louis FOUCHAUD.

Le journal « Le Matin vient » fit paraître un article à notre attention appelé « casse-cou », où nous étions présentés comme une « vague infernale », mais les Nîmois vinrent voir. Nous étions si nombreux que le 1er mai 1932, le grand temple était pris d’assaut par les gens venus de près e de loin pour voir ce que Dieu faisait. Pendant cette mission, nous eûmes le privilège de nous entretenir avec le corps pastoral du Midi, ce qui nous aida beaucoup dans nos contacts avec l’Eglise protestante durant tout notre ministère.

En Suisse

Peut-être faut-il parler en même temps de la mission La Chaux-de-Fonds, en Suisse, qui commença dans le théâtre et qui se termina dans le plus grand temple de la ville, archi-comble. C’est dans cette mission que nous avons pris contact avec le frère M. THOMAS-BRES et sa compagne, et ce fut certainement dans le plan de Dieu, car plus tard, il vint en France du ministère que Dieu lui accorda, celui de docteur.

Lorsque je vis un pasteur, au fond de la salle Croix-Bleue, contrôler dans sa Bible tous les textes que je citais pour le baptême du Saint-Esprit, je compris que Dieu avait son homme et, plus tard, lorsque le frère M.THOMAS-BRES – car c’était lui – fut visité par le Seigneur, ainsi que sa compagne, par un puissant baptême de l’Esprit-Saint, nous bénissions le Seigneur à l’avance pour la colonne que Dieu allait ajouter à son Eglise en France.

Dans le Midi

Les frères nous ont demandé de donner quelques détails du commencement du Réveil dans le Midi de la France, qui a débuté dans la ville de Marseille. Nous n’avions aucun soutien financier. Nous distribuâmes 100 000 prospectus et 25 personnes vinrent à la première réunion. Il fallut beaucoup de courage pour tenir. Mais, bientôt, Dieu nous donna une salle en plein centre de la ville et il y eut des guérisons miraculeuses. Parmi tant d’autres, Mme BASSOT, guérie d’un cancer, Mlle GIBERTI (plus tard Mme ALLIONE), guérie de cavernes dans les deux poumons, de plusieurs paralytiques, des sourds, voire même des aveugles ont été délivrés.

Lorsqu’une sœur, habitant la ville, bien connue dans les milieux religieux, nous dit : « Mon pauvre Monsieur, qu’est ce que vous allez faire avec ces trente personnes dans vos réunions ? », par la foi, je lui répondis : « Dans quelques temps, il y en aura trois cents ». Ce fut une parole prophétique.

Le jour de la Pentecôte, en 1930, dans une journée de prière et de jeûne, au Havre, Dieu nous avait dit : « Dans toutes les villes de ce pays où vous annoncerez le plein Evangile, je confirmerai ma Parole non seulement avec des guérisons mais aussi avec des miracles ». C’est comme cela que je puis affirmer ce qui devint une réalité peu de temps après. C’est cette même sœur qui s’est portée garant lorsque nous sommes allés demander la location de la salle, rue Louis-Astruc. On n’aurait jamais donné une salle si importante et bien placée à un pauvre évangéliste anglais itinérant. Le jour de Pâques 1935, Dieu nous donna de voir 45 frères et sœurs prendre le baptême dans cette salle, et à travers les années, ces colonnes que Dieu nous a données ont été les colonnes dans cette Assemblée de Marseille qui a été si souvent secouée par de rudes tempêtes.

La plupart de ces 45 ont reçu tout de suite le baptême du Saint-Esprit et, comme dans le ville d’Ephèse, ont été de solides fondements dans l’œuvre.

A un certain moment, nous étions 6 à travailler dans l’œuvre de Marseille qui est devenue, pour le Midi, le centre du réveil de la Pentecôte. De là, nous avons pu évangéliser et ouvrir, de Marseille, avec l’aide de plusieurs évangélistes, les villes de Nîmes, Alès, Cavaillon, Salon-de-Provence, Aix-en-Provence, Avignon et Toulon, nous appuyant toujours sur le Seigneur qui confirmait sa Parole selon la promesse énoncée dans le chapitre 16 de l’Evangile de Marc : « En mon Nom, ils chasseront les démons, ils imposeront les mains aux malades et les malades seront guéris ».

Nous voyons, dans les Actes des Apôtres, comment l’Evangile intégral a été annoncé dans presque toutes les grandes villes de l’Asie Mineure, la Grèce et finalement Rome, et aussi comment le Saint-Esprit a donné à l’apôtre Paul, non seulement les dons spirituels pour son œuvre de pionnier et missionnaire, mais aussi comment Il l’a conduit dans l’établissement des Assemblées, surtout dans les grandes villes et le long des grandes lignes de communication : Antioche, Ephèse, Corinthe, Salonique, etc. Le Saint-Esprit nous a conduits dans cette méthode de travail.

En 1931, par la grâce de Dieu, nous avions déjà établi une œuvre dans la ville de Lyon que nous avons commencée dans un cinéma appelé « Eden », derrière la gare, dans le cours Suchet. Un journaliste, dans un tout petit article, ironisa sur nos efforts de planter un nouvel Eden dans les cœurs dans un pareil endroit. Mais, après un certain temps, une petite assemblée, que nous pûmes laisser entre les mains du frère Oscar GUILLAUME, était formée. Pendant que nous étions à Marseille, nous avons pu parler à deux pasteurs différents de la ville de Nice, tous les deux ayant en charge d’une Eglise réformée dans cette ville. Le pasteur PERRET-MAGNUS nous a affirmé que ce serait impossible de faire une œuvre dans cette ville presque entièrement consacrée aux plaisirs. Mais le pasteur DELATTRE avait prié depuis longtemps pour que soit établie une œuvre évangélique et il nous a accompagnés dans les quelques-unes de nos premières réunions. Lorsqu’il a vu la foule venir, les uns guéris, les autres délivrés et beaucoup convertis, dans sa prière, il dit au Seigneur : « Tu peux maintenant laisser ton serviteur partir en paix, car mes yeux ont vu Ton Salut ». J’attribue le succès presque immédiat à l’œuvre de Pentecôte dans cette ville aux prières de ce fidèle serviteur de Dieu.

En même temps, nous avons pu ouvrir les villes de Fréjus, Grasse, Antibes et Menton. Malgré les difficultés survenues par la déclaration de la 2ème guerre mondiale, ces œuvres ont tenu par le ministère des frères.

Puisqu’on nous demande seulement de donner le compte rendu du commencement de l’œuvre de Pentecôte en France, nous ne parlerons pas de la chaîne des assemblées que Dieu a permis que nous ouvrions depuis Montpellier jusqu’à Bordeaux en passant par Sète, Béziers, Narbonne, Carcassonne, Montauban et Agen. Avec le grand mouvement du Saint-Esprit dans la ville de Perpignan, la partie sud-ouest de la France a été vraiment touchée par le Saint-Esprit.

Sous la conduite du frère Marcel ROUX, l’œuvre de Toulouse est devenue une des plus grandes œuvres de Pentecôte dans toute la France.

Si nous sommes venus en France en 1930, conduits par une révélation surnaturelle du Saint-Esprit, nous sommes aussi partis par une révélation semblable. Dans la deuxième révélation, ce que Dieu a dit dans la première a été confirmé et réalisé. C’était dans l’assemblée de Cannes, au culte du dimanche matin. Dieu a donné à une sœur une prophétie nous concernant. Ce fût en mars 1939 et là, Dieu nous disait de partir de suite pour le pays dont il nous avait parlé car si nous restions, notre liberté de mouvement serait limitée et arrêtée par un événement qui devait bientôt arriver. C’est grâce à cette révélation que nous sommes partis pour le Congo où Dieu nous a donné de voir 7 années de mission vraiment bénies et presque apostoliques.

En Afrique du Nord

Dieu nous avait déjà permis d’évangéliser quelques villes en Algérie en 1933 et en 1934, et nous avions pu voir, par une mission dans la ville de Relizane, quoique dans le temple protestant, les immenses possibilités d’un ministère de délivrance dans l’Afrique du Nord. Dans cette mission, nous avions prié pour environ 160 personnes dans les 4 jours, nous avions pu constater 39 guérisons presque instantanées parmi lesquelles un jeune garçon paralytique et un autre sourd-muet ainsi qu’une femme aveugle.

Nous avions alors promis à Dieu d’y retourner plus tard pour établir une œuvre de Pentecôte.

Ce fut lors de la mission de Perpignan que Mlle CARLIER, qui nous a ouvert sa maison à Alger, nous a remis en mémoire cette question de l’Afrique du Nord. Quelques temps après, Mme SCOTT a eu en vision la confirmation de l’appel lorsqu’elle a vu devant ses yeux une banderole avec ces paroles écrites : « Les assemblées de Dieu en Afrique du Nord ».

Notre frère GAILLARD avait réussi un appel pour l’Algérie, et devant Dieu, nous avons décidé d’y aller ensemble. Mais il était libre de son œuvre à Grenoble avant que je ne fus de la mienne à Bordeaux. Lorsque nous sommes arrivés quelques temps après lui, nous avons trouvé de petits groupes réunis dans quelques salles de café de la ville d’Alger. C’est donc lui qui a fait la première brèche dans la ville blanche. Une fois de plus, la bonne nouvelle a été confirmée par des guérisons et de vrais miracles qui ont conduit des conversions profondes souvent instantanées et véritables. Il y avait une femme arabe dont la délivrance a provoqué le premier mouvement dans le quartier de la Casbah. Elle était malade depuis 30 ans et avait vu tous les médecins, les spécialistes d’Alger dont les facultés de médecine étaient renommées, et aussi les spécialistes de Paris. Malgré ses atroces souffrances, ils n’ont pas pu vraiment discerner la racine de ses maux.

Comme beaucoup de musulmans, elle est allée consulter une voyante et celle-ci, comme la pythonisse du chapitre 16 des Actes des Apôtres, lui a dit pour une fois la vérité. Ce fut deux ans avant notre arrivée, la voyante lui a dit : « Tu seras guérie ; un vieux monsieur et sa femme viendront, ils imposeront les mains aux malades et tu seras parmi ceux qui recevront la guérison ». Cette femme se trouva donc dans une de nos réunions et le vieux monsieur et sa femme y étaient aussi. Lorsque nous sommes allés vers elle pour prier, Dieu nous a donné de discerner un esprit de maladie que nous avons chassé et le démon, en partant, a poussé un si grand cri, presque un hurlement, que la réunion en a été quelque peu déroutée. Mais la délivrance était là et bien des musulmans ont été touchés par ce témoignage.

Avec le frère GAILLARD, nous avons travaillé pendant plusieurs mois. Après cela, il est parti vers l’ouest, à Oran, et nous sommes partis vers l’est à Constantine. A Oran, il a trouvé un terrain comme celui du Havre, préparé par les prières des chrétiens pendant 20 et lorsqu’un terrain est préparé ainsi, les sillons sont là et la semence n’a qu’à tomber et produire des fruits. Nous nous sommes réjouis avec lui de cet immense travail que d’autres ont continué par la suite.

En ce qui concerne l’Afrique du Nord, nous sommes censés reconnaître dans sa pré-connaissance, a vu le moment de l’exode de presque tous les européens de là-bas et Il leur a donné une occasion de salut pendant qu’il faisait encore jour. La nuit est venue, l’œuvre n’est guère possible. Mais nos assemblées en France ont été enrichies par les âmes que Dieu a touchées pendant les 10 ans de mission en terre africaine.

Par la grâce de Dieu, nous avons pu faire l’œuvre de pionniers dans les villes missionnaires et le Seigneur a suscité des vocations pour continuer. Dans notre mouvement, nous avons maintenant bien des pasteurs qualifiés, quelques évangélistes, quelques docteurs.

En ce qui nous concerne, en 1955, Dieu nous a révélé ce qui allait arriver en Afrique du Nord et nous avons laissé ce champ à d’autres pour retourner en France où Dieu nous a encore bénis.

D. et C. SCOTT.

Témoignage d’Hélène Biolley

Monsieur Rollhaus, homme âgé fort estimé au Havre, demandait instamment à Dieu de lui désigner une compagne pour sa fille, âgée de 17 ans, qui avait perdu sa mère de fort bonne heure. Le Seigneur le conduisit vers elle à Couvet. Dès l’instant où ils se présentèrent sous la galerie ensoleillée de notre maison chacun de nous sut qu’il était exaucé.

Ce fut le 10 Septembre 1880 que j’arrivai avec eux au Havre et que je passai seize années d’un bonheur sans mélange. J’étais comme la fille aînée de cet homme de Dieu et la sœur chérie de son enfant.

Vers 1885 nous découvrîmes des réunions méthodistes qui se tenaient dans les bas-fonds. Mademoiselle Rollhaus et moi prîmes des groupes dans l’école du Jeudi du pasteur Gray, et nous y mettions tout notre cœur.

En 1887 Monsieur Gray nous fit faire la connaissance d’un colporteur breton, Monsieur Le Quéré, venu au Havre pour quelques semaines pour visiter ses compatriotes. Nous l’invitâmes à dîner. Il se présenta avec son chapeau rond et ses sabots et nous intéressa vivement par le récit de sa conversion et des persécutions qu’il subissait comme colporteur de la Parole de Dieu dans la campagne bretonne.

Après le dîner nous lui demandâmes pourquoi il retournait en Bretagne, puisque les Bretons reçoivent l’Evangile avec plus de facilité hors de chez eux et de la persécution. -“C’est une affaire d’argent”, répondit-il. -“Si Dieu vous envoyait l’argent, resteriez-vous ?” -“Oui”. -Alors nous nous agenouillâmes, demandant au Seigneur l’argent nécessaire pour son serviteur. Le soir même Monsieur Rollhaus nous donnait 500 Francs pour lui. Ainsi commença la Mission Bretonne du Havre qui m’a prise tout entière jusqu’à ce jour.

Monsieur Le Quéré se fixa en ville où Lady Beauchamp lui offrit une salle dans sa maison des Marins et où Miss Bonnycastle, une chère enfant de Dieu lui aidait à tenir les premières réunions. Ce fut la consécration de cette précieuse chrétienne qui m’incita à donner ma bouche au Seigneur ; je l’ouvris en son Nom et Il n’a pas cessé de la remplir depuis lors.

Peu de temps après, Monsieur Gray me présenta à une amie de sa femme, Miss Jones qui, disait-il avait des idées extraordinaires. Elle croyait à la sanctification et à la guérison divine. Je me dis que Si Dieu est tout-puissant et puisqu’Il a promis ces choses dans sa Parole, je ne pouvais faire mieux, que de me confier en Lui pour cela.

Miss Jones m’invita à Londres chez des amis qui vivaient par la foi ; sous l’influence de leur exemple et la force du Saint-Esprit je résolus de chercher premièrement le Royaume de Dieu et sa justice et Lui abandonner tout le reste en regardant toujours les hirondelles. Dieu n’a-t-il pas dit “Regardez les oiseaux de l’air, ils ne sèment ni ne moissonnent et n’amassent rien dans des greniers et cependant votre Père céleste les nourrit. N’êtes-vous pas plus excellents qu’eux ?” (Matthieu 6:26)

J’étais seule un jour à Londres en méditation lorsque les versets suivants semblèrent sortir de la Bible et m’apparaître dans toute leur vérité : “Vos pères ont mangé la manne dans le désert et ils sont morts, et c’est ici le Pain qui est descendu du ciel afin qu’on en mange et qu’on ne meurt point” (Jean 6: 49 et 50)… “En vérité, en vérité, je vous dis que celui qui garde ma Parole ne mourra jamais !” (Jean 8:51)… “Je suis la Résurrection et la Vie, celui qui croit en moi vivra quand même il serait mort et celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais… Crois-tu cela ?” (Jean 11:25 et 26) -Oui Seigneur aide-moi à croire et à obéir jusqu’au bout ! Depuis lors il est entré dans ma vie un ressort qui ne s’est jamais détendu.

Revenue au Havre, je dis à mes chers amis que je ne pouvais plus être salariée, que je voulais vivre par la foi. Ils eurent la grandeur d’âme de me donner toute liberté et je commençais à faire des expériences merveilleuses des exaucements de Dieu. Oui ! Il pourvoit en réalité comme Il pourvoit pour les oiseaux du ciel.

La Mission s’épanouissait depuis deux ans. Jusqu’alors j’avais fait des collectes pour couvrir les frais de la salle de bal que nous louions dans un quartier excentrique où demeuraient un nombre considérable de Bretons.

Je dis au Seigneur : “Si tu veux que je marche par la foi pour les besoins de la Mission, envoie-moi une bonne somme sans que je la demande à personne”. Trois jours après arrivaient 300 Francs dont je fus longtemps à ignorer la provenance. La chose fut conclue avec le Seigneur et pendant plus de quarante ans Il a toujours pourvu directement à tout comme pour les oiseaux de l’air, béni soit son Nom, en Voici quelques exemples :

Je revenais d’Angleterre un jour de l’An n’ayant plus même dix Centimes pour prendre le tramway. Désirant aller souhaiter la bonne année à Miss Bonnycastle, alors au Havre, je sortis demandant à Dieu de ne pas rencontrer Madame Gerken, propriétaire du lieu de réunion qui avait succédé à la salle de bal et dont le loyer était de 112,50 Francs par terme. Entrant chez Miss Bonnycastle qui vois-je ?… Madame Gerken Comment Dieu, le Dieu des petits oiseaux allait-Il faire ? -Ces dames parlaient de certains déficits d’œuvres religieuses et, se tournant vers moi “Qu’en dites-vous ?” -“Je dis que ceux qui se confient en Dieu ne doivent pas avoir de dettes I” -“A ce propos dit Miss Bonnycastle, j’ai mis 100 Francs de côté pour vous, les voici !” -Je les tendis à Madame Gerken qui ajouta : “Et moi, j’ai été tellement bénie dans ces fêtes que je vous abandonne les 12,50 Francs.” J’étais sortie sans argent, je rentrais, ayant payé le loyer, heureuse comme les petits oiseaux des cieux !

Une autre fois je reçus au dernier moment et sans en avoir parlé à personne 20 Francs d’un côté, 75 de l’autre et 50 d’un troisième, lesquels ajoutés à 17 Francs que je possédais forment exactement 112,50 Francs.

Un jour Monsieur Le Quéré arrive le premier du mois chercher 125 Francs. Je n’en possédais que 25. Une dame sonne, remet 100 Francs et disparaît.

Une autre fois, invitée à dîner chez Monsieur Le Quéré je n’avais aussi que 25 Francs à lui remettre. Il était midi, je mettais mon chapeau, on frappe, le facteur me remet une petite boîte carrée. Que contient-elle ? Une pièce d’or de 100 Francs

“Sans banque et sans argent les oiselets des cieux sont nourris par sa main et chantent tout heureux et moi, son racheté, plus qu’eux je suis joyeux plus qu’eux je lui suis précieux !”

Outre la salle de 112 Francs par terme, nous dûmes en louer une autre dans la rue Dauphine pour succéder à celle que Lady Beauchamp nous avait généreusement prêtée jusqu’alors. Le loyer de cette nouvelle salle était de 106 Francs par terme : c’était une autre responsabilité à remettre à Celui qui m’avait dit : “Je pourvoirai à tous tes besoins selon les richesses de ma grâce” (Philippiens 4:19).

Une fois, cependant, une grande tentation se présenta. Le terme de Juin était passé depuis 25 jours et… point d’argent ! Que faire ? Ne voulant point avoir de dettes, je m’en fus trouver la propriétaire pour lui remettre la salle malgré les protestations de Monsieur Le Quéré : “Une salle qui marchait Si bien, toujours bondée d’auditeurs ! Donnez-moi une heure et je vous rapporte 106 Francs !” -“Cher ami, comment pourrions-nous nous tenir sur l’estrade et prêcher que Dieu exauce Si nous recourions aux hommes ?” La salle fut remise, mais le lendemain j’allais la reprendre avec 100 Francs venus d’un côté et de l’autre. -“Attends-toi à l’Eternel et demeure ferme, attends-toi ” dis-je “à l’Eternel-”

La guérison par la foi marche de pair avec le salut, car il est dit : “C’est Lui qui pardonne toutes tes iniquités et qui guérit toutes tes infirmités” (Psaume 103:3) et très nombreuses furent et sont toujours les accomplissements de ses promesses.

Descendant un matin pour l’Ecole du Dimanche, je rencontrai mon petit élève Ernest Hamon fort triste à cause de l’état grave de sa petite-nièce Suzanne atteinte de méningite. J’allai prier pour elle, elle fut instantanément guérie et lorsque j’allai prendre de ses nouvelles le surlendemain, il n’y avait personne chez eux, tout le monde était à une noce

Il en fut de même pour un petit pied condamné à être coupé, pour des naissances miraculeuses, des pneumonies purulentes, cancers et beaucoup d’autres cas merveilleusement traités par le Grand Médecin. Oui ! Il a pris nos langueurs et s’est chargé de nos maladies

Le départ de mon protecteur spirituel et de sa fille, lors de son mariage aurait été un vide trop grand à combler si Dieu ne m’eût confié, en 1896, la fondation de sa maison du Ruban Bleu.

Touchée par le nombre des ouvriers qui étaient rétribués en jetons et forcés de les changer dans les cabarets je leur demandai s’ils désiraient l’ouverture d’un restaurant de tempérance et s’ils y viendraient ? . Sur leur affirmative je me mis à chercher un local. Une amie, Madame Masson m’offrit les trois premières années de loyer.

Depuis longtemps, revenant des réunions de la rue Dauphine, je traversais la place de l’Arsenal et voyais un ancien café fermé et sur lequel était encore l’enseigne : Eden Concert. “Ah Si j’avais assez de foi je demanderais à Dieu cette maison !”

Forte des propositions de Madame Masson je louais l’Eden Concert qui, sans appel d’argent a été converti en Maison du Seigneur sous le nom de Ruban Bleu. Là aussi les exaucements se sont succédés en grand nombre.

Nos auditeurs de la rue Dauphine me donnèrent qui les premières cuillères, qui le premier litre de lait, la première livre de sucre, des chaises défoncées que l’un d’eux rempailla et une grande amie me tendit une enveloppe dans laquelle étaient deux billets de 1000 Francs ! Cela permit d’acheter fourneau, batterie de cuisine, vaisselle et quelques tables de marbre. On distribua des prospectus : potage 10 Centimes, viande 30 Centimes, légumes, desserts variés, thé, café, chocolat 10 Centimes et, après l’inauguration à Pâques 1896 se fit l’ouverture. Mais… viendrait-il des clients ? Dès le premier jour il entra un jeune Suisse qui nous amena le lendemain trois clients mécontents de leur restaurant. Pendant des mois, les gérants, une mère et son fils faisaient environ 5 Francs de recette par jour, argent qui servait aux dépenses du lendemain, tout le reste arrivait en réponse à la foi.

L’automne arrive, puis les premiers froids, le vent d’Est s’engouffre dans le restaurant. Un jour que je descendais y faire une visite : “Ah ! Mademoiselle, me dit la gérante, nos quelques clients ont dit qu’ils s’en iront ni nous ne mettions pas un calorifère*.” -“Je n’ai pas d’argent, mais nous ferons comme toujours, nous le dirons à Dieu”. Ce Nom béni était encore sur ma bouche qu’une dame entre : “Mademoiselle, j’apprends que vous ouvrez un restaurant de tempérance et je viens voir ce que je puis faire pour vous aider” -“Ah ! Madame il nous faudrait un calorifère !” -“Je vous le donne !” Et le beau calorifère arriva… Mais il fallait dix mètres de tuyaux ! … Il arriva, oui ! Et en même temps les dix mètres de tuyaux nécessaires.

“Regardez les oiseaux de l’air, ils ne sèment ni ne moissonnent mais votre Père céleste les nourrit”. Vers la fin de la première année Dieu m’envoya des gérants entendus en Monsieur Senn et sa femme et sous leurs bons soins le petit Ruban Bleu fleurit et pouvait après trois ans payer son propre loyer. Au bout de quelques années Monsieur Senn fonda un autre hôtel et je dus venir moi-même habiter le Ruban Bleu pour lui conserver son caractère de Maison du Seigneur.

Mon cher et vénéré compagnon de bataille, Monsieur Le Quéré me quitta pour finir ses jours en Bretagne, auprès de ses enfants, mais Dieu ne me laissa pas seule, Il m’envoya un de ses enfants Monsieur Félix Gallice, un aide précieux dans la Maison du Seigneur et dans la Mission, ainsi que le cher et vénéré Monsieur Chaumet. Au fond de la salle de la rue Dauphine étaient ces mots : “Eglise Universelle de Jésus-Christ”. Cela effaçait tout sectarisme et permettait au Saint-Esprit de nous diriger en pleine liberté, c’est ainsi que nous fûmes puissamment aidés et réjouis par de fréquentes visites d’hommes et de femmes remplis du Saint-Esprit. Madame Polman d’Amsterdam surnommée l’oiseau du Paradis par Monsieur Le Quéré, Monsieur Wigglesworth, Madame Wight, Monsieur et Madame Karlsson de Suède et beaucoup d’autres, puis un jeune homme qui vint au Ruban Bleu pour perfectionner sa connaissance du français, Monsieur Douglas Scott. Il était plein de foi et d’entrain. A ce moment la salle Dauphine fut déménagée au 45 du quai Vidcoq, dédiée à la grâce de Dieu. Une somme énorme fut réclamée pour ce changement et le jour venu, la grande amie des temps héroïques de la Mission fut choisie par notre Père pour nous donner une liasse de billets de banque. Regardez les oiseaux du ciel

De grandes bénédictions accompagnèrent ce changement et pourtant ce n’était pas encore le réveil demandé. Il fallait persévérer, persévérer dans la prière et nous persévérâmes à quelques-uns. Le terrain était labouré, la dynamite divine préparée, il ne manquait qu’une allumette et le Seigneur de nouveau pourvut.

En Février 1930 Monsieur Douglas Scott qui venait de se marier et qui avait fait de riches expériences m’écrivit pour m’offrir une visite. “Venez” répondis-je avec joie. Dès la première réunion, la puissance du Saint-Esprit se fit sentir, des guérisons s’opérèrent et l’auditoire alla en augmentant, tellement qu’il fallut songer à chercher une plus grande salle. Un jeune ami qui avait voulu créer une société de Gens Heureux pour laquelle, disait-il, il fallait une grande salle avec une spacieuse entrée en avait découvert une rue André Caplet et m’y avait conduite. C’est dans cette salle que se déversa le trop plein du quai Vidcoq et là qu’après le départ de Monsieur Douglas Scott le Seigneur a employé son serviteur Monsieur Félix Gallice en opérant des transformations complètes de caractères et des guérisons et a formé une véritable Société de Gens Heureux qui a nécessité dans sa croissance rapide le transfert dans une quatrième salle beaucoup plus grande, à la rue Franklin.

SI TU CROIS, TU VERRAS LA GLOIRE DE DIEU (Jean 11:40)

Depuis lors le feu s’est étendu dans beaucoup de villes en Normandie, en France et en Belgique.

“Lecteur, prie pour le monde !”

Hélène BIOLLEY – Octobre 1936

Les Églises Évangéliques de Réveil

Le mouvement des Églises Évangéliques de Réveil est né dans la deuxième moitié des années 1930 à la suite des campagnes de réveil de l’évangéliste gallois George Jeffreys, fondateur en Grande Bretagne de l’Église évangélique Elim au début des années vingt. Sa prédication de l’évangiles aux quatre angles (Jésus sauve, Jésus baptise, Jésus guérit, Jésus revient) eut un tel retentissement que 12’000 personnes se sont converties en Suisse durant l’année 1935 ; en 1936, il y eut 2’000 conversions supplémentaires en deux semaines seulement. Le “Principal” George Jeffreys ne travaillait pas seul. Douglas Scott (1900-1967), qui avait reçu le baptême dans le Saint Esprit par l’imposition des mains de George Jeffreys, a mené des campagnes d’évangélisation qui ont introduit le pentecôtisme en France (donnant naissance aux Assemblées de Dieu), en Belgique et en Suisse.

Un soir de 1930, au Mont Pèlerin, Douglas Scott pointa le doigt vers un jeune homme de 19 ans, Arthur Maret, qui assistait à la réunion. Arthur Maret avait fait un apprentissage de mécanicien chez Allegro, fabriquant de vélos et de motos. Passionné par le vélo et la compétition, il avait gagné plusieurs courses, jusqu’à un grave accident dont il s’était relevé sans une égratignure, alors que son vélo était entièrement détruit. Ce miracle lui avait donné beaucoup à réfléchir à la possibilité d’un Dieu qui l’aimait.

Ce soir-là, au Mont Pèlerin, après la réunion, Douglas Scott lui dit :

– Jeune homme, vous avez reçu le baptême dans le Saint-Esprit, je le vois. Maintenant, qu’allez-vous faire ?
– J’ai la conviction que Dieu m’appelle en France, mais je ne sais où, ni comment, ni quand.
– Eh bien, venez avec moi !

Arthur Maret, qui allait devenir l’un des fondateurs des EER, commença ainsi sa formation aux côtés deDouglas Scott, en méditant ses prédications, en priant et en imposant les mains avec lui pour de nombreux malades. Il voyagea ensuite principalement en Belgique et dans le nord de la France. Des choses étonnantes se produisaient sur son passage : des guérisons, des délivrances et des miracles spectaculaires accompagnaient sa prédication de l’évangile aux quatre angles. En 1933, à Calais, Arthur Maret épouse Henriette Chiron, fille d’un coutelier de la ville ; c’est à Calais également qu’il retrouve aussi son ami Ernest Lorenz. Deux ans plus tard, il seconde Adolphe Hunziker à Lille ; tous trois participent à la fondation des Assemblées de Dieu en France. Début 1936, Arthur Maret rejoint Adolphe Hunziker à Genève, où venaient de se produire des événements importants.

Création de la première Église de Réveil à Genève en 1935

C’est à cette époque en effet que fut créée l’EER à Genève, suite à deux missions de George Jeffreys. Les responsables de la campagne avaient le désir de créer une Église de Réveil dans leur ville pour y accueillir en toute liberté ceux et celles qui avaient été touchés par l’Évangile. Mais cette idée ne rencontra pas l’unanimité au sein de l’Union pour le Réveil qui espérait vraiment que le “ réveil charismatique ” pénètre l’Église officielle. Malgré l’opposition générale, le pasteur Hunziker, entouré d’une demi-douzaine de personnes, pensa qu’il fallait “ des outres neuves pour recevoir le vin nouveau ”. Et c’est ainsi que, par voie de presse, ces amis de George Jeffreys annoncèrent la première réunion de Réveil d’une église naissante, qui eut lieu au troisième étage du Bâtiment de la Réformation, le mercredi 20 novembre 1935.

Ce 20 novembre, une trentaine de personnes étaient là, un peu curieuses de connaître cette Église de Réveil naissante. On y proclamait le “ Plein Évangile ” et l’on imposait les mains aux malades. Peu à peu, malgré de fortes oppositions, l’auditoire grandit. Quel était donc le message du pasteur Hunziker et de son cher ami Maret qui le rejoignit en février 1936 ? C’était exactement le même que celui du Principal George Jeffreys ” l’évangile aux quatre angles”.

Par le ministère du Pasteur Arthur Maret se formèrent des communautés à Yverdon et dans le Nord vaudois. A La Chaux-de-Fonds, l’Eglise Baptiste, visitée par le message du Réveil, se joignit bientôt aux E.E.R. naissantes sous le ministère du Pasteur Ernest Lorenz.

Les débuts en France : Hélène Biolley

Les origines exactes du pentecôtisme français restent dans l’ombre, tout comme ces pionniers inconnus, mais consacrés à Dieu qui bravèrent les obstacles pour évangéliser le pays de Voltaire. Néanmoins…

Dans son Histoire générale du pentecôtisme, Donald Gee relate qu’en 1909, il y avait à Paris une petite salle où se tenaient des réunions « pour ceux qui cherchaient le baptême du Saint-Esprit ».

Leonhard Steiner, Historien suisse du pentecôtisme, déclare que depuis 1909, existaient en France de petits groupes de croyants pentecôtistes, comme ceux de Paris et du Havre. Le professeur Bloch-Noell fait remarquer que T. Barratt eut un disciple en France, en 1907, un Hollandais qui avait assisté aux réunions de Barratt en Norvège.

Frank Bartleman, évangéliste célèbre, fruit de la Mission de la rue Asuza à Los Angeles, relate que, pendant son séjour en France en 1912, il avait visité un certain « frère Michael Mast qui avait une petite mission de Pentecôte à Rosny-sous-Bois, à seize kilomètres environ de Paris ».

Quelle que soit l’importance, pour l’avenir du mouvement de Pentecôte, des quelques cellules pentecôtistes françaises isolées, il est certain que l’essor de ce mouvement avant 1930 est dû à deux facteurs principaux.

Le premier facteur fut l’existence, au Havre, d’un établissement qui allait devenir en son temps le centre de l’activité pentecôtiste française, l’hôtel-restaurant sans alcool de Mlle Hélène Biolley.

Quant au second facteur, ce fut un esprit de réveil qui, comparable à celui qui prévalait au même moment dans le pays de Galles, captivait les esprits d’un petit nombre de chrétiens français. Henri Bois, historien français du réveil du pays de Galles, déclare que beaucoup de Français cherchèrent Dieu avec ferveur pour qu’Il envoie « une effusion de Son Esprit sur la France ».

Ce fut à l’hôtel restaurant sans alcool d’Hélène Biolley que le mouvement de Pentecôte a pris son véritable essor. Cette dernière ouvrit le Ruban bleu en 1909. Née en Suisse, elle faisait partie des « Cœurs purs », un groupe qui mettait l’accent sur l’examen de conscience approfondi : « Mes pensées sont-elles pures ? Ai-je traité mon voisin avec justice ? Ai-je honoré Dieu par mes actes ? » Mademoiselle Biolley, très cultivée et linguiste distinguée, était venue en France vers 1908 pour travailler avec la Société française de la Croix Bleue et l’aider dans sa lutte contre l’alcoolisme. Sachant que la population cosmopolite du port du Havre lui fournirait les occasions de travailler dans les bas-fonds et de relever les rejetés de la société, en particulier les ivrognes, elle y installa le Ruban bleu qui devint à la fois un hôtel-restaurant sans alcool et un centre religieux.

Dès le début, le Ruban bleu devint un centre important fréquenté par de nombreux chrétiens étrangers ; des missionnaires anglais et suédois, en route pour le Congo, s’arrêtaient souvent au Ruban bleu. Nombre d’entre eux avaient entendu parler de la Pentecôte ou étaient eux-mêmes des pentecôtistes. Leurs conversations éveillèrent la curiosité de Mlle Biolley à propos de ce mouvement suscité par Dieu.

Mlle Biolley invita au Havre un évangéliste bien connu, Smith Wigglesworth, qui avait tenu en Suisse plusieurs missions couronnées de succès. Il arriva dans cette ville en 1920, accompagné du prédicateur hollandais R. G. Polmann. Ils donnèrent une série d’études Bibliques sur la guérison divine et sur le baptême du Saint-Esprit. Ces deux sujets étaient particulièrement chers au cœur de cette femme pieuse.

Le Ruban bleu servait aussi de lieu de réunion pour l’école du dimanche et de centre de prière. Mlle Biolley qui croyait fermement à la puissance dans la prière, tint pendant près de trente ans des réunions de prière pour dames dans son hôtel-restaurant. Le sujet prédominant de ces réunions était : « persévérer dans la prière pour que le réveil souffle sur la France ». Les réunions pour adultes faisaient partie du programme religieux hebdomadaire. Les missions d’évangélisation spéciales jouaient un grand rôle dans la vie du Ruban bleu.

Après une mission avec Wigglesworth en janvier 1921, cinq personnes furent baptisées d’eau dans l’estuaire de la Seine. « Une jeune fille atteinte d’une maladie de cœur fut guérie lors de son baptême. Plusieurs personnes reçurent le baptême du Saint-Esprit. »

Le Ruban bleu devint rapidement le centre du christianisme évangélique en Normandie. Au cours de la décennie suivante, la réputation de son établissement parvint aux oreilles de trois jeunes gens qui devaient jouer plus tard un rôle important dans le mouvement de Pentecôte en France : le français Félix Gallice, le roumain Christo Domoutchief et le danois Ove Falg.

Les débuts de la Pentecôte en France furent donc insignifiants. Les quelques réunions pentecôtistes disséminées ça et là et indépendantes les unes des autres, le travail accompli par l’Église apostolique britannique, ne constituaient que quelques gouttes d’eau dans l’océan du catholicisme. Bien que n’étant pas pentecôtiste, mais très intéressée par ce mouvement, Mlle Biolley et son hôtel le Ruban bleu servirent de point de départ au développement futur de la Pentecôte en France.

Elle qui avait rencontré Douglas Scott en 1927 et avait vu les fruits de son ministère, l’invita à revenir au Havre. L’arrivée de Douglas Scott en janvier 1930 va marquer le début d’une longue période d’évangélisation intensive et fructueuse dans toute la France…

Les ADD en Suisse

Les ” Assemblées de Dieu ou ADD”, établies en Suisse par le Mouvement de Pentecôte, sont, au 21ème siècle, la continuation fidèle des Assemblées ou Eglises décrites par les Ecritures.

Répandues dans le monde entier et formées d’hommes et de femmes de toutes races, de toutes couleurs et de toutes les conditions sociales, amenées à une foi vivante par la prédication du ” Plein Evangile ” accompagnées de signes et de miracles, avec la puissance du Saint-Esprit.

Elles ne reconnaissent qu’un seul livre faisant autorité en matière de foi : La Bible, Parole inspirée de Dieu. Il suffit de faire la lecture du Nouveau Testament pour connaître quelles sont leurs croyances et leurs pratiques.

Le prélude évangélique

Dès le début de la Réforme (xvie siècle) de petits groupes protestants (anabaptistes, évangéliques mennonites; en Alsace, en Suisse et en Allemagne notamment) souhaitent revenir à une piété et à une foi conformes à l’Évangile avec un engagement plus personnel envers le message du Christ. Ils se distinguent de Luther et Calvin par une réforme dite “radicale”. Ils revendiquent la séparation des Églises et de l’État et plaident pour des assemblées autonomes composées de convertis. Par ailleurs, ils refusent pour la plupart le baptême des enfants. Entre 1525 et 1529, il n’y avait que 29 groupes de ce type à Zurich et 10 à Schaffhouse. Vers 1630, on les estime au nombre de 4 000. Le courant évangélique continue d’irriguer les Églises de la Réforme et engendre des communautés vivantes. Dans les pays protestants qui faisaient preuve de tolérance, ces petites Églises de professants ont pu progresser, remettant en lumière de nouvelles facettes de l’enseignement du Nouveau Testament. Certaines églises de types évangéliques qui existent aujourd’hui en France plongent leurs racine au XVIe ou xviie siècle siècle (notamment en Alsace). Ces églises se reconnaissent comme églises évangéliques et sont recensées dans l’annuaire des différentes églises évangéliques de France.
C’est ainsi qu’en Grande-Bretagne, se développèrent les Baptistes et les Quakers. En Allemagne, les Frères Moraves retrouvaient toute l’importance de cette rencontre avec Dieu que la Bible appelle “conversion”. En Angleterre, à la fin du xviiie siècle, John Wesley, pasteur de l’Église anglicane, prêche un retour aux sources de la foi. Il fonde des Églises si bien organisées qu’on les appelle “Méthodistes”. C’est encore l’émergence du courant évangélique au sein même des Églises qui réapparaît tout au long du xixe siècle, avec l’Armée du Salut, la Mission de Paris, les Sociétés bibliques. Ce mouvement a mis en valeur l’autorité des Écritures et la piété des temps apostoliques au sein du christianisme, tout en l’insérant dans la modernité. Henri Dunant fondateur de la Croix Rouge internationale, Martin Luther King, William Booth fondateur de l’Armée du Salut sont autant de personnages évangéliques marquants dans notre société3.